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Le Maroc reprend sa politique sociale

Par L'Economiste | Edition N°:1817 Le 22/07/2004 | Partager

. Un nouveau concept: “la coresponsabilité sociale”. Près de 49% du budget de l’Etat est consacré au social. Mais le problème, ce n’est pas l’argent!Surtout ne pas se leurrer: la notion du social au Maroc est très récente. Le retard dans la conception d’une politique à l’égard du bien-être et de l’épanouissement des citoyens explique une grande partie du cumul des déficits sociaux. Ce que dénoncent un grand nombre de rapports d’institutions internationales, comme l’a fait dernièrement le Pnud quand il a classé le Maroc 125e sur 177 pays en matière de développement humain (loin derrière la Tunisie et l’Algérie). Pour les Nations unies, la principale explication aux retards sociaux du Maroc c’est son manque de volonté politique (cf. L’Economiste du lundi 19 juillet 2004; www.leconomiste.com). Mais la nouveauté, c’est aussi le virage qui s’annonce: plus d’un million de chômeurs, plus de quatre millions de pauvres, une femme sur trois analphabète, sans compter l’activisme idéologique rampant (et les dérives identitaires conséquentes). Les nombreuses initiatives publiques et l’énorme travail associatif manquent d’efficacité. La consécration d’un ministère au lieu d’un simple secrétariat d’Etat (près de 200 collaborateurs mobilisés au central) pour le social n’est pas chose anodine. La politique sociale a, au plus, une quinzaine d’années.. Des hommes capables de relayerElle n’a véritablement commencé à faire l’objet d’études et de débats qu’au début des années 90, pour enfin se placer aux premiers rangs des priorités nationales à l’avènement du règne de Mohammed VI et puis après le traumatisme des attentats du 16 mai 2003 (assurance-maladie obligatoire promise pour 2005, logement social, remise en ordre religieuse, etc.).Aujourd’hui, on lui consacre un ministère. Une première mais aussi la promesse d’une politique sociale cohérente et offensive. Mettre à sa tête un homme comme Harouchi, c’est drainer avec tout le tissu associatif (plus de 35.000 associations existent au Maroc).L’exercice du développement social n’a jusqu’à présent pas donné de résultats conséquents, malgré des énormes investissements publics et privés, dont on ne connaît pas le montant. Pour le public, près de 49% du budget de l’Etat se rapportait à des actions sociales en 2003 et autant cette année. Et c’est à peu près ce qui s’est fait depuis les années 70, mais avec des résultats plutôt décevants.Et les déficits sont et restent lourds. La raison de ces échecs, de l’avis de plusieurs acteurs associatifs, est toute bête et toute simple: absence de vision et pas d’hommes capables de relayer les volontés étatiques, donc de faire adhérer l’ensemble de la société à ces desseins.D’ailleurs, le tout nouveau ministre du Développement social, Abderrahim Harouchi, ne cesse de répéter que “l’argent n’est pas le problème”, contrairement à ce qui est communément admis. C’est bien celui du peu de cohérence et de mobilisation. Le ministre du Développement social a présenté son plan, hier 21 juillet 2004, à Rabat. Il a insisté fortement sur ce point: ce n’est pas son budget, environ 250 millions de DH pour ce qui reste de l’année 2004, qui va faire la cohérence et l’efficacité de la lutte contre la pauvreté.l L’enjeu n’est pas dans l’argent.L’après-ajustement structurel financier et commercial et les rapports des organisations internationales ont dévoilé les lacunes de l’approche (absence d’approche?) sociale du Royaume. Dans les années 80, la pauvreté était un tabou. Les pouvoirs publics tout comme la société n’avaient jamais vraiment osé évoquer ce fléau de manière claire et responsable. La première stratégie sociale a vu le jour en 1992. Elle a été réalisée par une commission interministérielle et menée par le ministère des Affaires économiques et sociales (qui à l’époque incluait les services de planification et de statistiques), explique Ahmed Ibrahimi, le directeur de la planification au Haut-Commissariat au Plan(1). La Banque Mondiale avait donné un grand coup de main et le FMI exigeait des efforts supplémentaires de la part du Maroc. Cette stratégie ambitionnait d’accroître conséquemment l’emploi, les revenus, l’accès aux services de base et la protection sociale. De cette stratégie, plusieurs initiatives sont nées: le BAJ1 en 1996 (un programme-pilote des priorités sociales), et un foisonnement de plans sociaux (Pager pour l’hydraulique, Perg pour l’électrification, routes rurales, etc.), des actions diffuses des établissements publics et des programmes de lutte contre la pauvreté, assistés par les Nations unies.. Pourquoi ça n’a pas marchéBAJ1 est le premier programme des priorités sociales du Royaume. Ce programme-pilote, soutenu par la Banque Mondiale, n’a concerné que 14 provinces sur 71 et quelques secteurs précis. Il ambitionnait, en l’occurrence, de développer les services publics de base via l’éducation de base et l’alphabétisation, la santé de base, la création des emplois et de l’infrastructure locale avec une coordination, un suivi et une évaluation. Une commission interministérielle présidée par le Premier ministre de l’époque donnait les orientations de ce programme avec l’appui d’une commission technique (des responsables ont été nommés spécialement pour le BAJ1) et la coordination des gouverneurs, rappelle le directeur de la planification. La Bird était chargée des audits. Deux études d’évaluation de ce programme ont révélé des résultats insuffisants. Dans l’éducation, le BAJ1 a réalisé des avancées notables. Les taux scolaires se sont améliorés plus rapidement que dans les provinces qui n’étaient pas concernées. La participation de la fille dans la scolarisation était également meilleure. Echec par contre pour l’alphabétisation. Selon Ahmed Ibrahimi, le projet d’alphabétisation n’a pas été mené à terme par manque de vision. Les actions menées à l’époque se cantonnaient à construire des infrastructures. Ce qui est paradoxal, relève le responsable: “Les secteurs sociaux qui pèsent le plus de problèmes sont les secteurs où il y a le moins d’encadrement et d’expertise”. Idem pour la santé: “On s’est contenté de construire des dispensaires”, mais leur fonctionnement n’a pas suivi. En fait, le programme n’était pas d’une envergure suffisante pour impacter sur la gouvernance et l’organisation étatique. La communication et la participation ont également fait défaut. “Souvent, les bénéficiaires n’étaient pas au courant des actions menées à leur encontre”. Mais la dernière dizaine d’années était beaucoup plus celle de l’action associative que celle de l’action de l’Etat, bien que celle-ci soit en volume sans commune mesure avec l’intervention des ONG. Son désengagement progressif a au moins ce mérite de laisser les ONG agir. De ce point fort, appuyé par un ministère qui se veut foncièrement ouvert à la société civile, le Maroc amorce bien un virage: celui de la coresponsabilité sociale, où la distinction public/privé dans ce domaine s’atténue. Le Royaume dispose aujourd’hui de tous les éléments pour une vraie politique sociale et ne peut désormais plus justifier de tels déficits.


