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    Essaïd Ameskane: D'abord remettre de l'ordre dans la maison

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    D'abord modifier les méthodes de travail et donner du poids aux délégations régionales. Ensuite remettre les entreprise publiques dans le rang, enfin parler de libéralisation, laquelle se fait de toute façon. Pour faire de la politique, le nouveau ministre des Transports parle d'abord de bon sens. Un style à lui.


    L'Economiste: Vous avez pris vos fonctions alors que votre département se trouvait sous les feux de la rampe, mais pas vraiment de manière enviable.
    M. Essaïd Ameskane: Vous savez, le Ministère des Transports est un gros ministère avec 27.000 personnes, dont 3.000 dans l'Administration et le reste dans les établissements publics, qui se sont trouvés sous les feux de l'actualité. C'est beaucoup de monde. Mon premier travail a été de dresser un diagnostic avec les cadres. Nous avons relevé de multiples défaillances à redresser.
    La première défaillance concernait les délégués locaux: peu de pouvoirs, aucun contrôle par exemple sur les centres immatriculateurs, qui sont le vrai contact avec les gens. Nous avons rétabli les pouvoirs de ces délégués: tout ce qui touche au transport et à la coordination avec les établissements publics du Ministère. Avec des délégués de plus haut niveau, nous pouvons déconcentrer l'administration de Rabat et amener les établissements publics à avoir une politique plus conforme à la politique économique et sociale du pays.

    - Rencontrez-vous des résistances?
    - Pas vraiment. Après tout, c'est logique, et il faut avoir un peu de détermination pour y arriver. J'ai bon espoir.

    -Et pour l'Administration centrale?
    - La première chose que j'ai expliquée à mes collaborateurs, c'est que je ne suis pas un "démissionnaire de fait", que j'avais l'intention de travailler et que nous allions le faire ensemble. Il n'était donc plus question de laisser le ministre en dehors des décisions qui engagent de fait l'Etat. La aussi nous avons des choses étonnantes. Vous n'imagineriez pas qu'un employé ait pu rester au même poste depuis 1959! Cela existait chez nous. Cet employé avait vécu toute l'évolution du département. Donc nous avons utilisé toutes nos possibilités de mouvements internes...

    - Mais il y a un peu de grogne?
    - Un peu, bien que nous n'ayons pas changé les gens, ni de ville ni de grade. Ce qui m'a le plus surpris, ce sont les multiples tentatives d'interventions venues de l'extérieur pour que nous laissions les gens là où ils étaient. Nous n'avons pas cédé.

    - Pourquoi des enquêtes poussées à la RAM et pas grand-chose à l'ONCF, qui a un déficit extrêmement grave?
    - En fait, les comptes définitifs de la RAM montrent qu'il n'y a pas de déficit, puisque dans les premières évaluations, il manquait certaines écritures comptables. Mais chez elle, il y a les problèmes d'emplois personnels de fonds de la compagnie que la Cour des Comptes explore actuellement. A l'ONCF nous avons affaire à une mauvaise gestion. Ce n'est pas la même chose. Dans le cadre de l'assainissement des procédures, nous venons d'ailleurs de rappeler à l'ordre l'Administration comme les entreprises publiques: tout marché doit impérativement se faire par appel à la concurrence, dans les délais légaux et avec des estimations préalables. Les bons de commandes et le gré à gré doivent disparaître.

    - Le transport routier se modernise, mais il reste les agréments et le monopole de l'ONT, qui font vieux jeu.
    - L'ONT, c'est notre bonne surprise: il gagne de l'argent, malgré les difficultés qu'il a à se faire payer. Mais il est vrai que son monopole sur les transports publics n'a plus lieu d'être et nous comptons le supprimer. Je me suis engagé à déposer le projet de réfonte de la loi de 1963 régissant les transports. Nous déréglementerons, mais nous conserverons les 1.200 personnes qui y travaillent. L'étude est prête pour reconvertir l'ONT. Son patrimoine foncier urbain est très important mais mal commode pour les camions. Nous pensons pouvoir transférer ces stations vers les périphéries des villes et les moderniser. Ces stations seront aussi équipées de centres de visites techniques pour les véhicules anciens, puisque l'on sait que l'état du parc est en partie responsable des accidents sur les routes. Les activités de courtages d'assurances et de crédits pour les fonctionnaires seront maintenues.

    - Et la pollution?
    - Sincèrement, l'état de notre parc et le niveau d'insécurité de nos routes sont des urgences graves à côté de la pollution.


