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Economie

Gestion des déchets
L’échec du compostage

Par L'Economiste | Edition N°:1903 Le 25/11/2004 | Partager

. Aucune des unités créées ne fonctionne aujourd’hui. Dans le meilleur des cas, on procède à l’enfouissement. Un projet-pilote de valorisation à OujdaSi le ramassage des ordures est en partie réglé dans certaines grandes villes, leur gestion et traitement posent réellement problème. La situation est d’autant plus délicate que la quantité des déchets produite ne cesse d’augmenter, du fait de l’accroissement démographique, de l’amélioration du niveau de vie et d’une trop forte concentration urbaine liée à un exode rural galopant. Ce constat vaut aussi bien pour les déchets ménagers qui représentent environ 6,5 millions de tonnes par an, soit 0,75 kg par habitant et par jour que pour les déchets industriels, commerces, hôpitaux, services de nettoiement et des espaces verts. “Devant la complexité de cette problématique longtemps considérée comme secondaire devant des secteurs comme celui de l’eau, l’heure est aujourd’hui à la gestion des déchets et à l’assainissement solide”, est-il souligné auprès de la direction de la Surveillance et de la Prévention des risques relevant de l’Environnement. Et pour cause, les conséquences peuvent être graves: le non-traitement des déchets induit des menaces importantes pour la santé et l’environnement, à travers la pollution de l’air, du milieu marin et la contamination des eaux de surface et souterraines. Au dégagement d’odeurs nauséabondes, s’ajoute la prolifération de moustiques et vermines, parfois sur des sites où vivent des familles entières. Même l’esthétique des villes en prend en coup, surtout avec l’apparition de points noirs dans les quartiers périphériques et terrains vagues due à une collecte généralement peu maîtrisée. Suivant les communes, le taux de collecte varie entre 75 et 100%, selon l’Environnement. Sans parler de beaucoup de terres productives qui restent immobilisées en raison de la présence de produits non biodégradables (comme les sachets en plastique). Les déchets ménagers collectés sont éliminés dans des décharges sauvages ou par enfouissement (comme c’est le cas à Rabat, Casablanca, El Jadida et Kénitra). “En règle générale, l’élimination finale des déchets n’est pas satisfaisante sur le plan hygiénique et environnemental. Sur 150 décharges ayant fait l’objet d’une étude, 20% seulement sont situés sur des sols non vulnérables”, est-il indiqué auprès du ministère d’El Yazghi.En fait, la dépollution des déchets est inexistante pour l’instant, mais deux projets vont prochainement voir le jour, à Oujda et Berkane. Ce qu’il faudrait idéalement, expliquent les spécialistes, c’est s’assurer que la zone où se trouve la décharge est étanche et éloignée des cours d’eau et rivières. Une précaution pour éviter que le lixiviat (jus des déchets) descende dans la terre et soit déversé dans la nappe phréatique. “Dans certaines zones où les gens puisent leur eau des puits, cela peut être dangereux pour la santé”, avertit Gerald Valay, directeur Traitement chez Segedema, entreprise française, filiale de Pizzorno, chargée de la collecte d’ordures à Casablanca, El Jadida, Meknès et Kénitra et de la gestion et l’exploitation de la décharge d’Akreuch à Rabat. “Il faudrait récupérer et traiter tous les effluents produits par les déchets en décomposition, c’est-à-dire le biogaz, un gaz toxique à effet de serre, qui peut sentir très mauvais, et le lixiviat”, explique-t-il. Cette dépollution doit accompagner l’enfouissement des matières solides et empêcher le déversement du jus dans les oueds. En fait, il n’y a pas une solution unique pour le traitement des déchets. Le mieux, c’est de combiner plusieurs procédés en fonction des besoins (incinération, compostage...). “Chaque déchet doit avoir un mode de traitement spécifique. En Europe, les déchets ménagers ne sont pas traités de la même manière que les déchets verts ou hospitaliers”, souligne Gerald Valay. On en est bien loin. Des tentatives de traitement des déchets avant leur élimination dans les décharges avaient été faites mais ont avorté. Six villes avaient en effet été dotées d’usines de traitement des ordures ménagères par compostage (Tétouan, Meknès, Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir). Aujourd’hui, aucune n’est fonctionnelle. Celle d’Agadir a fermé tout récemment. “La technique utilisée a été importée de l’étranger et s’est avérée non adaptée à la spécificité des déchets marocains, qui sont particulièrement humides. D’où un compost de mauvaise qualité”, indique un responsable à la direction de la Surveillance et de la Prévention des risques, qui a requis l’anonymat.Gerald Valay nous fournit une autre explication. D’après lui, les agriculteurs exportateurs sont réticents à acheter du compost car les transformateurs européens s’interdisent d’utiliser des produits qui en ont reçu. “Les agriculteurs marocains ont été victimes du principe de précaution”, dit-il.Rappelons que le compostage est la transformation, en présence d’eau et d’oxygène, de déchets organiques par des microorganismes, en compost, directement utilisable en agriculture et jardinage. Aujourd’hui donc, seul l’enfouissement est utilisé. Et pas partout...La formule n’est utilisée que dans quelques décharges à Casablanca et Rabat par exemple. Le coût des opérations d’enfouissement est lié à la quantité de déchets, aux heures d’ouvertures du site... Il est difficile de fournir un chiffre, selon Gerald Valay. Le traitement et l’enfouissement pourraient coûter environ 100 DH la tonne. En Europe, le traitement coûte deux fois plus cher que la collecte. Au Maroc, la collecte d’ordures revient 30 fois plus cher. Une solution pour le traitement des déchets serait l’incinération. Mais elle n’est pas envisagée au Maroc car, de l’avis des experts interrogés, c’est trop cher, d’autant plus que les déchets ménagers contiennent 70% d’eau. Quelle est donc l’alternative? L’enfouissement ne peut être une solution durable. Il faut beaucoup plus pour venir à bout de ces montagnes d’ordures qui gâchent le paysage.


