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    Un taxi driver fait ses comptes

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    Près de dix heures par jour au volant, le chauffeur de taxi parcourt plusieurs dizaines de kilomètres. Une journée longue, fatigante, et avec une faible recette en fin de service. Un taximan nous transporte dans ses problèmes quotidiens.


    Chauffeur de taxi depuis 1991, M. Mohamed K. a investi près de 80.000 Dirhams répartis entre l'achat d'une voiture (60.000 DH) et une redevance de 20.000 DH payée à son associé propriétaire d'un agrément.
    Dans ce métier, Mohamed quitte son domicile à 6H30 du matin pour commencer son service à 7 heures. Les premiers appels de taxi se font près des gares ferroviaires et des stations de cars. Ainsi commence l'aventure du taximan avec les problèmes du quotidien.
    En fait, les problèmes quotidiens des chauffeurs de taxi diffèrent entre le travail de jour et le travail de nuit.
    Pour Mohamed, qui a choisi le service de jour, le non-respect du chauffeur par le client vient en tête des problèmes. Le client paye rarement le prix exact enregistré par le compteur et conteste souvent le trajet parcouru par le taxi. "Il n'hésite pas à insulter le chauffeur pour des raisons futiles en oubliant son rôle social", note Mohamed. Pour lui, beaucoup de clients considèrent le taximan comme un marginalisé. Actuellement, il existe des chauffeurs de taxi qui ont des diplômes universitaires, parlent couramment plusieurs langues et lisent quotidiennement le journal.

    Paiement en nature

    Quant aux chauffeurs de nuit, il souffrent surtout des agressions. Le chauffeur refuse de prendre trois, voire deux personnes, surtout vers les quartiers périphériques déserts, car il risque d'être agressé.
    Outre les agressions, le problème des mauvais payeurs se pose aussi pour les chauffeurs de nuit: un ivrogne qui fait le tour de la ville en taxi et refuse de payer, une prostituée qui propose le "paiement en nature"... Pour autant, le travail de nuit reste moins fatigant que celui de jour, car la circulation est moins dense.
    Avant d'être chauffeur de taxi, Mohamed a émigré en France. Il avait occupé le poste de responsable d'atelier, ce qui lui permettait de gagner 10.000 FF par mois à l'époque. Avec le salaire de sa femme qui travaillait également en France, la petite famille s'en sortait bien et passait agréablement ses vacances d'été au Maroc. Un jour, Mohamed décide de rentrer définitivement dans son pays, car, dit-il, "les enfants doivent évoluer dans leur contexte d'origine et recevoir une culture marocaine". Dès qu'il est rentré au Maroc, Mohamed s'est lancé dans le transport, mais pas celui des personnes. Au début, il transportait par camion des matériaux de construction (ciment, sable, fer....). Il avait ensuite monté une entreprise de commerce de pièces détachées de voitures. Après des démêlés avec le fisc, Mohamed a dû cesser cette activité et chômer pendant 3 ans. Faute de trouver mieux, il a finalement opté pour le métier de chauffeur de taxi.

    150 à 200 Dirhams par jour

    Le taxi de Mohamed fonctionne presque 24 heures sur 24. Notre chauffeur assure le service de 7 heures du matin à 16 heures et son associé reprend le service à partir de 16 heures jusqu'au matin.
    Sur les 9 heures d'activité par jour, Mohamed dégage une recette comprise entre 150 et 200 Dirhams dont 75% de bénéfice. Les charges sont constituées principalement par les frais d'assurances (2.600 Dirhams pour 6 mois), les frais de réparation et d'entretien...
    Le revenu d'un chauffeur de taxi reste insuffisant pour mener une vie décente, surtout pour ceux qui louent le taxi. Ces derniers doivent payer une redevance allant de 120 à 300 Dirhams par jour au propriétaire de la voiture (le loyer de l'agrément coûte aux environs de 1.000 Dirhams par mois). Afin de couvrir ces lourdes charges, le locataire de taxi utilise des moyens frauduleux qui déplaisent souvent aux clients (trafiquer le compteur, faire des détours dans les trajets, refuser les courts trajets.... Ceci crée un manque d'organisation et donne une mauvaise image du chauffeur de taxi.

    Pour Mohamed, son parcours professionnel en France lui a permis de constituer une épargne et de construire une maison. De plus, sa femme qui est employée dans une entreprise participe dans la prise en charge de la famille. Mais cette chance n'est pas donnée n'importe qui.
    Le chauffeur de taxi n'est affilié à aucune caisse de retraite ni même à la CNSS. Il vit au jour le jour et n'a pas droit aux congés hebdomadaires et annuels. Car, pour lui, "un jour sans travail...c'est un jour sans salaire". Toutefois, Mohamed se permet le luxe de se reposer le dimanche. De plus, il a programmé avec son associé un congé annuel d'un mois chacun. Ainsi, l'un des chauffeurs assure une permanence et débourse 100 Dirhams par jour au bénéficiaire du congé.

    Hicham RAÏQ.

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