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Irak : L’Amérique à la croisée des chemins
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2416 Le 06/12/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)Pour que les Etats-Unis imaginent modifier leur stratégie en Irak, il aura fallu un changement de majorité. La démocratie américaine est ainsi faite: pas de guerre longue possible sans l’aval de l’opinion publique.Or celle-ci manifeste son opposition au conflit irakien au moment où, sur le terrain, la position des Etats-Unis devient intenable. D’un côté, le gouvernement irakien ne fonctionne pas; de l’autre, l’armée américaine est incapable de rétablir un minimum de sécurité. Quand bien même elle y parviendrait, l’opposition irréductible entre chiites et sunnites paralyserait un pouvoir si péniblement mis en place.Dès lors, cinq manières d’agir sont imaginables:1) poursuivre la politique actuelle;2) quitter l’Irak sans plus tarder;3) accroître les effectifs et se montrer plus agressif;4) réduire le nombre d’unités présentes en Irak et les regrouper dans deux ou trois bases inexpugnables tout en limitant leur participation aux opérations terrestres;5) engager des conversations avec les acteurs de l’insurrection et avec les Etats (Iran, Syrie) qui la soutiennent, politique compatible avec les propositions précédentes.Après le relatif désengagement prôné par l’ex-secrétaire à la Défense Rumsfeld et avant la publication aujourd’hui des conclusions de la commission Baker, certaines informations font état d’un infléchissement stratégique autour des modes d’action 1, 4, 5, probablement insuffisants pour surmonter l’impasse. Abandonner sans plus tarder l’Irak à son destin (n°2) aurait l’avantage d’épargner l’armée américaine et de la rendre disponible pour d’autres missions. De plus, reconnaître un échec sied au pragmatisme anglo-saxon. Mais il y faut du courage et une grande lucidité. Quitter Bagdad maintenant ressemblerait fort à une défaite1. Le moment de le faire n’est sans doute pas venu.Accroître les effectifs (n°3) pour intensifier la guerre est irréalisable. 30.000 hommes en plus, trois mois durant, seraient d’un effet marginal. Rétablir la paix en Irak suppose un triplement des effectifs, impossible sans un retour à la conscription. Il n’est pas d’élu prêt à se sacrifier sur l’autel d’une mesure aussi impopulaire et à l’efficacité douteuse.Poursuivre la guerre comme si de rien n’était (n°1), ou en réduisant le nombre de militaires américains présents en Irak (n°4), comporte des inconvénients politiques et militaires. Le problème lancinant du moral des troupes ne serait pas réglé, tout comme celui, concomitant, des difficultés de recrutement rencontrées chaque jour davantage par l’Army et les Marines. Cela permettrait pourtant de réaffirmer la détermination des Etats-Unis d’aller au bout de leurs objectifs en montrant à leurs adversaires une Amérique capable de souffrir longtemps en espérant que l’adversaire se lasse. Il serait également possible d’engager des conversations avec l’Iran et la Syrie (n°5), pour que Téhéran calme les milices chiites et que Damas surveille mieux ses frontières. On tenterait aussi d’entrer en contact avec les insurgés, nonobstant l’inexistence de chefs représentatifs, partisans d’un compromis.Enfin, on peut penser que l’intégration de militaires américains dans des unités irakiennes rendrait ces dernières plus combatives, tandis que l’affectation d’Irakiens dans des formations US améliorerait leur efficacité opérationnelle.Le fiasco n’en sera pas pour autant transformé en succès. La fragmentation ethnique et religieuse du pays, jointe à l’influence de l’Iran, rend improbable l’avènement d’un gouvernement central à l’autorité marquée, appuyé par des forces de l’ordre efficaces. Le problème n’est pas tant la mise sur pied d’unités militaires et policières irakiennes bien instruites mais celui de leur loyauté. Ces formations se reconnaissent d’abord dans de multiples chefs religieux, tribaux, communautaires. Elles serviront un Etat irakien le jour où la faction à laquelle elles sont fidèles ou redevables s’identifiera à cet Etat.En Irak, l’Amérique n’a ni la volonté, ni les moyens, d’imposer un ordre sévère où tout un chacun se verrait châtier de porter une arme et de s’en servir; elle ne saurait venir à bout des milices qui empêchent les entrepreneurs d’entreprendre, les étudiants d’étudier, les administrateurs de remplir leurs tâches. L’espoir pour l’Amérique «d’une sortie élégante» est extraordinairement mince.La guerre du Viêt-nam avait été menée au nom de l’anticommunisme, à une époque où la priorité du peuple était de vivre en paix et de manger à sa faim. Trente ans plus tard, le Viêt-nam a accueilli avec faveur le Président et les investisseurs américains; le communisme est devenu un mot qui cache mal des ambitions capitalistes; le pays s’enrichit. La guerre n’a servi à rien.Aujourd’hui les Irakiens se moquent comme d’une guigne de leur nouveau régime. Ils veulent pouvoir travailler sans risquer à tout instant d’être enlevés, torturés, assassinés… Saddam a certes été renversé, mais l’anarchie a remplacé la dictature, la liberté est un leurre, la démocratie reste à inventer, la sécurité aussi.Pour que dans trente ans un président américain puisse être accueilli sur les bords du Tigre, dans un pays pacifié et prospère, avec des transports de joie, l’occupation du pays doit d’abord cesser. Contrairement au Vietnam d’où l’Amérique avait été chassée quasi militairement, Washington peut décider de quitter l’Irak sans y être contraint par une offensive des insurgés.Avec 3.000 tués, les pertes américaines en Irak représentent 6% de celles subies au Vietnam. Pour que la Maison-Blanche renonce à son entreprise irakienne, attendre que le nombre des GIs manquants ait passé les 50.000 n’est pas vraiment nécessaire. L’Irak, les Etats-Unis, leurs amis ne s’en porteraient que mieux!


Des forces américaines exsangues

L'armée de terre US (Army) compte 677.000 personnels d’active et de réserve immédiatement disponibles. 139.000 sont en Irak, 57.000 autres sont sur le point de les rejoindre ou de les relever. 23.000 hommes servent en Afghanistan. Soit quelque 220.000 personnels engagés ou sur le point de l’être sur un théâtre d’opérations de guerre.Sur les 457.000 restant, 5 à 7% sont dits «inaptes opérationnels» pour différentes raisons, essentiellement médicales. Sur les 410.000 résiduels, 200.000 sont à l’instruction ou en stage de perfectionnement. Restent 210.000 hommes, prêts à être déployés mais qui devraient être prélevés dans les garnisons outre-mer, de l’Allemagne au Japon en passant par l’Italie, la Grande Bretagne, la Corée… Nombre d’entre eux sont inaptes au service en campagne, insuffisamment instruits, sous-équipés, ou formés dans une spécialité inutilisable en Irak ou en Afghanistan.S’il s’avérait indispensable d’envoyer des renforts en Irak, l’Army pourrait tout juste aligner 100.000 hommes pour une durée limitée.Le corps des Marines est dans une situation comparable. Sur 186.000 «Marines», 22.000 sont en Irak, 44.000 se préparent à les relever, 110.000 sont disponibles. Si nécessaire, il serait possible d’en dépêcher 75.000 en Irak, le reste étant réservé pour une éventuelle intervention sur un autre théâtre.------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Une nouvelle défaite, en fait, après celles du Viêt-nam, du Liban, de la Somalie, du 11 septembre 2001, sans compter l’Afghanistan qui en prend le chemin!

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