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    Plan «10.000 ingénieurs»: full ou low cost?

    Par L'Economiste | Edition N°:2879 Le 13/10/2008 | Partager

    . Doutes sur la qualité de la formation. Diplômes d’écoles privées, le grand débatPour faire un premier bilan pour le programme national de formation de 10.000 ingénieurs, il faut, sans doute, évoquer tous les dysfonctionnements de notre système éducatif. Lancée en 2006, l’opération est censée combler un besoin énorme, celui de la pénurie de la main d’oeuvre qualifiée. La dynamique économique que connaît le Maroc s’est retrouvée menacée, vu que l’adéquation entre les besoins en emplois pointus et l’offre en ressources qualifiées n’est pas assurée, notamment dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication dont le Maroc fait sa vitrine dans l’offshoring. Le programme a été lancé afin de servir de remède à ce problème structurel, mais aussi, afin de redynamiser le secteur des formations d’ingénieurs d’autres horizons aux bacheliers scientifiques et de développer des passerelles entre l’enseignement universitaire et les écoles d’ingénieurs. «Dans sa globalité, le travail est fait», répond la secrétaire générale du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique, Latifa Tricha. Selon elle, les objectifs de la convention ont été «dépassés». Même si les chiffres avancés ne concernent que les inscriptions, et en attendant les statistiques des lauréats, la secrétaire générale se dit «satisfaite». Au terme de l’année universitaire 2006/2007, le nombre des inscriptions dans les filières ciblées par le plan 10.000 ingénieurs était de 6.834 inscrits dans le public, soit 6% de plus que les effectifs prévus par les conventions. Pour l’année universitaire 2007-2008, les établissements publics ont accueilli 10.051 inscrits alors que la convention ne prévoyait que 7.908 ingénieurs et assimilés (+27%). Les universités se taillent la part du lion vu qu’elles ont reçu 8.399 candidats, soit 36% de plus que ce qui a été prévu au lancement du programme. Selon un cadre à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, deux raisons sont derrière l’explosion du nombre des inscrits dans les universités au niveau de ces filières: les budgets octroyés à ces établissements sont en fonction du nombre de filières ouvertes et du nombre d’inscrits. Deuxième raison invoquée par notre source est la nature du diplôme délivré à 90% par les filières proposées par les universités, les mastères spécialisés. «Nous sommes toujours dans le cadre de formation de 10.000 ingénieurs et assimilés, sauf que nous nous retrouvons avec plus d’assimilés que d’ingénieurs», ironise le cadre de l’université Cadi Ayyad. Un raisonnement confirmé par les chiffres délivrés par le ministère de l’Enseignement. Les écoles d’ingénieurs, ne relevant pas des universités, n’ont accueilli que 1.652 élèves ingénieurs, soit 5% de moins que les prévisions du programme. «Il faut sortir de cette conception française du mot ingénieur. Dans beaucoup de pays, les titulaires de mastères spécialisés sont considérés comme des ingénieurs», justifie Latifa Tricha. Cela suffira-t-il à arrêter les appréhensions des grandes écoles d’ingénieurs, qui redoutent que le label «ingénieur» soit dévalorisé sur le marché. A ce constat, il faut ajouter la qualité de l’enseignement. La plupart des filières concernées demandent des formations pointues, avec des équipements de haute technologie, notamment dans les ateliers et dans les salles de travaux pratiques (TP). Des moyens qui restent hors de portée des facultés de sciences et de celles de sciences et techniques (FST). Des problèmes que Mohammed Berkaoui, président de l’Université Hassan II de Casablanca, reconnaît. Mais il avance aussitôt: «malgré la complexité de la tâche, il faut bien avancer». Berkaoui exige un «réalisme» dans le traitement de la question. «L’enseignement coûte déjà près de 30% au budget de l’Etat, alors sommes-nous capables d’aller au-delà de ce chiffre, qui reste parmi les plus élevés dans le monde?» s’interroge-t-il. Autre sujet de discorde, les inscrits dans les établissements privés. Alors que le ministère parle de 7.096 inscrits (6.959 en 2006) et de 14 nouvelles filières autorisées dans le privé, les opérateurs annoncent qu’il ne participe pas à ce programme. «Aucune école privée ne peut proposer une formation qui rentre dans le cadre du programme de 10.000, du simple fait que nous ne diplômons pas d’ingénieurs», martèle Khalid Benzakour, directeur pédagogique de l’Institut supérieur du génie appliqué (IGA). A l’exception du contrôle pédagogique des universités sur les écoles privées existantes dans leurs régions, les deux parties continuent de vivre dans deux univers qui s’ignorent. Du coup, le privé est réputé pour former des «presque-ingénieurs». Une situation que Boujemaâ Charoub, directeur de l’Institut d’électronique et des réseaux et télécommunications (ISERT), qualifie de «grande hypocrisie». «Il ne faut pas se leurrer, tant que les diplômes du privé ne sont pas reconnus par l’Etat, aucun partenariat n’est envisageable», martèle-t-il. Un débat récurrent, sauf que le problème est loin d’être réglé. Selon Latifa Tricha, secrétaire générale de l’Enseignement supérieur, il s’agit d’un faux débat. «L’équivalence des diplômes est exigée pour la fonction publique. Le programme de formation de 10.000 ingénieurs a été lancé pour accompagner le secteur privé où le besoin est pressant», tranche-t-elle. Le texte de loi est au secrétariat général du gouvernement, une fois validé, «les écoles privées peuvent présenter leurs diplômes devant la Commission nationale d’accréditation des diplômes», temporise Tricha. Des débats qui risquent de laisser le Maroc sur sa soif, sachant qu’il ne produit que 4.284 ingénieurs avant le lancement de ce programme. Soit 1,43 ingénieur pour 10.000 habitants contre 6 en Europe de l’Est et 2,5 en Tunisie.


    Histoire

    C’est l’ex-Premier ministre, Driss Jettou, qui avait donné le coup d’envoi du programme de formation de 10.000 en 2006. Au total, 28 établissements universitaires appartenant à 13 universités participent à ce programme. Parmi eux, dix écoles d’ingénieurs. Sept facultés de sciences et techniques participent également. Quant à l’enseignement privé, la convention prévoyait 20% sur le nombre global des lauréats. L’enveloppe totale (hors salaire) a été estimée à 853 millions de dirhams. Aziz EL Yaakoubi

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