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Entrepreneur, partenaire du nouveau siècle
Par le Pr Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:2375 Le 04/10/2006 | Partager

L’arrivée d’un nouveau président à la CGEM est l’occasion de questions renouvelées: le profil, le rôle, le leadership, la place et la fonction de l’entrepreneur dans l’économie contemporaine. Foin des évidences: chaque société et chaque époque du libéralisme peuvent favoriser l’apparition de profils spécifiques d’entrepreneurs représentant autant de reflets de l’évolution. La difficulté de la tâche, on s’en doute bien, c’est d’éviter la généralisation hâtive: la caricature, un grand art dans lequel n’excelle pas qui veut, n’est autre chose qu’une déformation de la réalité.. Rationalisation de la directionL’analyse économique d’abord, les disciplines managériales ensuite ont développé une réflexion sur l’entrepreneur et en ont esquissé une typologie dont il n’est pas superflu de rappeler certains traits (voir encadré). Il va de soi qu’il n’est guère de modèle à l’état pur, comme on peut s’en douter. Une importante mutation est intervenue au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Elle a réduit la part de l’empirisme et de l’intuition accolés au personnage de l’entrepreneur d’alors, avec l’introduction progressive d’un mode scientifique de direction de l’entreprise: direction commerciale, financière, technique, juridique, recherche opérationnelle... Elle devait favoriser la quête de profits stables sur un horizon économique allongé. Elle aura permis l’apparition et le développement du sens de la responsabilité sociale de l’entrepreneur.Dans la pratique économique et managériale, c’est l’acte de naissance de l’entrepreneur moderne. D’aucuns n’ont pas manqué d’y voir un début de démantèlement de la fonction de l’entrepreneur, en en faisant un entrepreneur partiel qui perdrait son esprit de compétition, de concurrence et de dynamisme. . L’arrivée de l’innovateurD’autres analystes, dont Schumpeter lui-même ainsi que le Pr. Raymond Barre, s’en sont quelque peu inquiétés en relevant ainsi une sorte d’obsolescence, dès lors que l’innovation devenait l’apanage des seuls spécialistes, que le goût de la nouveauté est désormais une habitude chez les consommateurs, et que les bureaux d’études et d’organisation relèguent de plus en plus à l’arrière-plan l’action centrale de l’entrepreneur, innovateur par définition. Le débat reste ouvert quant au degré d’initiative et niveau d’impact de la volonté pouvant qualifier l’entrepreneur version XXIe siècle. Cependant, il n’en demeure pas moins certain que l’avenir de l’économie de marché sera lié au refus du «fonctionnarisme» et au rôle que cet entrepreneur continuera de sauvegarder face aux fortes pressions économiques et politiques qui s’exercent sur lui de par le monde.Et au Maroc aussi. Dans l’ensemble, les quelques travaux et études réalisés par des chercheurs nationaux, pour intéressants qu’ils sont, ont peu éclairé les profils existants. Par un passé proche, et sur un autre plan, quelques uns furent tentés, de façon d’ailleurs peu convaincante, de refuser l’existence d’une quelconque catégorie d’entrepreneurs au Maroc, sûrement en comparaison à celle de l’Europe ou des USA, et exclure en conséquence tout progrès économique qu’elle pourrait éventuellement initier et entraîner dans son sillage.. Au Maroc, présence dans la décision politiqueDe telles analyses, qui peuvent être attribuées davantage à un contexte et qui relevaient d’une réflexion immature, trouvent toujours quelques défenseurs, au vu de la prétendue «panne» de l’investissement privé. A cet égard, l’absence de grands profils à la Morgan, Getty, Rothschild, Rockefeller ou Vanderbilt n’a pas interdit l’apparition entre les deux guerres d’une catégorie d’entrepreneurs modernes locaux. Certains d’entre eux ont remarquablement évolué. Les combinaisons des types «marchand»  et «financier» semblent avoir été jusqu’ici quelques unes des dominantes dans le paysage entrepreneurial marocain. Empruntée à l’Europe occidentale et remontant au Protectorat français, la tradition de partenariat positif, où se mêlent lobbying et concertation, la présence d’entrepreneurs marocains dans les divers rouages de la décision est une réalité du paysage socioéconomique marocain des dernières décennies. Leur présence permanente dans la décision économique, animée le plus souvent par des individualités aux qualités évidentes, a pu constituer un atout dans certaines conjonctures difficiles. La planification souple et une pratique du dialogue social, en atténuant le jeu des mécanismes libéraux, ont fait de l’entrepreneur un interlocuteur privilégié. Autant dire que parfois la séparation public-privé a pu relever de la simple vue de l’esprit de quelques observateurs orthodoxes, tant la fraction pensante et agissante des entrepreneurs a constitué, le plus souvent même informels, un des centres essentiels de décision, rappelant à une échelle plus modeste et réduite les exemples japonais ou sud-coréen.Ayant pris conscience de son rôle social, dans une civilisation de travail et une économie de services, l’entrepreneur marocain n’a pas pu encore constituer une «chevalerie économique», imaginée au début du siècle dernier par le professeur Alfred Marshall de l’Université anglaise de Cambridge.Or, pour y parvenir et pour en faire partie, cette sorte d’élite d’entrepreneurs devra s’astreindre d’accomplir «des choses nobles et difficiles parce qu’elles sont nobles et difficiles». En ce début d’un siècle nouveau, l’image mérite d’être méditée également par les managers marocains dans l’exercice de leur mission dans l’économie et dans la cité.


