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Economie

La pauvreté recule mais demeure importante

Par L'Economiste | Edition N°:20 Le 12/03/1992 | Partager

· Les chiffres clés en 1991: 3,9 millions de pauvres, 1 million de chômeurs, 55% d'analphabètes, 32% d'enfants non scolarisés
· Amélioration globale des indicateurs de consommation et du niveau de vie


Les premiers résultats de l'Enquête Nationale sur les niveaux de vie de 1990-91, réalisée par la Direction des Statistiques, ont été présentés par le Ministre du Plan, mardi. L'enquête ficelée avec beaucoup de méthode, révèle une grande variété de données sur l'habitat, la consommation alimentaire, l'emploi... La pauvreté, qui recule pourtant, est au cur de l'enquête et suscitera les commentaires les plus passionnés.Il revient à l'enquête le mérite d'avoir démystifié et traduit en chiffres le phénomène douloureux de la pauvreté.


LES pauvres ne sont plus ce qu'ils étaient. Ils ne sont plus que 3,9 millions de Marocains en 1991, à vivre en dessous du seuil de la pauvreté. Ils étaient 6,6 millions en 1985, . «Plus que» 3,9 millions, ou «encore» 3,9 millions, chacun présentera les chiffres en fonction de son optique. C'est l'éternelle interprétation du verre à moitié vide ou à moitié plein qui gouvernera encore une fois, l'analyse de «l'enquête nationale sur les niveaux de vie 1990/91» réalisée par la Direction de la Statistique du Ministère du Plan.
Celle-ci conclut en relevant «la régression assez notable de la proportion et du volume des ménages à bas revenus et le recul des inégalités sociales». L'écart entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres passe de 16,1% en 1985 à 13,9% en 1991.
Pour définir la pauvreté, la Banque Mondiale a fixé des repères que l'enquête a retenus. Ainsi, un citadin est un pauvre absolu s'il ne dispose pas d'au moins 2.557DH/an pour subvenir à ses besoins, soit 7 DH/jour. Ils étaient 1.436.000 en 84/85, dans les villes marocaines et 742.000 en 90/91 dans ce cas.
Cependant, les citadins peuvent aussi être touchés par la pauvreté relative, c'est-à-dire, disposer d'un peu plus de revenus que les pauvres absolus, mais moins de 3.427DH/an ou 9,4DH/jour.
Leur nombre a considérablement chuté en 5 ans mais demeure à plus de 1,5 million.

Quant aux paysans, ils ne sont recensés comme pauvres absolus, qu'en dessous de 1.827DH/an par individu et par an, soit 5DH/jour. Ils étaient près de 2 millions en 1985 et ne sont plus que 320.000 en 1991. La pauvreté rurale relative se situant à moins de 2.432 ou 6,6DH/jour touche encore plus de 2,4 millions de ruraux. C'est encore la pluie, qui est l'élément déterminant pour expliquer la régression de la pauvreté en milieu rural: en 1985, le cycle de sécheresse achevait d'appauvrir les campagnes, alors que 1991 connaissait des récoltes records.
La pauvreté, d'une manière globale, qui touchait 30% de la population il y a 5 ans en touche 15,4%.
Quant à la moyenne de dépense par individu et par an, elle est de 6.780DH soit 18,5DH/jour. Ramené au ménage moyen, composé de 5-6 personnes, la moyenne annuelle est de 38.600DH/an, dont 3.217DH/mois en 105DH/jour.
L'enquête relève une amélioration, en Dirham constant, c'est-à-dire, défalcation faite de la hausse des prix de 5,1% par an. L'amélioration s'explique par la fin du cycle de sécheresse et les hausses de salaires. Sur une plus longue période de 20 ans, les marocains ont amélioré, du simple au double leur niveau de vie.
Un Marocain a plus de risques d'être pauvre à la campagne (17,9%) qu'à la ville (12,6%), mais 3 fois moins de risques d'atteindre la pauvreté absolue, plus marquée dans la ville. Peut-être qu'en dessous d'un certain seuil de pauvreté, l'exode rural commence et la campagne déverse sur les villes sa misère.

