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    Entreprises

    La BNDE s'investit dans la banque d'affaires

    Par L'Economiste | Edition N°:121 Le 17/03/1994 | Partager

    SICAV, gestion de patrimoine... même la BNDE dédiée à l'investissement industriel lourd se met à la banque d'affaires. La banque privatisable est entrée dans la concurrence en... privatisant les autres. Mais elle n'abandonne pas son créneau de l'investissement.

    LE "développement" était un mot mythique. L'Etat en était responsable, avec des plans et des politiques. Toute une époque. La BNDE (Ban que Nationale pour le Développement Economique) avait été dévolue au développement et installée à Rabat, près des administrations publiques et loin des "milieux d'affaires" de Casablanca. Le terme "affaires" était probablement douteux dans ses cou loirs.

    C'est un signe de l'évolution des "moeurs financières" que l' institution, dédiée à l'investissement lourd pour accompagner les choix publics, crée une activité banque d'affaires. Bien tôt, elle l'érige même en Direction.

    Des accords de partenariat sont conclus dans ce sens avec des groupes étrangers, dont la Lyonnaise des Banques. "C'est la suite logique de notre intervention traditionnelle, orientée vers le haut de Bilan des entreprises", explique Farid Dellero, vice président, directeur général de la BNDE. Cette activité banque d'affaires tournera autour de 4 axes:

    - L'intermédiation pour l'acquisition, la fusion, l'absorption d'entreprises et la recherche de partenaires. Cette fonction a déjà été mise en place par la BNDE autour des opérations de privatisations. Il s'agit de créer ou de participer à "un marché où le produit sera l 'entreprise".

    - La restructuration industrielle est un autre créneau. Il s'agit ici de "sauver c e qui existe, qui est sauvable, et. en tout cas les canards boiteux", précisent les dirigeants de la banque. Le service ne s'arrêtera pas aux aspects financiers, mais devrait s'étendre à la technologie, au marketing, à la recherche de partenaires. L'ambition est d'intervenir à deux niveaux, pour le "diagnostic" de l'état de l'entreprise, et l'établissement des "mesures" de sauvegarde. Le département existe déjà, et les dirigeants de la BNDE évoquent avec une pointe d'orgueil leur rôle passé dans la restructuration de la CTM-LN qui a permis de réussir sa privatisation.

    - La création de SICAV et de fonds communs de placement. Une première SICAV est en création en France. Objectif: récolter 1' argent à 1' étranger, I ' investir et le gérer au Maroc. Une autre
    SICAV est constituée localement. La banque veut ainsi intervenir, sur le marché financier, tant au niveau de la demande (en drainant les capitaux étrangers) qu'au niveau de l'offre de "papier", incitant les entreprises à entrer en bourse.

    - La gestion de patrimoine ou de "fortune" fait enfin l'objet de réflexion, à long terme.

    Ces activités de gestion pour le compte de tiers, autant que l'intermédiation et la restructuration, feront bien évidemment l'objet de facturation. Les revenus générés seront, au début, accessoires. A terme, à l'horizon 97/98, il est prévu que ces activités représentent 25 à 30UZo des produits financiers.

    La BNDE marque ainsi sa volonté de profiter du "décloisonnement", et de prendre les devants vers la "ban que universelle". Loin de ses dirigeants l'idée de se cantonner dans sa position acquise, dans le financement de l'investissement à long terme.

    D'ailleurs, précise M. Farid Dellero, "Nous ne nous sommes jamais aussi bien portés que depuis que nous sommes entrés dans la concurrence".

    Avec cette ouverture de l'activité et la privatisation de la banque, il reste à avoir ce qui justifie encore le mot "Développement" collé au sigle de la banque. "Il n'y a plus de complexe envers ce mot, qui pourrait disparaître si la banque adopte une nouvelle appellation, pour mieux être identifiée, avec son groupe". A ce sujet l'intégration de la BMAO, par la BNDE, ou par une nouvelle entité, qui serait sollicitée par les autorités monétaires, ne peut intervenir avant un exercice ou deux. "Au par avant l 'assainissement de la BMAO doit continuer. En 1993, cette banque a réalisé des bénéfices. affectés à l'apuration des pertes antérieures", rassure M. Dellero.

