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Politique sociale: Comment améliorer le rendement des dépenses?
Entretien avec Abderrahim Harouchi

Par L'Economiste | Edition N°:1817 Le 22/07/2004 | Partager

Abderrahim Harouchi, qu’on ne présente plus aujourd’hui, revient sur la scène gouvernementale. Ministre de la Santé d’août 1992 à mars 1995, il se retrouve aujourd’hui à la tête du ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, sis à l’ex-siège du ministère des Droits de l’Homme. Chirurgien- pédiatre, et aussi acteur associatif incontournable, le profil de Harouchi confirme la volonté gouvernementale de rendre cohérente la politique sociale marocaine. Et celle-ci se fera par la participation de tout le monde: société civile et Etat.Energique et vivace, Abderrahim Harouchi a déjà commencé à appliquer la démarche qualité et la direction par objectifs au sein du ministère, convaincu du “formidable levier de réforme administrative” qu’ils représentent (cf. son article, rubrique Tribune dans L’Economiste du 10 février 2004, “La démarche qualité peut-elle s’appliquer dans les collectivités locales?”; www.leconomiste.com). - L’Economiste: Quel est l’état des lieux du secteur social?- Abderrahim Harouchi: La première tâche du ministère durant ces cinq semaines a consisté à faire l’état des lieux et le diagnostic. J’ai eu le plaisir de découvrir que le Maroc, depuis quelques années, est un véritable chantier sur le plan économique et social, ce que je ne percevais pas très bien lorsque j’étais de l’autre côté de la barrière. C’est un chantier sur le plan institutionnel pour lequel de nombreuses réformes sont lancées, sur le plan de la libéralisation et la modernisation de l’économie. On peut citer entre autres, l’objectif des 10 millions de touristes pour lequel le seul plan Azur représente 45 milliards de DH; les travaux d’infrastructure: ports, autoroutes, chemins de fer et routes rurales, qui représentent 38 milliards de DH, et un chantier social avec un nombre important de programmes: lutte contre l’analphabétisme, éducation non formelle, lutte contre la pauvreté, accès à l’eau et l’électricité dans le monde rural et assurance-maladie obligatoire prévue pour 2005.Mais malgré cet énorme effort -les budgets consacrés aux secteurs sociaux en 2003 représentent 49,3%, pratiquement la moitié du budget de l’Etat)-, les déficits sociaux demeurent importants. Le taux de pauvreté a énormément diminué, passant de 40% à 13,9%. La pauvreté est beaucoup plus importante dans le rural que dans l’urbain, mais elle a augmenté beaucoup plus vite dans le périurbain, du fait de l’exode et du chômage, de sorte que certaines villes sont entourées d’une ceinture de pauvreté qui représente un risque sur le plan social. Il faut aussi noter que le monde périurbain pauvre n’a pas bénéficié des mêmes programmes nationaux que le monde rural. L’Etat a beaucoup investi dans le monde rural et le périurbain pauvre a été quelque peu délaissé. Autre élément préoccupant, la population en situation de vulnérabilité économique, c’est-à-dire disposant de moins de 4.500/an/personne pour vivre, représente environ 25% de la population. Tout aussi inquiétant, le taux d’analphabétisme se situe autour de 48%. Nous ne disposons pas encore de statistiques actualisées, mais nous savons qu’il est plus important dans le monde rural et touche les femmes particulièrement. Enfin, les catégories de population qui ont des besoins spécifiques et vivent dans des situations difficiles, comme les enfants de rue ou les handicapés et les personnes âgées doivent faire l’objet de programmes adaptés.. «Mon rôle est transversal»- Quelle est votre mission exactement?- La mission du ministère n’est pas de s’occuper des politiques sociales sectorielles, mon rôle est transversal. Notre première mission est de lutter contre la pauvreté en milieu rural et périurbain. La deuxième est de corriger les inégalités sociales, et en troisième lieu, veiller à l’intégration des groupes cibles: handicapés, enfants en situation difficile, personnes âgées, qui sont exclus du processus de développement. Autre priorité, celle de développer la citoyenneté, la participation, le partenariat entre les acteurs étatiques et non étatiques, et la solidarité. Car finalement, le social n’est pas seulement l’affaire de l’Etat. Pour réussir, il faut la participation et l’adhésion du citoyen.- Avez-vous un plan d’action?