Du commerçant au maalem

Pour des philosophes comme Locke au 17e siècle, l’entrepreneur était un commerçant (merchant). Les premiers économistes anglais des 18e et 19e siècles ont brossé le portrait d’un donneur d’ordres, le «master», équivalent du «maâlam» marocain, un type d’entrepreneurs qui travaillait le plus souvent avec ses propres ressources et était objet du respect social. Avec l’entreprise sociétaire, et surtout sa forme par actions, une scission se fait jour entre les actionnaires qui assument l’essentiel des risques d’une part, et la direction de l’entreprise d’autre part. On assiste ainsi à une diffusion quelque peu ambiguë de la fonction et de la qualité d’entrepreneur entre les différents membres de l’entreprise, la gestion pour les uns et le risque pour les autres. L’activisme a été un autre aspect pour caractériser quelques genres d’entrepreneurs. L’entrepreneur dit dynamique domine le marché en courant les risques les plus étendus selon l’analyse célèbre de l’Austro-Américain Joseph Schumpeter, qui perçoit en lui « le rêve, la volonté du vainqueur…, la joie de créer une forme économique nouvelle».


Qui sont les entrepreneurs?

 

En adoptant le critère de l’orientation que les entrepreneurs donnent à leur activité,un éminent représentant de l’école historique allemande du début du XXe siècle,Werner Sombart, a cru identifier trois catégories de profils encore reconnaissables de nos jours :- Un type «marchand», avec comme étalon Henry Ford, celui qui a lancé la première automobile sur le marché comme on dit, a pour préoccupation fondamentale la clientèle, ses goûts et l’intuition de l’orientation probable des besoins;- Le genre« spécialiste », ce capitaine d’industrie à la manière des fondateurs de Krupp et de Siemens, concentrant ses efforts sur l’abaissement du prix de revient et optant pour une «concurrence de rendement»;- Le «financier» enfin, celui qui utilise les capitaux pour plus de concentration, pour plus de pouvoir, à l’instar de Rockefeller-père.Au Maroc l’approche est un peu différente. Il existe plusieurs types différents des trois profils cités ci-dessus. Il y a l’entrepreneur marocain appréhendé dans sa capacité de «tirer le développement», soit comme «bénéficiaire de la politique dite de marocanisation-restructuration; soit encore l’acteur du processus de concentration et de constitution de groupes locaux.Sans oublier une intéressante étude, œuvre d’un ancien banquier et économiste, Omar Akalay, relatant la réussite d’un entrepreneur national, une sorte de «success story» comme diraient les anglo-saxons. Assurément, il y a encore du travail en friche.

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