Le business de la récupération

La récupération se fait à différents niveaux (rippeurs, récupérateurs de rue...) de manière informelle et non organisée. “Elle ne participe nullement à l’amélioration de la gestion des déchets”, déplore la direction de la Surveillance et de la Prévention des risques du département de l’Environnement. A Casablanca par exemple, il y aurait 700 à 800 “chiffonniers” clandestins qui ramasseraient métaux, plastique, emballages en carton, bouteilles et même le petit matériel médical, indique Otavio Engelke, assistant technique de la commune urbaine de Casablanca pour la décharge de Mediouna. “Pour récupérer les métaux, ces chiffonniers allument le feu car tout brûle, sauf les métaux. Ce qui devrait être interdit car contribuant à la pollution de l’air”, ajoute l’assistant technique. Tous sont des clandestins et il n’est pas recommandé de s’aventurer sur leur fief. “Une seule société est habilitée à effectuer un tri sélectif en récupérant plastique et métaux”, affirme Otavio Engelke. Il s’agit de ET Rami, une petite entreprise familiale. Tous les “produits” ramassés sont vendus à des grossistes, qui les revendent à leur tour à des sociétés industrielles pour recyclage. “Ces chiffonniers nous gênent au niveau de l’exploitation de la décharge de Mediouna, d’autant plus que la plupart habitent sur place”, fait remarquer Otavio Engelke (cf. enquête www.leconomiste.com). Il est difficile de les déloger, dit-il, puisque c’est souvent leur seule source de revenu et qu’ils s’y sentent chez eux...


