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Politique

«La presse n'a aucune responsabilité dans les attentats»
Le magazine Masculin s'entretient avec Abdelmounaïm Dilami

Par L'Economiste | Edition N°:1558 Le 10/07/2003 | Partager

Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Adage on ne peut plus juste, puisque ce n'est pas dans nos colonnes, mais dans celles de notre confrère le mensuel Masculin, dans son numéro daté de juillet-août 2003, qu'a été réalisée l'interview du PDG du groupe de L'Economiste, sur la presse et les attentats du 16 mai. Abdelmounaïm Dilami y explique la position du groupe, qui est aussi imprimeur, sur la marche de la démocratisation et sur l'évolution de la presse en général. Il révèle aussi les démarches, très discrètes, mais qui ont eu, apparemment, une certaine efficacité dans l'affaire Ali L'mrabet.Le mensuel Masculin nous a aimablement autorisés à reproduire cet entretien.. Masculin: Ne pensez-vous pas que la presse soit l'une des principales victimes des attentats du 16 mai 2003?- Abdelmounaïm Dilami: Qu'elle soit l'une des victimes du 16 mai, je veux bien mais qu'elle en soit la principale, je ne pense pas. De toute façon, lorsqu'une société comme la nôtre rentre dans une transition démocratique, l'évolution de ce processus amène forcément des réactions et des contre-réactions. Il aurait été un peu simpliste de croire que ce processus allait se dérouler tout naturellement jusqu'à ce qu'on en arrive à une société ouverte et démocratique. Maintenant, ce n'est pas étonnant qu'il y ait des réactions, des résistances et des craintes qui n'existaient pas au début et qui se manifestent à un moment ou à un autre. Mais il ne faut pas oublier que la presse est le principal indicateur dans les sociétés démocratiques. Elle est un relais fondamental de l'opinion publique vis-à-vis du pouvoir. La démocratie, ce n'est pas simplement le vote mais c'est également le fait que les dirigeants soient constamment soumis au jugement de l'opinion publique par le biais de la presse. C'est normal donc d'avoir des réactions un peu fortes parfois à l'égard de la presse de la part des dirigeants. Mais ce serait une erreur à mon sens parce que la presse ne crée pas l'événement.. Certains observateurs estiment que le pouvoir a sifflé “la fin de la récréation”…- Ce serait dommage. On ne peut pas prendre une partie du processus démocratique et renoncer à une autre. On ne peut mettre la presse sous contrôle tout en voulant continuer le processus démocratique. Je ne crois pas que le Maroc puisse se permettre de remettre en cause tout le processus et ce, pour des raisons de positionnement international et pour des raisons économiques.Le malentendu qui existe actuellement, c'est qu'on a encore tendance à considérer la presse comme un des éléments du pouvoir. Alors que la presse dans sa globalité est un contre-pouvoir. Et en tant que tel, elle ne peut que critiquer et contester dans la limite, bien sûr, de la légalité.. Mais ces limites dont vous parlez justifient-elles qu'on puisse emprisonner?- Aussi bien personnellement qu'en tant que Fédération des éditeurs, nous sommes fondamentalement opposés aux peines d'emprisonnement dans les délits de presse. Maintenant, je ne suis pas contre le fait que la loi fonctionne et si on estime qu'elle n'est pas bonne, on peut demander à ce qu'elle soit changée.. Driss Jettou et certains ministres du gouvernement ont imputé une certaine responsabilité à la presse concernant les attentats du 16 mai. - C'est complètement faux de dire que la presse a une quelconque responsabilité dans les évènements du 16 mai. La presse n'a aucune responsabilité dans ces événements, même pas une responsabilité morale.. Concernant la responsabilité morale, ne pensez-vous pas que la vôtre est engagée concernant Ali L'mrabet?- Non, pas du tout. Lorsqu'il imprimait chez nous, c'était un client comme les autres. Le problème qui s'est posé à un certain moment, c'est que les nuisances engendrées par cette situation deviennent plus importantes que ce que vous rapporte ce client. C'est évident alors qu'on ne peut pas continuer. J'ai rencontré Ali L'mrabet et je lui ai expliqué le problème en lui disant qu'il a le temps de chercher un autre imprimeur pour sa publication. Je lui ai même conseillé de voir du côté des imprimeries des partis politiques parce que le rapport avec le pouvoir est différent. Et ça, il l'a parfaitement compris. Alors, il a décidé de lui-même d'arrêter d'imprimer.. Devant l'aggravation de son état de santé, qu'est-ce que vous avez fait en tant que Fédération des éditeurs?- En tant que Fédération des éditeurs, nous avons entrepris des démarches pour lui. Nous les avons entreprises de manière très discrète parce que nous pensons que c'est le meilleur moyen d'obtenir des résultats.. Où en est-on pour ce qui est de l'autorisation d'imprimer Le Monde au Maroc? - Le Monde attend toujours l'autorisation. Au début, c'était une histoire simple, qui s'est compliquée par la suite sans que l'on sache pourquoi. Jusqu'à présent, on n'a pas d'explication sur ce retard. La raison semble être politique.. Vous avez parlé dans certains de vos éditos d'un raidissement inexpliqué d'une frange du pouvoir? - Oui et d'ailleurs, c'est un raidissement qui était inattendu. Mais encore une fois, cela ne m'étonne pas. Nous ne sommes pas une société démocratique achevée. Nous sommes une société qui voudrait bien l'être mais qui a du mal à supporter les inconvénients qu'engendre la démocratie.. Est-ce que vous croyez qu'on revient à la gestion makhzanienne. Laisser pourrir les situations?- Non, je ne crois pas qu'on y revient. Je ne pense pas que ce soit possible. Le Maroc a pris un certain nombre d'engagements et un retour en arrière serait une grande catastrophe. Maintenant, le rythme d'évolution peut se ralentir. Il est clair qu'on est dans une phase où on a atteint un palier qui semble difficile à dépasser.. Est-ce que vous avez des projets pour l'audiovisuel?- On en a un avec un partenaire français et qui est très avancé. Mais cela dépendra de la manière avec laquelle sera faite la libéralisation du champ audiovisuel. En l'absence de lois précises qui réglementeront le secteur, on ne peut pas élaborer un projet concret et réaliste.. Ces dernières années, certains groupes économiques ont manifesté beaucoup d'intérêt à la presse. Qu'en pensez-vous?- Si la tendance se confirme, cela contribuera à façonner d'une manière différente le champ de la presse. Cela veut dire aussi qu'il n'y aura plus de place pour les journaux artisanaux. Mais je remarque que cette tendance est encore très hésitante. Cela dit, la presse est un champ d'investissement comme les autres et par conséquent, vous avez de grands groupes économiques qui s'intéressent de plus en plus aux médias.. A quoi imputez-vous la crise actuelle dans laquelle se dépêtre la presse marocaine?- C'est une crise de croissance d'abord. A la fin des années 90, les titres se sont multipliés en grand nombre et rapidement. Le marché de la publicité par exemple n'a pas rétréci. Il a stagné alors que les supports se sont multipliés. Cette crise va rendre donc le ticket d'entrée dans un monde de la presse beaucoup plus onéreux.Propos recueillis par Karim DOUICHIMasculin

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