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    Jawad Van Den Hautte : Un autre Maroc devant un autre regard

    Par L'Economiste | Edition N°:30 Le 21/05/1992 | Partager

    JAWAD Van Den Hautte expose un ensemble de ses dernières oeuvres picturales (de 1988 à 1992), jusqu'au 27 Mai prochain, sous le thème "un autre Maroc", à la Galerie d'Arts Actuels "Le Contemporain".
    D'où vient la différence projetée dans sa peinture? D'abord, sans doute, d'un autre regard: celui d'un homme d'origine, d'éducation, de culture flamandes, retenu au Maroc, il y a 20 ans par sa lumière, revenu régulièrement y vivre des expériences humaines et artistiques, ancré à présent dans la vie quotidienne du pays.

    Un regard captivant les teintes roses et bleutées, les instants inusités des paysages du Sud Marocain dans leurs éclats éphémères Ètel ce tableau d'un village sous la neige. Un regard changeant au fur et à mesure de l'expérience marocaine, longtemps fasciné, aujourd'hui révélant la réalité au quotidien après l'installation à Casablanca en 1991.
    Nous voyageons bien loin du Maroc pour cartes postales. Car l'altérité de sa vision naît aussi de la technique utilisée: diplômé de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, Jawad Van Den Hautte est marqué par la technique picturale flamande, et a longtemps travaillé, dit-il, "à la manière de Rembrandt", sur les jeux de couleurs et la manière. Il voit et exprime le Maroc à la manière flamande.

    Ce regard instantané, marqué par sa source nordique et l'attraction du Sud, se fait fractionnel dans la perception des couleurs et des lieux, mais aussi dans l'humeur, les coups de coeur et de colère qui le saisissent et fixent les enthousiasmes et emportement éclairés par la spontanéité de l'homme. S'il n'hésite pas à planter l'Atonium bruxellois au Sahara, sur un drapeau marocain, par horreur de conformisme, par exemple, il découvre aussi dans sa réalisation un plaisir et un épanouissement personnels.

    En fait son oeuvre, qui utilise diverses formes d'expression (sculpture, bande dessinée...), est parcourue d'une recherche difficile d'identité: fils de famille flamande traditionnelle (il connaît le poids de la société et la révolte qu'elle engendre), d'une mère égyptienne chérie, disparue trop tôt, d'un père "nomade", autoritaire, admiré et gai, Jawad Van Den Hautte se cherche entre des lieux contradictoires où il a longtemps hésité à s'installer. D'ailleurs il signale une signature tellement illisible qu'il a renoncé à signer ses tableaux, signature devenue inutile car son regard si particulier se nomme de lui-même. Et chaque oeuvre porte une marque personnelle, dans son ciel souvent obscur: la planète terre, montrant le continent africain, comme si le peintre voulait à chaque fois nous dire: "voilà le monde qui est le mien, le lieu où je me sens bien (ne vous en déplaise)".
    Car le Maroc est bien ce lieu d'attache contradictoire, où il peut fantasmer la mère, la femme, le regard regardé autrefois derrière le voile qui lui donnait son pouvoir de séduction, à présent dévoilé, où paysages et imaginaire se confondent pour une identité double, complexe, prise entre ses diverses facettes et sans cesse en quête de nouveauté.

    Après de nombreuses expositions européennes, Jawad Van Den Hautte expose individuellement au Maroc pour la première fois. Il travaille régulièrement pour un galériste de Bruxelles: son regard autre sur le Maroc est apprécié, au Nord et au Sud, et lui permet de vivre de son art. En parallèle, il continue d'évoluer et de mûrir, peint ce qu'il aime, et prépare des expositions dynamiques (dessins humoristiques, bandes dessinées, sculptures), ainsi qu'une première du "Sky Art", pour le Maroc, succédant à une expérience réussie antérieurement à Bruxelles, dans un esprit de création partagée.

    Thérèse BENJELLOUN

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