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Entreprises

Les Charbonnages du Maroc Redressement amorcé avec des moyens limités

Par L'Economiste | Edition N°:77 Le 29/04/1993 | Partager

La mine de Jérada est viable bien que son exploitation soit réalisée avec des moyens limités. Ainsi, la ligne de flottation mise en place afin d'améliorer la qualité du charbon n'a coûté que 6 millions de DH. Les CDM ont cependant à leur passif un lourd endettement d'environ 1 milliard de DH.

Les Charbonnages du Maroc (CDM) ont amélioré leurs résultats financiers depuis 1992. "La société demeure, cependant, fragile du fait du poids de son endettement", explique le nouveau directeur, M. Amar Drissi qui a pris ses fonctions en mai 1992. "Le poids du passé est encore lourd et l'endettement exorbitant, soit un milliard de DH de dettes dont la moitié est garantie par l'Etat".

"Le plan de développement lancé en 1985 sur des bases hasardeuses est en majeure partie responsable de cet endettement", explique M. Drissi. Le plan visait d'atteindre million de tonnes/an. Le principal élément de ce plan était le Puits III. Il avait été supposé que le gisement continuait d'Est en Ouest. Mais aucune recherche géologique sérieuse n'avait été alors effectuée.

Aussi ce plan de développement a-t-il échoué, laissant les Charbonnages sur-endettés, voués à une mort certaine. Cependant, M. Amar Drissi a pu redresser la situation(1), et le puits III inexploitable, sera utilisé en tant que puits de service. Il sera emprunté par les mineurs pour accéder aux anciens gisements. Sa mise en service est programmée pour 1995. L'ancienne machine d'extraction de la mine de Kettara sera rénovée et installée. Son prix d'acquisition est de 30 millions de DH.

Assainissement des entreprises publiques

Conformément aux décisions du comité interministériel pour la restructuration des entreprises publiques (CIPEP), les CDM se sont engagés au licenciement de 1.200 personnes. Parallèlement, la direction des Charbonnages, au niveau de la réactualisation du contrat programme Etat-CDM, "insiste" sur une séparation entre l'héritage du passé et la gestion présente. Elle propose que l'Etat reprenne une partie du service de la dette afin de parvenir en quatre ans à un équilibre minimum, qui est celui de l'excédent brut d'exploitation.

Les objectifs clés en conformité avec le contrat-programme réactualisé seraient:

- sécuriser la production en continuant de rétablir un climat de confiance. En effet, durant la semaine du 12 au 19 avril, la CDT, "s'appuyant sur un cahier maximaliste", a lancé un mot d'ordre de grève pour 72 heures. M. Drissi commente que "la fragilité de la mine de Jérada ne peut aucunement supporter de telles perturbations si minimes soient-elles". 95% des mineurs ont assuré leur poste et le niveau de la production est resté inchangé. "Les mineurs ont été conscients des difficultés qu'aurait pû engendrer un suivi massif du mot d'ordre de la grève", ajoute-t-il;

- entamer une réorganisation minutieuse du travail en vue de "gérer" réellement la production en mettant en place une stratégie de coûts;

- apurer, cette année, l'endettement local (CNSS/Impôts urbains) dans l'optique de la renégociation avec les banques en 1992.

La direction a déjà entrepris différentes actions en vue de supprimer les coûts inutiles. C'est le cas de la fermeture du bureau de Rabat.

D'autres actions sont engagées depuis la fin du mois d'avril 1992 et suivies depuis, afin d'enrayer certaines anomalies, telles que les 4 millions de DH environ de factures d'eau et d'électricité impayées, 5 millions de DH de factures mensuelles d'énergie, 40 hectares de patrimoine immobilier inexploité à Guenfouda...

"Economie de guerre"

Le chantier(2) des Charbonnages du Maroc dégage une "ambiance de guerre": tout est vieux, pauvre, mais très propre, soigneusement entretenu, et les hommes affichent une fierté (le mot est faible) de dire et de montrer qu'ils "font tourner la mine" avec le minimum de moyens mais beaucoup de travail et d'ingéniosité.

La machine d'extraction, une Schneider, de 1950 et une bonne partie du gros matériel sont amortis depuis longtemps... Un atelier de maintenance regroupe 300 personnes travaillant 3x8. L'atelier confectionne des pièces pour les besoins de la mine mais travaille également en sous-traitance pour d'autres industries de la région. Cet atelier est probablement l'un des plus importants du Maroc et comporte l'ensemble des sections (chaudronnerie, ferronnerie...): la mine est trop loin de tout.

Une ligne de flottation pour 6 millions de DH

Les CDM se sont dotés, en juillet 1992, d'une ligne de flottation afin d'améliorer la teneur du charbon en faisant baisser le taux de cendre, taux qui lui valait de fréquents reproches de la part de l'ONE.

Il s'agit d'équipements de deuxième main recomposés et réaménagés. Le coût de revient total n'a été que de 6 millions de DH. Le principe de la ligne est de faire flotter le charbon dans un bain contenant du fuel en plus du moussant MIBC, ce qui n'avait jamais été fait auparavant au Maroc. Les résultats sont jugés satisfaisants, puisque la flottation a permis de déstocker 18.000 tonnes de FBR (Fine Brute Récupérable) sur 5 mois. Globalement, la qualité du charbon a été améliorée de 13% en 1992.

"Nous essayons de réaliser un optimum avec des moyens limités. Nous ne considérons pas cette situation comme une faiblesse ou une tare, au contraire c'est pour nous un défi", affirme M. Karoua, ingénieur des services industriels, qui résume l'état d'esprit actuel des CDM.

L'avenir de la ville de Jérada

LES possibilités de survie de la ville de Jérada, après l'épuisement des réserves de la mine, en l'an 2005, "hantent" déjà les esprits des cadres des CDM. "Jérada deviendra-t-elle une ville fantôme".

Les avis demeurent toutefois partagés. Pour certains, la mise en place des activités de reconversion conjuguée à un schéma directeur de la ville permettra de fixer la population qui est actuellement d'environ 70.000 personnes. Cependant, d'autres prévoient, au moment de la fermeture de la mine, un exode massif des habitants, notamment, vers leur ville d'origine. Les CDM assurent les services de distribution de l'eau et de l'électricité, les services culturels, médicaux. Ils ont également en charge la gestion de la morgue. Par ailleurs, les CDM distribuent mensuellement une masse salariale de 18 millions de DH.

Au niveau de l'éventuelle future convention-cadre Etat-CDM, revendiquée par la direction, figure la "réflexion sur les activités de reconversion de la ville".

En effet, au niveau du nouveau découpage administratif, la commune de Jérada a évolué d'une commune rurale à une commune urbaine. Des réunions avec le Conseil communal sont actuellement en cours pour que celui-ci reprenne les activités qui lui sont dues. En effet, les responsables des CDM considèrent que la gestion de la ville "nécessite beaucoup de charges pour une entreprise aux moyens très précaires".

Les activités potentiels de reconversion sont multiples, avancent les partisans de la sauvegarde de la ville. Ces derniers évoquent, notamment, la diversification de la production des bleus de travail aux divers articles de confection. Des centres de broderie et de tapisserie qui existent actuellement pourraient se transformer en industrie. Ils proposent également la création d'exploitations agricoles ou des entreprises de construction utilisant les poussières de charbon.

(1) Cf L'Economiste du 1er avril 1992.

(2) Le chantier comprend les accès aux puits, les machines de compression d'air, les postes de traitement du charbon dont la ligne de flottation et les ateliers de maintenance.

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