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Economie

La carte politique des prochaines années

Par L'Economiste | Edition N°:668 Le 27/12/1999 | Partager



· Accroissement du poids politique des villes moyennes et petites dans la carte nationale
· Disparition de l'actuelle opposition: elle n'atteint même pas le seuil statistiquement significatif
· La repolitisation va forcément entraîner l'apparition de nouvelles forces

Disqualifiée, inexistante. L'actuelle opposition n'arrive même pas à la barre d'un pourcentage significatif (qui est de 10%). L'actuelle opposition n'avait, selon l'enquête de L'Economiste réalisée par Telemark System, que 7% des préférences politiques durant les dix dernières années. Elle restera sur ce score de 7% (exactement 6,6%) pour les dix prochaines, disent les 500 personnes de l'échantillon. Exit donc les partis de l'actuelle opposition, regroupés dans le Wifak, mais que les gens ne connaissent que rarement sous ce nom.
Côté majorité, un léger laminage risque de se produire pour les partis de la Koutla. 26% des Marocains et Marocaines lui ont été favorables durant les dix dernières années. Mais ils ne sont plus que 24% à penser le rester dans les prochaines années.
Mais le phénomène le plus important n'est pas là.
L'avenir marocain sera marqué par la repolitisation. Elle n'est certes pas une grande vague de fond, mais elle est là, déjà exprimée par les gens et que l'enquête de L'Economiste met au grand jour.
Plus de la moitié, 54%, des Marocains n'avaient aucune préférence politique marquée durant les dix dernières années. Pour les prochaines, les Marocains pensent qu'ils vont s'y intéresser davantage, puisqu'ils ne sont plus que 36% à dire qu'ils n'auront aucune préférence politique. Cette repolitisation est donc le principal phénomène politique auquel il faut s'attendre pour ce début de millénaire.

Les femmes se politiseront plus fortement que les hommes


Durant les dix dernières années, les femmes étaient moins politisées que les hommes: 57% d'entre elles affirment n'avoir eu aucune préférence politique durant les dix dernières années, contre 53 chez les hommes. Elles se politiseront plus rapidement et plus fortement que les hommes: 34% des femmes disent qu'elles n'auront pas de préférences politiques à l'avenir, contre 37% chez les hommes. Faut-il voir ici la montée des débats politiques sur le statut de la femme? Sans doute: elles ont le sentiment d'être un enjeu mais ne veulent peut-être pas n'être qu'un enjeu. Elles sont aussi, selon la Constitution, politiquement égales aux hommes...
En tout état de cause, ce n'est pas la carte politique actuelle qui va réellement bénéficier de la politisation des femmes: elles s'intéresseront plus à la politique que par le passé, même si elles se gardent de prendre, dès aujourd'hui, des options définitives: elles ne sont que 28% à choisir une des grandes formations existant déjà (Koutla ou Wifak). Les hommes sont plus conventionnels: ils sont 31% à se retrouver soit dans la majorité (26%) soit dans l'opposition (5%, score statistiquement non significatif).

Les jeunes referont-ils la carte politique?


Chez les moins de 40 ans, des phénomènes similaires sont à l'oeuvre: plus de politisation mais pas assez de reconnaissance dans la carte actuelle.
Chez les moins de 40 ans aussi le phénomène de la politisation va être plus rapide que chez les aînés. 60% des moins de 40 ans affirmaient qu'ils n'ont eu aucune préférence politique durant les dix dernières années (contre 49% chez leurs aînés). Ils ne seront plus que 38% dans l'avenir à se désintéresser de la politique (contre 35% chez les plus de 40 ans). Mais ces moins de 40 ans qui vont se politiser ne trouvent pas vraiment leur bonheur dans un choix limité à la majorité ou à l'opposition, telles qu'elles existent actuellement. Ils ne sont que 25% à partager leurs suffrages entre les deux groupes. La politisation des jeunes adultes ira donc s'investir ailleurs (voir encadrés). En revanche, les aînés sont plus conventionnels, puisque 36% d'entre eux pensent qu'ils placeront leurs suffrages dans les partis actuels (30% chez la Koutla, 6%, soit en dessous du seuil significatif, chez l'actuelle opposition).
Ainsi, en plus de la compétition actuelle pour restructurer les réseaux autour du gouvernement et du Souverain, le prochain siècle va aussi voir démarrer la compétition pour restructurer la carte politique marocaine. L'électorat, dans les capitales et encore plus dans les régions, est prêt pour arbitrer cette compétition.


Les trois données à retenir


S'il ne fallait retenir que trois axes d'évolution qui marqueront la politique des prochaines années, il faudra choisir:
· L'accroissement de l'intérêt pour la politique, surtout au niveau régional.
· La Koutla devra gouverner avec un quart des opinions favorables, ce qui signifie que les réformes de fond qui n'auront pas été faites à la faveur de l'état de grâce ou de la bonne image personnelle de M. Youssoufi -qui recueille aujourd'hui 66% d'opinions favorables- ne pourront que difficilement être faites après.
· D'autres forces politiques se feront forcément un chemin grâce d'une part à la repolitisation et d'autre part à la baisse d'influence de la Koutla. Ces forces peuvent être l'Islamisme ou la proposition de pouvoir fort (une sorte de Boulangisme à la marocaine?) ou encore issues d'un éclatement de la Koutla entre l'Istiqlal et l'USFP.


Le Trône, l'Etat et la région


Il n'est pas indifférent de noter que c'est dans les villes moyennes, les capitales régionales, que le phénomène de la repolitisation sera le plus marqué. Il y aura donc en plus une forme de régionalisation à laquelle personne ne s'attend aujourd'hui. En fait, il n'est pas déraisonnable non plus de penser qu'il y aura un intérêt grandissant pour des pouvoirs locaux, disposant d'une légitimité électorale, au lieu d'une légitimité administrative telle qu'elle est issue aujourd'hui du centralisme.
Si cela se révèle exact, alors l'un des challenges de la nation marocaine sera de rester une nation tout en s'engageant dans des compétitions politiques locales. Aussi le Maroc a-t-il grand intérêt à avoir un Etat efficace, bien organisé, capable d'appuyer la symbolique unitaire incarnée par le Trône.

Nadia SALAH

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