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Faut-il avoir peur des pesticides?

Par L'Economiste | Edition N°:2337 Le 09/08/2006 | Partager

. Des organochlorés, produits prohibés, circuleraient encore sur le marché. Circuit de distribution, maillon faible. Les intoxications chimiques gagnent du terrainDangereux. Poison. Sur les emballages de pesticides à usage agricole, figure bien en évidence, l’une ou l’autre de ces deux mentions. A cela s’ajoutent des recommandations sur les précautions d’utilisation parfois associées à des pictogrammes. Objectif: attirer l’attention de l’utilisateur sur la toxicité, voire le danger de ces produits. Un hic cependant: les revendeurs détaillants, censés être un maillon de la chaîne de sensibilisation, semblent être à mille lieues de ces considérations. Manque d’information, sans doute, conjugué au souci de vendre, leur fait souvent reléguer au second plan les aspects de sécurité. Ainsi, à Casablanca par exemple, au niveau des points de vente spécialisés, des revendeurs n’hésitent pas à vous recommander un produit, pourtant destiné à un type précis de culture, pour d’autres cultures, voire même pour un usage «domestique». Ils en vantent les vertus sans souffler aucun mot sur sa toxicité et les précautions à prendre. Tout au plus se contentent-ils de vous avertir de… son odeur forte! Une attitude qui tranche radicalement avec la «phobie» grandissante que suscitent ces produits chimiques et les mises en garde qui dénoncent les dangers avérés de ces produits. En témoigne la liste des produits prohibés qui s’allonge jour après jour. Le Maroc cherche, en effet, à emboîter le pas aux Occidentaux en adhérant aux différentes conventions internationales, notamment celles de Stockholm et de Bâle et bientôt celle de Rotterdam, qui prônent toutes plus de vigilance dans l’usage des pesticides. C’est assez dire que ces produits ne sont pas anodins et que leur commercialisation requiert un encadrement meilleur, souligne le Professeur Larbi Idrissi, chef du département de toxicologie et de la recherche médico-légale de l’Institut national de l’hygiène (INH). La commercialisation d’un pesticide fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché qui évalue l’efficacité du produit et son innocuité  pour l’homme. «La législation n’autorise l’introduction dans le pays d’aucun pesticide qu’après son homologation par la commission interministérielle des pesticides à usage agricole», souligne-t-on auprès de la direction de la protection des végétaux, des contrôles techniques et de la répression des fraudes (DPVCTRF) au ministère de l’Agriculture. Cette commission, opérationnelle depuis 2002, contrôle l’homologation dont la procédure, inspirée, dit-on, de ce qui se fait à Bruxelles, est bien verrouillée. D’ailleurs, souligne-t-on, depuis la promulgation de la loi n° 42-95, relative au contrôle et à l’organisation du commerce des pesticides (promulguée le 15 mai 1997 et entrée en vigueur le 15 mai 2000)), la liste des produits homologués a été revue à la baisse: de 2.000 produits homologués entre 1965-2004, leur nombre est tombé à quelque 700 produits aujourd’hui sur le marché. Certes, reconnaît le Dr Mohamed Essadki, expert en contrôle qualité des denrées alimentaires, la réglementation sur les pesticides est parmi les plus précises et les plus complètes. Mais, selon lui, l’application sur le terrain ne suit pas. . Produits prohibés encore sur le marchéLa faille réside, selon lui, dans le contrôle, notamment à l’amont qui reste déficient. «Les actions des services concernés doivent être renforcées. Il faut avoir des standards au niveau des laboratoires d’analyse et un référentiel pour comparer les produits qui circulent». En effet, contrebande et contrefaçon obligent, il n’est pas étonnant de retrouver des produits interdits dans le commerce. C’est le cas notamment pour les produits tombés dans le domaine public et fabriqués par des pays asiatiques. «A l’occasion d’analyses, pour un marché public par exemple, il nous arrive de trouver des composantes autres que celles analysées par le laboratoire spécialisé», confient des experts agro-chimistes. D’ailleurs, même les services de la répression des fraudes au ministère de l’Agriculture affirment relever souvent des non-conformités relatives aussi bien à des pourcentages inférieurs de la matière active déclarée, du poids ou encore de mauvaises conditions de stockage. Mais le plus grave reste que des produits comme les organochlorés sont identifiés lors d’analyses biologiques en cas d’intoxication. Preuve que ces produits, pourtant prohibés, circulent encore sur le marché, font remarquer des experts. En effet, la vente, normalement soumise à agrément (loi n° 42-95), se fait parfois dans des souks hebdomadaires par de simples revendeurs sans aucune formation ou compétence chimiques. Et des produits réputés dangereux -tous les pesticides le sont par définition- sont vendus en vrac. Exposés en plein air à proximité d’autres denrées, ils sont souvent «conditionnés» dans des emballages de fortune ne respectant aucune règle de sécurité. Il ne faut donc pas s’étonner que les intoxications chimiques soient plus fréquentes.


2e cause d’intoxication aiguë

Selon le Centre anti-poison du Maroc (CAPM), les pesticides représentent la 2e cause d’intoxication aiguë. Avec 12,5% de l’ensemble des cas d’intoxication, ils talonnent de la sorte les médicaments qui, eux, représentent 38%. Mais selon le Professeur Larbi Idrissi, président de la Société marocaine de toxicologie, les chiffres relatifs aux cas d’intoxication ne reflètent pas la réalité. D’une part, ils ne relatent que les intoxication déclarées et ayant fait l’objet d’une analyse biologique. D’autre part, faute de laboratoires spécialisés dans les autres régions du pays, ils ne reflètent que la situation à Rabat et Casablanca. De toute manière, précise le Professeur Idrissi, «les intoxications aiguës qui peuvent aboutir au décès ne sont que la partie visible de l’iceberg. Plus graves sont les intoxications chroniques liées à des faibles expositions répétées aux pesticides sur une longue période». Plusieurs études ont montré, en effet, une association entre ce type d’exposition et certaines formes de cancers, des troubles de la reproduction et du développement et des altérations des systèmes neurologique, immunitaire et endocrinien.Khadija EL HASSANI

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