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Emploi et Carrière
Crise économique
Les bulletins de paie vont maigrir, prévient le BIT

Par L'Economiste | Edition N°:2912 Le 01/12/2008 | Partager

. Les entreprises vont durcir leur politique de rémunération . Conclusion du Rapport mondial sur les salaires 2008/2009La crise économique mondiale devrait déboucher sur de douloureuses coupes dans les salaires de millions de travailleurs dans le monde l’an prochain, selon un nouveau rapport du Bureau international du travail (BIT) publié le 25 novembre 2008. «Pour les 1,5 milliard de salariés dans le monde, des temps difficiles sont à venir», selon le directeur général, Juan Somavia. «Une croissance économique faible, voire négative, combinée à des prix alimentaires et énergétiques hautement volatiles, va amputer les salaires réels de nombreux travailleurs, en particulier les bas salaires et les ménages les plus pauvres. Les classes moyennes seront également sérieusement affectées».Dans le «Rapport mondial sur les salaires 2008/2009», le BIT prévient que les tensions sur les salaires sont susceptibles de s’intensifier. En s’appuyant sur les derniers chiffres de croissance du FMI, le BIT prévoit que la croissance mondiale des salaires réels atteindra au mieux 1,1% en 2009, comparé à 1,7% en 2008, mais les salaires devraient décliner dans un grand nombre de pays, y compris dans les principales économies. De manière générale, la croissance des salaires dans les pays industrialisés devrait baisser, de 0,8% en 2008 à -0,5% en 2009.Le rapport du BIT montre que cette sombre perspective se profile après une décennie pendant laquelle les salaires n’ont pas progressé au même rythme que la croissance économique. Selon le rapport, entre 1995 et 2007, chaque point de pourcentage supplémentaire de croissance annuelle du PIB par tête s’est traduit, en moyenne, par 0,75% de hausse de la croissance annuelle des salaires. Il en résulte que, dans près de trois quarts des pays dans le monde, la part des revenus du travail dans le PIB a décliné.Alors que l’inflation était faible et que l’économie mondiale progressait à un rythme annuel de 4% entre 2001 et 2007, la croissance salariale est restée à la traîne, augmentant de moins de 2% par an dans la moitié des pays dans le monde, indique le rapport.De grandes différences régionales sont observées. La croissance des salaires réels était d’environ 1% par an ou moins dans la plupart des pays développés et d’Amérique latine, mais atteignait 10% ou plus en Chine, en Russie et dans nombre d’autres pays en transition.Le rapport montre aussi que, depuis 1995, l’inégalité entre les salaires les plus bas et les plus élevés a augmenté dans plus de deux tiers des pays étudiés, atteignant souvent des niveaux difficilement tenables socialement. Parmi les pays développés, l’Allemagne, la Pologne et les Etats-Unis figurent parmi les pays où le fossé entre les salaires les plus élevés et les salaires les plus bas a augmenté le plus rapidement. Dans d’autres régions, les inégalités ont aussi augmenté brusquement, particulièrement en Argentine, en Chine et en Thaïlande.Certains des pays qui ont réussi à réduire les inégalités salariales comprennent la France et l’Espagne, ainsi que le Brésil et l’Indonésie, bien que dans ces deux derniers pays, les inégalités demeurent à un niveau élevé.L’écart de rémunération entre hommes et femmes est toujours grand et ne se réduit que très lentement. Alors que 80% des pays pour lesquels nous disposons de données aient connu une hausse du ratio entre les salaires moyens des femmes et ceux des hommes, la taille du changement est minime et, dans certains cas, négligeable. Dans la majorité des pays, les salaires des femmes représentent en moyenne entre 70 et 90% des salaires masculins, mais il n’est pas rare de trouver des ratios beaucoup plus bas dans d’autres régions du monde, particulièrement en Asie.


Des salaires pour soutenir l’économie réelle
En se basant sur une analyse des principales tendances en ce qui concerne les niveaux et la répartition des salaires dans le monde ces dernières années, les experts du BIT montrent qu’au cours des périodes fastes, la croissance salariale est restée à la traîne de la croissance économique générale alors qu’en période de fléchissement économique, le ralentissement de la croissance salariale s’est fait ressentir plus rapidement. Selon le rapport, entre 1995 et 2007, pour chaque point de pourcentage de baisse du PIB par tête, les salaires moyens ont chuté plus encore de 1,55 point de pourcentage – un résultat qui souligne les effets possibles de la crise actuelle sur les salaires.Comme le dit le rapport, «dans ce contexte, les gouvernements sont encouragés à faire preuve d’un engagement fort envers la protection du pouvoir d’achat des salariés, stimulant ainsi la consommation interne. Premièrement, les partenaires sociaux devraient être encouragés à négocier des moyens de prévenir une détérioration supplémentaire de la part des salaires relativement à celle des profits dans le PIB. Deuxièmement, les salaires minimums devraient protéger les travailleurs les plus vulnérables. Troisièmement, le «Smig» et la négociation salariale devraient être complétés par une intervention publique à travers, par exemple, des mesures de soutien du revenu».Le rapport montre que les salaires minimums et la négociation salariale peuvent être efficacement combinés. Une meilleure couverture de la négociation collective garantit que les salaires suivent davantage la croissance économique, et contribue aussi à réduire les inégalités salariales. Dans le même temps, les salaires minima effectifs – en fixant un plancher salarial – peuvent réduire les disparités salariales dans la moitié inférieure de l’échelle des rémunérations, limitent les bas salaires et réduisent le fossé salarial entre hommes et femmes.L’étude du BIT fait déjà part d’une réactivation des salaires minimums autour du monde ces dernières années, pour réduire les tensions sociales qui découlent des inégalités grandissantes. Globalement, au cours de la période 2001-2007, les salaires minimums étaient autorisés à augmenter en moyenne de 5,7% par an en termes réels (contrastant avec des périodes plus anciennes où la valeur réelle du salaire minimum avait chuté) et à croître proportionnellement au salaire moyen.«La légitimité de la mondialisation et des économies et des sociétés ouvertes dépend énormément d’une plus grande équité. Au centre de cette équité, l’aptitude des femmes et des hommes qui travaillent à obtenir une juste part de la richesse qu’ils créent», analyse le directeur général du BIT.Synthèse L’Economiste
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