C'est d'ailleurs la dichotomie du monde urbain et rural qui guide toute l'enquête.
Et la dichotomie ville-campagne est d'abord une question d'habitat, de mode de logement. Dans les campagnes les baraques et les habitations en pisé abritent encore plus de 70% des foyers ruraux. Elles restent la norme. En revanche, cet habitat devient insalubre en ville, recule avec les opérations de résorption de bidonvilles: 86% des ménages urbains occupent des logements en maçonnerie.
Ils sont raccordés au réseau d'eau potable à 76% alors que 15,9% d'entre eux continuent à remplir leurs seaux à la fontaine publique et 8,1%, à la source et dans les «oueds». Ces derniers partagent la corvée de l'eau avec les ruraux pour lesquels le raccordement reste l'exception (14,2%) pour l'eau, autant que pour l'électricité (11,9%). Alors que l'électricité est quasi généralisée dans les villes.
La seule consolation des ruraux est de ne pas subir les haines interminables autour des loyers, puisqu'ils sont propriétaires de leurs lieux d'habitation en majorité. En ville, le crédit immobilier aidant, le nombre de propriétaires avoisine les 50% alors que la proportion de locataires tombe en dessous des 40%, en dépit d'une demande pressante. Effets des prix des loyers et surtout la réticence des propriétaires échaudés par la «surprotection» des locataires. A ce sujet, le malaise urbain sur le logement ne ressort pas des statistiques: les ménages ne consacrent en moyenne que 18,5% de leurs dépenses pour «l'habitation et l'énergie», chiffre en baisse de surcroît.
En revanche la primauté du poste alimentation reste dominante et les statistiques le confirment. Les marocains consacrent 45,5% de leurs budgets à se nourrir. La baisse légère, mais continue, de ce pourcentage est un indice universel d'élévation de niveau de vie. Cela ne veut pas dire qu'ils dépensent moins d'argent dans les souks et les marchés. Au contraire. La dépense alimentaire moyenne s'accroît de 4,6% en DH constants et atteint en 1991, 3.085DH par personne et par an soit 8,45DH/jour.

Si l'accroissement de la dépense bénéficie aux aliments «plus nutritifs» tels les viandes, le lait et les fruits, les céréales restent encore l'aliment de base, tout au moins la principale dépense. Le pain est de loin le principal achat: le citadin dépense 169,4DH/personne/an pour la farine de luxe de blé tendre. Mais il ne renonce pas à acheter le blé en grain, surtout le blé dur et le porter au moulin pour la traditionnelle opération (Takyal).
Pour le paysan, ce blé dur, encore considéré comme la céréale la plus noble, domine. La différence fondamentale réside dans les autres céréales: le paysan consacre 12 fois plus d'argent à l'orge que le citadin, mais deux fois moins pour le riz.
Le paysan reste aussi attaché à un autre produit traditionnel l'huile d'olive: il y consacre 106,7DH/personne contre 68DH au citadin plus perméable aux produits industriels.
L'écart sur le lait pasteurisé et stérilisé illustre la différence entre les modes de vie traditionnel et moderne.
En ville, ce sont 117,6DH/personne/an qui sont consacrés, aux tetrapack et autres berlingots, contre 8,8DH seulement en milieu rural, où les chaînes et de distribution de conservation et de froid font défaut. Pour les mêmes raisons un citadin achète 3 fois plus de poisson frais que le paysan. Quant aux conserves, avec moins de 2 Dirhams, le Marocain achète à peine une boite de sardine par an. Le congelé n'entre pas encore dans les moeurs.
Autre clignotant de la consommation nationale, le sucre. La campagne fait honneur à sa réputation et bat la ville avec 167,5DH/personne contre 153,4DH, le sucre n'étant pas un condiment mais bien un complément alimentaire symbole gustatif de tous les plaisirs, notamment lors des cérémonies de thé qui rythment la journée, accompagnent les repas. Le citadin se rattrape sur les autres "boissons prises à domicile" et surtout sur les "aliments et boissons pris à l'extérieur". Ce dernier poste à l'appellation sybilline avec 334,6DH en milieu urbain et 122,6 en milieu rural est un des plus importants et dépasse même les consommations en pains et céréales. Il gagnerait à être éclaté ou explicité par la Direction des Statistiques.

