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Irak: D’une guerre à l’autre
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2375 Le 04/10/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004EN février 2003, Donald Rumsfeld avait prédit que les soldats américains seraient accueillis à Bagdad en libérateurs comme leurs grands-pères l’avaient été à Paris en août 1944... Difficile de se tromper autant!Outre Atlantique, on continue pourtant de comparer la guerre d’Irak avec le second conflit mondial. Avec plus ou moins de bonheur! L’administration Bush assimile les défaitistes, soucieux de retirer les troupes du guêpier irakien, aux partisans des accords de Munich (1938). Elle annonce pour l’Irak des résultats identiques à ceux obtenus après l’occupation en Allemagne et au Japon, devenus des démocraties de bon aloi. Les officiels US traitent leurs adversaires d’ «islamo-fascistes» par analogie avec Allemands et Japonais des années 40 et islamistes d’Irak, d’Afghanistan et autres lieux. Implicitement est évoquée une ressemblance entre le président des Etats-Unis et Churchill. De leur côté, les démocrates notent que la guerre en Irak a déjà dépassé en durée «La croisade en Europe»(1).Comparaison n’est pas raison. Pour battre nazis et Japonais, il avait fallu anéantir leurs pays. A l’inverse, enrayer la montée de l’extrémisme islamiste n’implique pas forcément l’invasion et le bombardement d’Etats arabes. «L’Amérique en armes»(2) est retournée à ses démons, sa croyance pérenne et déterminée en la toute puissance de la force brutale, sans même d’ailleurs en avoir les moyens. Entre 1942 et 1945, grâce à la conscription, les USA disposaient de tout le potentiel humain nécessaire en 2006, les hommes manquent pour atteindre un adversaire invisible, dispersé et non structuré. Il est vrai que la situation n’est pas simple. Dernier avatar, les milices se multiplient. Tout départ prématuré des troupes américaines d’un secteur particulier entraîne le développement de ces bandes armées. A peine une zone, souvent méridionale et de religion chiite, est-elle transférée aux autorités irakiennes que les milices fleurissent comme l’herbe dans le désert après la pluie. Les milices sunnites s’empressent alors de commettre des exactions dans la région «libérée», d’autres milices, chiites celles-ci, ripostent. A terme, les unités de la coalition seront relevées. Les chefs militaires US sont déjà invités à presser le mouvement et sans trop attendre que les unités irakiennes soient correctement formées. Les Américains se regroupent dans d’énormes bases très protégées d’où elles sortent peu, sinon massivement, une façon de procéder sans rapport avec les exigences d’une contre-insurrection.. Plusieurs lièvres à la fois Deux modes d’action sont à la rigueur imaginables: ou l’Amérique quadrille l’Irak avec des effectifs nombreux pour contrôler ses populations, ou elle crée une véritable armée irakienne, chargée de faire ce travail. La première solution est irréaliste. Le Pentagone est au bout de ses possibilités. La Garde nationale fournit plus de la moitié des unités, certaines fort médiocres. Or la contre-insurrection est un combat complexe. Il suppose des soldats compétents, motivés, autonomes, capables de prendre des initiatives, toutes qualités qui ne sont pas normalement celles de formations de réservistes.La deuxième solution -fonder une armée irakienne efficace- présente l’avantage d’être économe en effectifs américains. Elle requiert des Forces spéciales, du type «Bérets verts», soldats de haute volée, arabisants, bons instructeurs, articulés en groupes d’une douzaine d’individus, chargés de former un bataillon irakien puis de le conseiller lors des opérations. Indispensables, ces missions sont ingrates, voire dangereuses. Les volontaires ne sont pas légion. Il faudrait pourtant s’y consacrer avec obstination. Ce n’est pas le cas. L’Amérique court plusieurs lièvres à la fois. Ses forces spéciales(3), présentes un peu partout dans le monde, poursuivent Ben Laden en Afghanistan et participent en Irak à des opérations lourdes, brutales, inefficaces, faute de pouvoir atteindre un centre de gravité adverse. Jugée non prioritaire, la formation des soldats et des policiers irakiens passe au second plan. L’Amérique a sans doute choisi d’évacuer l’Irak, à l’exception peut-être d’une ou deux bases au Kurdistan, comme cela est souhaité par ses responsables, pour mieux garantir l’indépendance d’un éventuel Etat kurde. Ce faisant, les Etats-Unis auront subi une défaite plus lourde de conséquences que celle du Vietnam. Au Moyen-Orient, rien ne sera réglé. L’exemple irakien aura été contagieux. D’un bout à l’autre du monde musulman, d’innombrables bras vengeurs auront été et seront armés pour multiplier les attentats. Un certain chaos, universel à défaut d’être généralisé, attend la planète. Comme une des causes du mal est la présence des Etats-Unis en Irak, fasse que ceux-ci s’en aillent au plus tôt!


Les forces spéciales US

LES forces spéciales américaines, en cours de renforcement, comptent 53.000 personnels en 2006, hors réserves, contre 11.600 en 1981.Sont concernés les trois armées et le corps des Marines. L’armée de terre occupe la première place avec 35.000 hommes, «Bérets verts», Rangers (deux régiments à trois bataillons), Delta Force (très secrète et peu nombreuse, 300 personnels), unité d’héliportage d’assaut, formations d’Action psychologique et unités d’Affaires civiles, ces dernières accrues de 33% dès 2007, soit 3.700 personnels en plus.La Marine a conçu les SEAL, équipes de commandos destinées au combat à la mer (SEa), dans l’air (Air) et sur terre (Land). L’US Air Force met en ligne plusieurs dizaines de sections de FS, regroupées au sein de la 1re escadre d’opérations spéciales. Quant au corps des Marines, il a créé en 1985 le Marines Amphibious Unit (MAU), conçu pour exécuter des opérations amphibies, sur court préavis et à grandes distances de ses bases.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Dwight D. Eisenhower, Crusade in Europe, Johns Hopkins University Press, juillet 1997.(2) Général Vincent Desportes, L’Amérique en armes, Paris, Economica, 2004.(3) Voir encadré.

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