- Il vient d’être élaboré et présenté lors d’une réunion interministérielle regroupant l’ensemble des départements ministériels concernés. Cela traduit la volonté du gouvernement de conduire une politique vigoureuse pour réduire la pauvreté et résorber les déficits sociaux. La politique sociale au Maroc se trouve entravée par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il existe un grand nombre d’intervenants. Parmi les intervenants étatiques: une dizaine de ministères et secrétariats d’Etat, les agences de développement, les Eaux et Forêts, l’Entraide nationale, les collectivités locales, etc. A côté de cela, il y a la coopération multilatérale et bilatérale, la Fondation Hassan II, la Fondation Mohammed V, les acteurs économiques qui depuis quelques années s’impliquent dans le champ social et enfin tout le tissu associatif. Cela a pour conséquence un émiettement des interventions et une dispersion des ressources financières et humaines. Le premier travail consiste à mettre ces interventions en cohérence, de développer des synergies et renforcer la coordination. Il est donc nécessaire de définir une politique globale de développement social et de lutte contre la pauvreté, et d’élaborer une stratégie avec pour horizon 2010 et de la décliner au niveau régional. Chaque région doit avoir un plan de développement social, au même titre qu’il existe un plan d’aménagement du territoire.Pour élaborer ce plan d’action, il a fallu faire l’état des lieux, évaluer les besoins. La carte de la pauvreté élaborée par le Haut-Commissariat au Plan avec l’appui de la Banque Mondiale, est devenue un outil remarquable. Nous disposons maintenant d’une carte de la pauvreté par commune, ce qui nous permet de cibler les actions en direction des zones les plus pauvres. . «Quand j’étais de l’autre côté»- Vous dites que vous ne réalisiez pas lorsque vous étiez de “l’autre côté de la barrière”, l’ampleur des chantiers engagés par l’Etat dans le domaine social. Que pensez-vous faire maintenant que vous êtes ministre du Développement social pour que la société, qui demeure de “l’autre côté de la barrière”, soit un peu plus au courant?- Depuis que j’ai pris mes fonctions, je suis en contact permanent avec un certain nombre d’acteurs de la société civile. Ceux-ci sont régulièrement impliqués en tant que personnes ressources, et informés. D’autre part, le ministère ne manquera pas de tenir le public informé sur la stratégie adoptée, la situation sociale en général et l’état d’avancement des réalisations. C’est d’ailleurs l’objet de la conférence de presse qui vient d’avoir lieu.- La majorité des Marocains commenceront-ils à percevoir l’ampleur de ces chantiers?- Il est vrai que le gouvernement a fait un travail remarquable. On peut déplorer qu’il n’ait pas suffisamment communiqué autour de ce travail pour que la population le perçoive. Mais en fait, ce qui intéresse la population, ce ne sont pas les grands chantiers d’infrastructure, dont l’impact est pour elle lointain. Ce qui préoccupe les gens, c’est leur vie au quotidien. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a lancé un programme remarquable l’année dernière: le programme de proximité comportant 1.700 actions au niveau du périurbain. Cela concerne les terrains de sport, les actions sociales de proximité, le recasement des marchands ambulants, les centres de jeunesse, les colonies de vacances... C’est vrai qu’il y a un déficit de communication et l’une des préoccupations de ce ministère, c’est précisément d’informer et de communiquer pour mobiliser l’ensemble de la société.. «Les ONG sont de grands partenaires»- N’avez-vous pas besoin de plus de moyens budgétaires pour mener et appliquer une politique sociale intégrée?- Le bon sens en matière de gestion consiste à optimiser ce qui existe. Il y a des gisements considérables sur les plans financier et humain. Si cela s’avère insuffisant, et cela sera certainement le cas, il faudra mobiliser des moyens supplémentaires, peut-être par la réallocation de ressources.- Quel rôle et quel avenir pour le tissu associatif marocain?- Nous pouvons nous réjouir, pour un pays jeune comme le Maroc, d’avoir un tissu associatif aussi important et aussi dynamique. Nous estimons qu’il existe entre 30.000 à 37.000 associations. L’un de nos objectifs est de constituer une banque de données des projets de développement de proximité. Les ONG sont des partenaires du secrétariat d’Etat à la Famille, de l’Agence de développement social et de l’Entraide nationale, et elles interviennent sur le terrain. Mais pour qu’elles deviennent des partenaires à part entière de cette politique, elles ont besoin de certaines choses. Nous sommes en train de préparer un programme pour renforcer leur capacité en matière de management, de comptabilité, etc. Toutes les ONG ne sont pas au même niveau: certaines contribuent réellement au développement, d’autres sont là pour la forme. La banque de données devra donc fournir des informations quantitatives mais aussi qualitatives. Notre programme va consister aussi à évaluer les procédures de partenariat et les unifier, chaque structure ayant sa façon de travailler. L’idée aussi c’est de créer au niveau de chaque ville un réseau associatif, à l’image de l’espace associatif, du Resaq de Casablanca, du réseau associatif d’El Hoceïma, Nador, Oujda, Rabat, Agadir.Le contact sera beaucoup plus facile avec une trentaine de réseaux qu’avec 30.000 associations.