    En prévision de ce futur mariage bancaire, l'extension du réseau d'agence BNDE est arrêtée avec Casablanca, Rabat, Agadir et Tanger, alors que celui de la BMAO se développe: après 2 ouvertures en 1993, il y en aura 4 en 1994. BNDE et BMAO totaliseront alors 44 agences.

    Avec le contrôle de Maroc Leasing à 76% (contre 27% auparavant), et Fipar (80 millions de Dirhams de capitaux destinés aux prises de participations), et Safabourse, puis Safabail, la BNDE ambitionne de créer une synergie de "groupe financier et bancaire" et une approche "full service" pour servir sa clientèle d'affaires. Cette évolution d'activité, ouverte par le décloisonnement et l'évolution financière du pays ne constitue pas pour autant une rupture aux yeux des cadres de la BNDE. Leur implication dans la privatisation les a préparés et ils espèrent bien tirer longtemps encore profit de leur expertise en matière de financement d'investissements.

    "Nous avons obtenu le mandat pour la vente du noyau dur de la CIOR, son introduction en bourse, et mandat pour la vente de la SNP", rappelle avec une certaine fierté Mohammed Aïssaoui, directeur général-adjoint. "Les opérations ont bien réussi, en association certes avec d'autres banques marocaines ou des organismes internationaux comme Le mon Brothers ou Behrings...", reconnaît-il. "Mais ce faisant, la BNDE a dû réaliser un effort interne d 'information". En d'autres termes, elle s'est structurée, aguerrie à la banque d'affaires à l'occasion des privatisations.

    D'ailleurs les dirigeants revendiquent d'avoir été l'une des premières banques à s'être engagée à intervenir dans les opérations de privatisation en tant que banque. Elle ne pouvait pas acheter, étant elle-même privatisable.

    Pourtant la BNDE possède un portefeuille de participation qui atteint les 350 milliards de Dirhams en valeurs d'acquisition et près d'un mil liard de Dirhams réévalués. "C'est une activité accessoire, mais bien gérée pour être rentable. Sa rentabilité nette est de 10%. Sa rentabilité corrigée (avec introduction des actions gratuites) atteint 15 %", affirme M. Farid Dellero. Le niveau du porte feuille n'est pas développé en volume, mais renouvelé par revolving; il est conçu comme un instrument d'intervention qui complète les autres. La principal instrument de la BNDE reste pour l'heure le financement des investissements, souvent en consortium avec les autres banques. En 1993 les investissements agréés par la BNDE se sont élevés à 3,2 milliards de Dirhams, et ont nécessité des crédits directs de 1,5 milliard de Dirhams(1). Près de 200 millions ont été octroyés à la PMI. Pour les gros projets, les cimenteries (Cadem, Cinouca, La farge, Cimasfi intégrées aux Ciments du Maroc...) ont été les principaux bénéficiaires des financements. Le secteur cimentier tout entier était en phase d'extension généralisée de capacités. L'agro-industrie a été un autre grand bénéficiaire avec Nestlé et la Cellulose du Maroc (qui devrait augmenter sa capacité de 30.000 tonnes) et d'autres entreprises comme Africérame et Cristal Strass. L'année précédente avait plutôt été celle des grands projets textiles avec Settavex et Setafil... Pour 1994 est annoncé un engagement important dans le secteur minier à Guemassa. D'une manière générale, la BNDE constitue un bon observatoire de l'investissement. En 1992 les financements chutaient de 30% pour remonter (de leur bas niveau) de 26% en 1993. Cette remontée de l'investissement, au milieu de la récession in terne et internationale, est un signe: "Une reprise est attendue. L'industrie s'y prépare. Les entrepreneurs anticipent et investissent même quand ils ont des capacités de production inutilisées. Ils évaluent le temps du montage financier et technique du projet. A la reprise, ils veulent être prêts", affirme M. Farid Dellero. Ces attitudes rassurent. C'est une vision "stratégique", dans le temps, qui s ' installe dans l'industrie et prend le pas sur les vues de gestion et rentabilité à court terme. 

    Khalid BELYAZII)

    (1) La BNDE tient son Conseil d'administration le 25 mars. M. Mustapha Faris, son actuel président, est pressenti pour la BMCI pour les mêmes fonctions ç où il succéderait donc à M. Benkirane.




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