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Economie

Le scénario de la déprotection des céréales

Par L'Economiste | Edition N°:1609 Le 25/09/2003 | Partager

. Hausse du PIB de 2 points, du pouvoir d'achat de 2,4%. Mais l'exode rural sera fort . 41% de la production céréalière disparaîtra“Le travail de l'équipe marocaine est d'une rare qualité”. Gérard Viatte représentant de l'équipe centrale de la FAO à Rome n'a pas manqué de saluer la pertinence des recherches menées pour le cas marocain. Le Royaume a été retenu dans la zone Proche-Orient et Afrique du Nord pour la diversité de ses systèmes agricoles et sa condition socioéconomique. Le projet ROA (rôles de l'agriculture), lancé en 2000, en est à sa phase de clôture. La conférence organisée mardi dernier à l'INRA a été l'occasion de présenter les résultats des chercheurs, notamment sur l'évolution des politiques agricoles et les externalités environnementales de l'agriculture. L'imminence de la libéralisation du secteur et de l'accord prévu avec les Etats-Unis est au cœur de toutes les préoccupations. Selon Rachid Doukkali, chercheur à l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (IAV), “pour comparer le comparable, il faut mettre en place plusieurs coefficients de protection”. Le coefficient actuel protège les céréales mais taxe les produits d'exportations. A l'heure actuelle, l'agriculture est trop “sévèrement handicapée pour pouvoir libéraliser sans mesures d'accompagnement”. L'agriculture a été taxée jusqu'aux années 80. Après la libéralisation, la situation est en net recul: l'agriculture accuse un retard important, les investissements privés sont en stagnation. Selon la dernière enquête de consommation de 1999, les dépenses de consommation annuelles moyenne par tête d'habitant ont baissé de 16% de 1991 à 1999, et dans le rural de 22%. Le taux de pauvreté s'est accru principalement dans le monde rural où il est passé de 18% à 27,2 %. “C'est d'autant plus alarmant que les statistiques tiennent compte de l'ensemble des revenus”. Sans embages, le chercheur explique que c'est la ligne droite vers la catastrophe, “si on libéralise sans assurer une transition vers l'agriculture de marché”. Les investissements publics agricoles stagnent à partir de 1980. “La libéralisation de cette période a abandonné les petits agriculteurs”. En fait, c'est plus une politique par défaut: “la question du foncier n'a toujours pas été résolue et les subventions concernent seulement une catégorie précise. Jamais le petit agriculteur n'ira chercher cette subvention si elle ne couvre pas la totalité de ses transactions. Et ce n'est que ces cinq dernières années qu'on commence à réfléchir sur quoi faire”, poursuit le spécialiste. Si le Maroc a choisi le paradigme de la libéralisation, sa mise en œuvre demeure un véritable problème. Et “personne n'a de réponses”. Pour M. Serghini, directeur de la DPAE (Direction de la planification des affaires économiques) au sein du ministère de l'Agriculture, “on bloque encore sur la question: faut-il libéraliser ou pas? Alors que la vraie question est: comment?”.Le chercheur a fait une simulation dans le cas d'une déprotection des céréales. Globalement, les effets sont positifs. La dévaluation de la monnaie augmente les exportations, autant que les importations. Le taux de couverture suit. Mais c'est au niveau du secteur agroalimentaire que le bât blesse. Les études menées par Rachid Doukkali font passer le taux de couverture de 93% à 78%.Pour ce qui est des revenus des ménages, ceux qui dépendent de l'agriculture baissent. “Les exploitations moyennes sont les plus touchées”. Les grandes exploitations sont épargnées, vu que l'essentiel de leur chiffre d'affaires est réalisé à l'export.Les grands bénéficiaires sont sans nul doute les ménages urbains, qui profitent de la baisse des prix des céréales. Le spécialiste prévoit une hausse du pouvoir d'achat de 2,4%. Toujours dans cette logique, la consommation des ménages, surtout urbains (85% du revenu national), augmente. La consommation en farine, céréales mais aussi autres produits est en hausse.La production des céréales va disparaître à hauteur de 41%, “ce qui nous fait remonter le temps vers 1985 où on recensait un million d'hectares de blé tendre”, note Doukkali. Et Serghini de renchérir: “La surface de culture du blé tendre est passée de 500.000 hectares à 2 millions. Ce qui a provoqué un déséquilibre agricole, et une instabilité de la production, des revenus. Nous aurions dû miser sur une diversification agricole alors que nous sommes allés dans le sens de l'uniformisation de l'agriculture”.Donc, si l'on maintient l'unique hypothèse de la déprotection des céréales, ce sont les cultures industrielles qui en bénéficient tout autant que la production de jachères. La mise en jachère est en hausse du fait de la forte baisse de la culture céréalière.Enfin, avec près de 50% de population rurale, l'un des premiers impacts externes à cette déprotection est la “ruée vers l'urbain”. Mais “en a-t-on les ressources?”. Le deuxième est, selon l'expert, l'exploitation des ressources gratuites.


Défaillance du système d'évaluation

On continue à évaluer l'agriculture sur la base de produits alimentaires”. Conséquence: une grande partie échappe à l'évaluation. Les informations sur le rôle de l'agriculture sont incomplètes. Ce qui biaise la prise de décision. C'est d'autant plus grave que les enjeux actuels sont de taille. Khalil Allali, du département économique rural de l'ENAM (Ecole nationale d'agriculture de Meknès), a présenté les effets externes de l'agriculture en mettant le doigt sur cet aspect crucial.“En fait, la valeur économique totale de l'activité se mesure par l'usage qu'on en fait et le non-usage”. Si l'agriculture assure la production, elle produit aussi un paysage. Les effets peuvent être négatifs (les plus médiatisés), mais aussi positifs. Comme la valorisation d'un terroir, ou la préservation de races animales locales.Toutefois, l'impact économique évalué reste globalement négatif: 8,2% du PIB, c'est le coût de la dégradation de l'environnement. Mouna KADIRI

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