Comment réduire la pauvreté?

Comment lutte-t-on contre la pauvreté? C’est la grande question, celle qui taraude les politiques publiques depuis une trentaine d’années. «Jusqu’à une époque récente, dit Harouchi, l’idée dominante était que la croissance économique suffirait à assurer le développement social». Cela s’est avéré faux et «l’on a pu constater que les fruits de la croissance n’étaient pas répartis de manière équitable». Il faut en fait une «volonté de développement social de la part des pouvoirs publics». L’analphabétisme, l’absence de formations et de métiers sont les premiers facteurs de pauvreté et de précarité. Le secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation Anis Birou, se référant à une étude réalisée au Bengladesh, indique que le taux de corrélation entre l’analphabétisme et la pauvreté est très fort (0,7). L’analphabétisme explique 40% de la pauvreté et si vous augmentez l’alphabétisation de 1%, vous augmentez le revenu de 0,6%.«La carte de la pauvreté et celle de l’analphabétisme du Maroc se superposent d’une manière frappante», commente le ministre Harouchi. «L’alphabétisation, couplée à l’apprentissage d’un métier, et la création d’activités génératrices de revenus, permettent de corriger un certain nombre de déficits et d’inégalités et aux individus de se prendre en charge et devenir des citoyens acteurs du développement».


Pauvreté et intégrisme

- L’Economiste: Les islamistes ont progressé par leur contribution sur le terrain. Que comptez-vous faire pour gagner du terrain?- Abderrahim Harouchi: L’action de proximité a permis aux “islamistes” d’occuper un terrain laissé vide pour endoctriner des populations dans le besoin, en exploitant leurs frustrations et la misère intellectuelle. L’Etat se situe sur un autre terrain. C’est celui du développement durable, et non pas celui de l’assistance. C’est donner à la collectivité la liberté de se prendre en charge et non faire de la démagogie.- Pourtant, l’activisme intégriste est assez puissant et… angoissant…- Il faut renforcer justement les politiques sociales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, en particulier dans ces ceintures de pauvreté périurbaine qui sont les plus exposées. La mise à niveau de ces quartiers est urgente. Il faut doubler la cadence en matière de développement social et de lutte contre la pauvreté. Mais cela ne saurait suffire. Il faut parallèlement combattre l’idéologie intégriste. Elle se combat par les valeurs de notre islam de tolérance et de modernité, qu’il faut s’attacher à diffuser largement, soustraire la population vulnérable à leur discours et réorganiser le champ religieux. Ce n’est pas seulement un combat sur le plan social, mais sur le plan idéologique et qui concerne le monde entier, et pas seulement le Maroc qui a connu les affres du terrorisme. Les pays européens doivent eux aussi contribuer à répandre les véritables valeurs de l’islam. Propos recueillis par Mohamed CHAOUI & Mouna KADIRI

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