A moins que les cafés, glaciers, installés désormais à tous les coins de rue, ne réalisent des chiffres d'affaires mirobolants, ou que le fast-food et leurs sandwichs ne se soient entrés dans les moeurs citadines surtout.
Dernier aliment encore symbole de l'aisance, la viande. Du moins, son absence à tous les repas est la frontière psychologique de la pauvreté. Globalement, chaque personne consomme pour 269,3DH de boeuf, pour 111DH de mouton et pour 92DH de poulet. Les préférences nationales sont bouleversées: le mouton, chair fine, tendre et grasse comme on l'aime, issu des traditions bédouines passe au second rang, pour la dépense, certainement à cause de son prix. Il cède la première place au boeuf et au veau, jadis considéré comme chair plus dûre et de moindre goût. Chiffre révélateur, le Marocain dépense 100DH par personne pour l'Aïd El Adha, et un montant proche, 111DH pendant le reste de l'année, pour la viande ovine. Si l'on suppose que le mouton ne subit pas de variation de prix pour l'Aïd El Adha, on comprend l'engouement populaire pour l'achat, à cette occasion grosso modo, pour cette fête, une famille consommerait autant de viande de mouton que pendant le restant de l'année. Ou si peu, sur toute l'année. Le poulet, était la chair des grandes occasions et s'offrait vivant: c'était le temps où il était de grains. Devenu poulet de chair, il se situe au 3ème rang pour la dépense mais pourrait se trouver au premier rang pour les quantités consommées en raison de son prix.

Si même le poulet de chair est onéreux, la famille marocaine prépare alors un tagine à base de légumes et légumineuses. Autant la viande est le symbole de l'aisance, autant les lentilles, haricots et pois-chiches, quand ils constituent un plat principal, sont le signe du dénuement. Les Marocains y consacrent beaucoup d'argent encore 385,7DH par personne et par an. C'est le poste le plus coûteux. L'analyse révèle, de prime abord, un paradoxe. Le citadin avec 504,2 Dirhams est plus porté sur les légumes et légumineuses que le paysan; avec 281,9DH, qui pourtant les produit. Surtout que les féculents sont peu onéreux, disponibles, facilement stockables pour les populations isolées et surtout cultivables sur les terres les plus ingrates. Les féculents ou légumineuses, denrées bon marché, «bourratives» symbole de pauvreté, auraient pu être distinguées des légumes frais dont la consommation, en salades et garnitures de viande sont signe de l'amélioration du niveau de vie. Leur regroupement gêne l'interprétation. Dans cette optique, les dépenses réservées aux fruits frais, 171,40DH/personnes/an en ville et 72,2DH à la campagne, aussi importantes que celles réservées à la farine de luxe ou à la viande ovine dénote la banalisation du dessert et aussi un niveau de prix relativement élevé des pommes, poires, bananes ...

· 48,4% des ménages urbains
propriétaires de leur logement
· 15% des citadins puisent l'eau dans les fontaines


Khalid BELYAZID

Méthodologie pour récolter des données intégrées


L'enquête Nationale sur les niveaux de vie 1990/91 n'est pas la première sur les individus et les ménages réalisée par la Direction des Statistiques. Dans les années 80, des enquêtes sur la consommation, l'emploi, en milieu urbain et rural ..; avaient été lancées. Il manquait des liaisons entre les différents indicateurs socio-économiques. L'objectif affirmé est d'obtenir des "données intégrées "sur les conditions de vie de la population. Ces instruments permettront d'évaluer la politique du gouvernement dans sa lutte contre la pauvreté et d'établir les programmes sociaux à venir. L'opération a été menée d'Octobre 90 à Octobre 91, et 50 enquêteurs ont été mobilisés, pour interroger deux semaines durant 3.400 ménages représentent les différentes régions et couches sociales. Fait surprenant, ces familles auraient montré la plus grande collaboration à répondre sur leur vie privée, leur consommation, leurs soins, malgré le questionnaire fastidieux figurant sur une centaine de pages. Autre innovation méthodologique importante, les données receuillies étaient saisies localement, alors que l'enquête continuait, ce qui permettait les corrections des erreurs commises sur le terrain.
Par ailleurs, la Direction de la Statistique estime qu'il faut intégrer les apports de l'autoconsommation et de l'économie informelle pour évaluer les niveaux de vie d'un pays comme le Maroc. Ce n'est pas l'avis de la Banque Mondiale qui s'en tient à la dépense monétarisée. La Direction des Statistiques s'est volontairement alignée sur les normes de la Banque Mondiale pour ne pas donner l'impression de se soustraire aux comparaisons internationales. Au Ministère du plan, on s'attend à ce qu'un jour la Banque Mondiale en vienne aux conceptions marocaines.

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