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    Economie

    Fruits et légumes: la campagne s'annonce serrée à l'export

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    C'est à une campagne très moyenne que s'attendent les exportateurs d'agrumes, mais ce qu'ils redoutent le plus c'est encore l'impact que peuvent obtenir des lobbies européens "pour barrer la route" aux exportations de fruits et légumes du Maroc.

    TANT pour les tomates que pour les agrumes, les deux produits agricoles sensibles, la campagne de commercialisation s'annonce serrée, sinon dure.
    En matière d'agrumes, les prévisions d'exportations se situent à 600.000 tonnes, dont 180.000 en petits fruits et 420.000 en oranges(1). Quelque 150.000 tonnes d'agrumes iront en principe sur les marchés hors CEE, dont 90.000 tonnes sur les marchés nordiques et 35.000 tonnes sur les marchés nord-américains.
    Côté tomates, l'autre produit sensible en matière agricole, les exportateurs marocains s'inquiètent de voir s'installer l'hostilité des producteurs canariens, espagnols ou français, et ils rappellent que le dernier accord Maroc-CEE avait prévu de "maintenir les courants d'échanges traditionnels".

    Le géant espagnol

    D'emblée, les exportateurs marocains cherchent à se situer par rapport au géant espagnol, tant sur le marché communautaire que sur les marchés tiers. Les offres marocaines constituent 10% des petits fruits et un peu moins de 15% des oranges, importés par la CEE, contre respectivement 80 et 65% en provenance d'Espagne. "Le Maroc est finalement un assez petit fournisseur, mais sa dynamique est bonne depuis la suppression du monopole d'exportation", commentent les exportateurs marocains, qui font remarquer que les handicaps commerciaux restent très sérieux malgré les bonnes volontés politiques, nationales ou communautaires.
    En effet, la concurrence passe par des régulations administratives sur le marché communautaire et même sur les marchés tiers.
    A l'intérieur, on connaît bien les mécanismes des prix de référence et des taxes compensatoires (Voir encadré).
    Sur l'extérieur, l'un des résultats est que le trop-plein espagnol en Europe arrive automatiquement sur les marchés tiers, soutenu par des "primes de restitution": "on ne passera pas sur les marchés de la CEI si les primes de restitution s'appliquent en faveur des producteurs espagnols", estime un haut responsable d'Atlas Fruit Board. Les exportations communautaires sur les pays de la CEI donnent droit à une prime de 0,69FF le kg, soit 1,15DH, calcule AFB, "de quoi ruiner les efforts de diversification".
    A la crainte de voir se produire le mécanisme des vases communicants, AFB ajoute "l'état d'esprit négatif" qui s'est formé en Europe à l'endroit des arrivages en provenance du Maroc. Il refuse d'y voir une position officielle de la communauté ou des pouvoirs politiques nationaux. De son côté, M. Fassi-Fihri, Directeur de cabinet du ministre des Affaires Etrangères et en charge du dossier des relation avec la Communauté, distingue soigneusement les déclarations officielles ou les accords signés sur lesquels elles sont basées, des attitudes des producteurs européens, telles qu'elles sont observées. Il l'a particulièrement fait lors des conversations exploratoires pour un nouvel accord, au début Octobre(2) .

    Veillée d'armes

    Mais il n'en reste pas moins que l'interrogation demeure, empoisonnant la préparation de la stratégie de campagne. L'analyse est commune, tant chez les producteurs exportateurs que chez l'administration: les producteurs sud-européens ont été très protégés, ils voient que tant au niveau du GATT qu'à celui de l'évolution communautaire, cette situation se terminera tôt ou tard, ils résistent en exerçant de fortes pressions sur les divers niveaux politiques(3) .
    Les pressions, telles qu'elles peuvent être observées à travers les journaux professionnels, prennent un tour très virulent et vont jusqu'à contester les accords existants et ce, au moment où le véto français mis sur les négociations du GATT donne à penser que Paris cherchera à éviter les accrochages avec ses agriculteurs. A Casablanca comme à Rabat, le comportement des pouvoirs publics espagnols est soigneusement observé, tout comme sont suivis de près les développements de ce que les professionnels des primeurs appellent "l'accord de Ténérife". Réalisé le 11 Septembre dernier cet arrangement entre primeuristes du Sud de l'Europe prévoit des actions de sensibilisation et de pression sur les pouvoirs publics et sur les importateurs européens pour réduire la présence des fruits et légumes marocains.
    Une atmosphère de veillée d'armes s'est donc installée de part et d'autre de la Méditerranée, alors que la demande s'annonce déprimée. "Les consommateurs achètent globalement moins, ils préfèrent les jus et en frais, ils portent leur choix sur des variétés spécifiques comme les fruits qui se pèlent facilement", expliquent les professionnels. "Maintenant que les producteurs sont en prise plus directe avec les comportements de leur marché, ils suivent bien ces évolutions, c'est ce que voulait réaliser la libéralisation", précisent-ils, mais les professionnels redoutent que "finalement ce dynamisme se retourne contre eux à cause des restrictions réglementaires communautaires".