Les chiffres qui font tomber le Maroc

Le Maroc devra créer environ 450.000 emplois par an d’ici à 2015 les trois quarts des emplois devront se trouver en ville. En 1999, le Maroc comptait 5,3 millions de pauvres absolus. Aujourd’hui, il y en aurait 4 millions (selon les statistiques officielles, qui sont généralement bien faites). Ce nombre de pauvres reste toujours énorme. Un quart des Marocains, 25% pile, vit avec moins de 4.500 DH par an! Au niveau national, trois quarts des ménages ont accès à une eau salubre, ce qui veut dire qu’un Marocain sur quatre n’a pas d’eau propre exempte de risque sanitaire. C’est encore à la campagne que la situation est la plus grave: seuls 42,9% des ménages, pas même un sur deux, utilisent de l’eau salubre, chez eux, ou bien de l’eau à aller chercher dans un rayon de 1 km. Toujours dans le rural, seul un tiers des ménages dispose de l’électricité. Ces statistiques remontent à 2001. Ces données sont celles qui déclassent le Maroc du point de vue des services sociaux ou du développement humain.Mouna KADIRI-----------------------------------------------------------(1) Lors d’un atelier organisé par le Haut-Commissariat au Plan sur la prospective Maroc 2030, les 16 et 17 juillet 2004.

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