    Propos recueillis par Nadia SALAH,
    Abashi SHAMAMBA & Mohamed BENABID

    Le ménage est fait correctement

    Pas très grand mais bien trapu, M. Essaïd Ameskane, cet ingénieur topographe de 52 ans, a le physique des agriculteurs-commerçants. Il a surtout leurs méthodes. Une mémoire phénoménale des chiffres, une vitesse supersonique pour le calcul mental et un bon sens solidement campé sur les évidences comptables. Il est peu connu, mais il y gagnerait, car il fait partie des "petits ministres" à qui l'opinion publique ne prête ni légitimité ni compétence. Mais c'est peut-être une force de la nature: il résiste aux provocations et, sauf à une exception près au cours de l'entretien (la pollution), il devine de loin les écueils politiques. Il est vrai qu'il a eu le temps de s'entraîner: parlementaire, président du groupe du Mouvement Populaire pendant plus de dix ans. Après quatre mois au Ministère des Transports, il n'a guère cédé au travers des partis qui est de placer leur clientèle.
    Depuis sa création à la fin des années 70, à l'instigation de la Banque Mondiale, c'est une des rares périodes où le ménage est fait correctement dans ce Ministère qui avait emménagé dans les premiers bâtiments neufs du nouveau quartier administratif de Hay Riad à Rabat. Quelques signes de goût: un joli cendrier (tiens! personne ne l'a volé, ni ébréché) sur un napperon, dans la salle d'attente. Mais ce ne serait pas du luxe que le personnel apprenne à mieux traiter le bois. Le bureau (le meuble comme la pièce) de M. Ameskane est géant, probablement le plus grand de tous ceux des ministres. Il l'a trouvé en arrivant. Il n'y a pas touché.

    Le ministre et ses tutelles

    M. Ameskane n'a pas l'intention de se laisser marginaliser, ni par son administration ou ses grandes entreprises publiques, ni par ses collègues du gouvernement.
    "Mon collègue du Tourisme veut la tutelle de la RAM? Il est le bienvenu, nous ne serons jamais que quatre pour cette tutelle" (NDLR: Premier ministre, Transports, Finances plus Tourisme). Pince sans rire, il renvoie donc l'idée de faire passer la RAM sous la responsabilité du Tourisme aux oubliettes. Mais il se réserve une petite compensation: c'est lui et pas le Ministère du Tourisme qui annonce une convention entre la RAM et des tours opérators pour offrir des prix promotionnels sur Marrakech.
    Le Ministère des Transports a aussi depuis longtemps été écrasé par ses grandes entreprises publiques, qui traitaient directement avec les pouvoirs politique et financier, sans toujours prendre la peine de tenir leur conseil d'administration. Le rapport Jouahri daté de 1979 avait déjà décrit ce genre de phénomène, mais sans que cela change quelque chose à la situation.

    Le nouveau ministre a bien été aidé par l'état de déconfiture de l'ONCF et de ses filiales ou encore les scandales de la RAM. L'ONDA avait été soumis à audit l'année dernière sous l'impulsion de MM. Abdellatif Filali et Abderrahmane Saaïdi, respectivement Premier ministre et ministre de la Privatisation chargé des Entreprises publiques. M. Ameskane a réussi à faire tenir le Conseil d'administration de l'ONDA qui ne s'était pas réuni depuis 1991. Il profite de l'occasion pour pousser son avantage: "Il n'est plus question de faire des conseils pour la forme, je veux un ordre du jour et les documents comptables un mois à l'avance". Pour la RAM, il "attend le travail de la Cour des Comptes", car "l'Inspection des Finances ne pouvait pas avoir matériellement le temps de faire des investigations complètes". En attendant, il "s'abstient de prendre en compte la demande de réintégration" de MM. Laït et Mékouar, respectivement ex-directeur commercial et ex-PGD de la RAM.
    Pour le ministre, il faut faire des distinctions nettes entre la responsabilité du management et celle des tutelles. "Le Ministère ne doit pas intervenir dans la gestion de l'entreprise". L'existence de 3.500 occasionnels permanents à l'ONCF met en cause le management. En revanche, l'absence de sonnettes d'alarme au niveau du Conseil, de la tutelle technique ou du contrôleur financier, durant les années où l'ONCF partait à la dérive, met en cause la responsabilité de la tutelle.

    Nadia SALAH.

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