    Evolution stratégique

    Au fil des entretiens avec les producteurs et exportateurs, il faudra noter de profondes évolutions d'attitudes révélées par le langage: là où l'argumentation en faveur des exportations s'appuyait sur des éléments tels que le "développement national" ou "le devoir d'aide des pays développés", les thèmes sont devenus "la loyauté du commerce", la "non-discrimination"... A cette évolution s'ajoute le fait que ce sont les opérateurs économiques qui parlent et analysent leur situation. On sent que le soutien des pouvoirs publics leur est acquis, dans la limite de revendications raisonnables, mais ce sont les producteurs exportateurs qui restent les maîtres d'oeuvre des stratégies d'exportation.

    Les régulations administratives

    LES quatre produits agricoles sensibles (oranges, clémentines, tomates et pommes de terre) sont soumis à des réglementation administratives d'entrée sur le marché com-munautaire. Ces réglementations sont destinées à protéger les producteurs installés en Europe, mais sont aussi le fruit de hasards historiques, de marchandages entre les représentants des Etats membres...
    Le mécanisme le plus pervers dans les protections est le fait que les taxes compensatoires lorsqu'elles s'appliquent, frappent toute l'origine. Par exemple, quels que soient le lieu et le volume concernés, si trois livraisons sont cotées au-dessous du prix de référence, alors une taxe compen-satoire est appliquée, que l'exportateur doit payer pour pouvoir livrer, mais cette taxe s'applique à toutes les livraisons de la même origine, jusqu'à ce que les cotations sur les marchés remontent au niveau du prix de référence, majoré du montant de la taxe.
    Ce mécanisme fait que ce sont les livraisons suivantes qui souffrent le plus au point d'imposer l'arrêt des ventes, tant pour éviter les pénalités financières que pour provoquer une raréfaction de nature à faire remonter les prix.

    Les clémentines d'origine marocaine sont soumises à un contingent, un calendrier et un prix de référence. Celui-ci impose un différentiel de 0,65FF par kg à l'entrée du territoire communautaire, différentiel en faveur de l'Espagne.
    Le prix de référence à l'import est de 5,35 à 5,62FF/kg et de 5,93 à 6,22FF/kg au gros. Les clémentines d'origine espagnole doivent entrer à 4,70FF/kg à l'import et à 5,24FF/kg au stade gros.
    Le contingent marocain est de 114.950 tonnes. Aux yeux des producteurs marocains ce contingent a peu de signification, compte tenu des entraves existant à l'entrée.
    Les oranges, divisées en deux catégories (Navel, Salustinias et Maroc Late, d'un côté et Sanguines de l'autre) sont soumises à un contingent, un calendrier et un prix de référence, avec des primes de restitution pour les fruits espagnols quittant le marché communautaire. C'est cette prime qui est ressentie comme une pénalisation des efforts de diversification du Maroc.

    Pour les tomates, point très chaud depuis dix huit mois, la régulation est très complexe entre les origines espagnole, canarienne et marocaine, un contingent, des prix de références et des calendriers. Le différentiel entretenu est de 2,33FF/kg au stade import, entre l'entrée espagnole et l'entrée marocaine. Au cours de la dernière campagne la taxe compensatoire ayant frappé l'origine marocaine avait été de 4,67FF/kg, provoquant la suspension des exportations.
    Les pommes de terre, soumises à contingent, étaient un produit calme jusqu'à ces dernières années, mais la situation peut changer rapidement. Les producteurs marocains sont persuadés qu'une protection va être mise en place, déguisée en normes phyto-sanitaires.


    Leîla TRIKI et Nadia SALAH.
    (1) Cf L'Economiste du 15 Octobre 1992
    (2) Cf L'Economiste du 8 Octobre 1992
    (3) En trente ans, les paysages ruraux et agricoles européens ont changé et ce, plusieurs fois. On connaît assez bien les mécanismes d'exode rural qui ont fait tombé la population active agricole de 20 à moins de 3%. En revanche, vu du Maroc on mesure moins la rapide descente vers le Sud de chaque type de culture maraîchère et fruitière. Le mécanisme est toujours le même. Pendant les premières années, l'effet ouverture de marché au Nord provoque des mises en culture, puis rapidement une deuxième vague de producteurs plus au Sud se lancent à leur tour, avec des coûts de production inférieurs et provoquent la disparition des premiers. Cela s'est produit quand la Communauté ne comptait que six membres entre producteurs français et italiens, puis le même mécanisme s'est reproduit avec l'arrivée des Espagnols du Nord, puis ceux du Sud. Les seules exceptions sont les maintiens temporaires avec des subventions directes ou indirectes. Les subventions provoquent l'irritation des consommateurs du Nord, qui sur-payent leurs achats et qui doivent payer en outre des impôts pour les subventions. Pour l'instant les structures administratives et politiques en Europe sont telles que les voix des producteurs subventionnés ont plus de chance d'être entendues que celles des consommateurs-contribuables.

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