La décharge de Mediouna saturée dans cinq ans

La décharge de Mediouna fait 70 hectares. Quelque 3.500 tonnes de déchets y débarquent chaque jour, soit l’équivalent d’un immeuble de 20 mètres de haut sur 5.000 m2 chaque mois. En Europe, par exemple, une décharge reçoit en moyenne 1.000 à 1.500 tonnes par jour. “La décharge de Mediouna va arriver à saturation d’ici cinq ans, c’est-à-dire qu’il n’y aura plus de place pour les ordures. D’ici là, il faudra trouver un autre site qui n’apporte pas les mêmes nuisances pour l’environnement”, affirme Otavio Engelke, assistant technique de la commune urbaine de Casablanca pour l’exploitation de la décharge de Mediouna. La décharge d’Akreuch à Rabat (dont la superficie est de 7,5 hectares), reçoit, elle, 600 à 650 tonnes par jour, soit environ 250.000 tonnes par an. Celles d’Oujda et de Berkane sont beaucoup plus petites. Elles réceptionnent respectivement 90.000 et 30.000 tonnes par an environ.


Enfouir les ordures, quelle galère!

L’enfouissement des déchets, d’apparence facile, est une opération extrêmement ardue. Dans les décharges plus ou moins organisées (beaucoup sont anarchiques), les camions d’ordures sont contrôlés et pesés à leur arrivée. Cette opération est d’une extrême importance car les sociétés de collecte sont payées à la tonne. Les camions sont ensuite dirigés par des guides vers une “zone de vidage”. C’est une zone de laquelle les déchets précédents ont été déblayés ou poussés, de manière à faire de la place aux nouveaux. Il faut une machine en permanence pour pousser les déchets, ce qui n’est pas toujours évident quand les tonnages sont importants. Une fois les ordures vidées, un bull va les étaler, les pousser et les compacter. “Nous aurions besoin de compacteurs à déchets mais il n’y en pas au Maroc, pourtant, il est important de bien les compacter”, affirme Gerald Valay, directeur Traitement chez Segedema, entreprise française, filiale de Pizzorno, chargée de la collecte d’ordures dans plusieurs villes et de la gestion de la décharge d’Akreuch à Rabat. L’étape suivante consiste à recouvrir les ordures de terre, gravats, déchets de démolition...“Ce qui était compliqué au début de la mission, c’est la réalisation de pistes et de plate-formes d’accès pour que les camions puissent accéder à la décharge sans l’enliser dans les ordures”, explique pour sa part Otavio Engelke, assistant technique auprès de la commune de Casablanca pour l’exploitation de la décharge de Mediouna. Ce dernier, en fonction au Maroc depuis mars dernier, est fort d’une expérience de 16 ans en exploitation de décharges publiques. Il a pour mission d’aider la commune à acquérir un savoir-faire et améliorer les conditions d’exploitation de la décharge. Les engins utilisés pour l’enfouissement sont classiques: bulldozers, pelles mécaniques... Selon les spécialistes, il faudrait dans l’avenir disposer de matériels plus performants qui permettront de compacter davantage pour gagner du volume. A Rabat, où la décharge est donnée en gestion par la commune à la société Segedema, 22 personnes sont employées, parmi lesquelles des conducteurs de travaux et un ingénieur responsable du site. Les agents de pesée font un travail administratif, les conducteurs manipulent les engins de travaux publics et les agents de manœuvre “nettoient” le site, réceptionnent les camions avant de les guider vers les zones de vidage. Les équipes qui travaillent dans les décharges organisées portent uniformes, gants, casquettes et bottes renforcées avec des semelles en acier, mais rarement des masques. “Ce n’est pas vraiment nécessaire de porter un masque, explique Gerald Valay, car le niveau de toxicité est faible. Mais il est vrai que l’odeur est très désagréable”. On ne remerciera jamais assez ces gens. A casablanca, où la décharge est pratiquement dix fois plus grande, seule une trentaine de personnes sont employées et exercent les mêmes fonctions. Elles ont en plus à faire avec les “chiffonniers” qui ne leur facilitent pas la tâche. Nadia BELKHAYAT

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