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    Tribune

    Elections professionnelles: La montée des délégués sans appartenance syndicale

    Par L'Economiste | Edition N°:54 Le 19/11/1992 | Partager

    Par Larbi KOULLOU, Cadre de l'industrie automobile, Membre du Comité Directeur de l'AGEF

    Les élections des délégués du personnel, dans les entreprises, ont révélés quelques nouvelles tendances sociales: montée des candidats neutres, vote pour les individus, parfois désintérêt pour les élections... Les candidatures féminines ne percent pas.

    Intéressant le débat du Samedi, organisé par l'AGEF (Association des gestionnaires et formateurs du personnel) le 27 Octobre 1992, sur le thème "Bilan des élections, rôle des délégués du personnel". Les raisons en sont multiples:
    1/ Les participants ont été nombreux et ont fait état de l'expérience de leur entreprise en matière d'élections professionnelles, et ce, en présentant et analysant les résultats.
    2/ L'échange ne s'est pas limité aux seuls membres de l'association. D'autres parties, directement intéressées par le thème, étaient présentes et ont contribué à enrichir davantage le débat.
    Il s'agit de:
    * 2 membres de l'Amicale des Inspecteurs du Travail, invités à titre personnel;
    * 2 représentants de l'Union Marocaine du Travail (UMT).
    Le débat était très riche, et il serait prétentieux de vouloir en donner une synthèse. Seuls quelques éléments estimés comme étant saillants seront présentés ici.
    Les élections professionnelles se sont déroulées dans un contexte qui se caractérise par de sérieuses mutations, sur la plan socio-économique et politique. Et, aujourd'hui, la prise de conscience de l'importance que peut revêtir l'existence des délégués du personnel au sein de l'entreprise et le rôle positif que ces derniers peuvent jouer, est beaucoup plus confirmée sinon plus aisée qu'auparavant.

    Concertation

    De nos jours, la survie de l'entreprise dépend, très largement, du haut niveau de motivation des salariés et de la paix sociale. Ces buts ne sont atteints que si les aspirations de ces derniers sont prises en considération. Ce qui n'est réalisable que si, d'une part, la "concertation", au sein de l'entreprise, est la règle et d'autre part, si les délégués du personnel se voient non seulement reconnus, mais également stimulés pour assumer pleinement leur responsabilité de représentants.
    Au Maroc, les "délégués du personnel" forment une institution obligatoire régie par le Dahir du 29 Octobre 1962. Ils sont élus pour 6 ans. Les dernières élections devaient avoir lieu au cours de la deuxième quinzaine de Septembre 1992. Ce délai n'a pas été respecté. Dans beaucoup de sociétés, elles sont en cours d'organisation. A titre d'exemple, une centaine d'établissements seraient implantés sur le territoire de la préfecture El Fida. Seuls 20 d'entre eux ont fini les élections. Ce serait, également, le cas à Aïn Sebaâ Hay Mohammadi. Ce "retard" s'explique par le fait que les élections professionnelles ont été annoncées dans la précipitation.
    Les résultats officiels couvrant le déroulement des élections dans l'ensemble des entreprises au Maroc ne sont pas encore connus. Le recueil de l'information est, dans ce domaine, du ressort du Ministère de l'Emploi, qui ne disposerait pas aujourd'hui (selon quelques participants au débat) de l'ensemble des données.

    Candidats neutres

    Selon les éléments d'information (limités) dont disposent les membres de l'Amicale des Inspecteurs du Travail et les représentants du Syndicat, concernant le secteur privé, les candidats "sans appartenance syndicale" ont été nombreux. Il a même été relevé que cette catégorie de candidats a eu l'exclusivité dans certaines entreprises, de grande dimension, ouverte et où l'existence du syndicat pourrait être tolérée, voire souhaitée.
    Ces candidats "neutres", si l'on considère comme représentatif l'échantillon des entreprises ayant organisé les élections, ont pu obtenir la 2ème place après l'U.M.T. et se sont classés avant la C.D.T. (3ème place) et l'U.G.T.M. Cela semble être similaire au cas des élections locales qui ont vu les candidats sans appartenance politique obtenir le 2ème rang.
    Les élections professionnelles comme les élections communales (plus tard) n'auront pas induit -respectivement- de changement du paysage de représentation professionnelle et du paysage politique. Il a été, d'ailleurs, remarqué que le vote était beaucoup plus en faveur d'individu (qui jouit de la confiance du votant) qu'un vote d'organisation.
    Les participants au débat ont été unanimes à constater que si dans les entreprises "organisées", le principe de représentation du personnel ne soulève aucun problème, dans le secteur non organisé des réticences existent à l'égard de cette institution:
    - de la part de certains employeurs qui émettent des réserves à l'égard des élections professionnelles,
    - et également -dans certains cas du moins- de la part des salariés eux-mêmes qui manifestent un désintérêt total aux élections. Les cas des procès-verbaux pour absence de candidatures auraient été nombreux.

    Listes féminines

    Les élections professionnelles ont été l'occasion, une fois de plus, pour la remise sur la table des difficultés d'une catégorie de femmes désireuses de jouer un rôle dynamique dans la vie sociale. Les candidatures féminines étaient relativement nombreuses. Mais apparemment, la préférence des élections est allée, en masse, vers les hommes.
    Il est vrai que dans quelques entreprises, même à majorité d'hommes, des femmes ont été élues comme déléguées du personnel, mais elles se compteraient sur le bout des doigts.
    Dans une très grande entreprise industrielle, où le personnel féminin représente 80% de l'ensemble des travailleurs, la liste exclusive des femmes n'est pas passée. Le Directeur des Ressources Humaines de cette société a commenté le résultat en ces termes: "la femme n'a pas voté pour elle-même".
    Il est dommage que notre pays ne puisse pas profiter de la moitié de son potentiel humain, en associant un nombre plus élevé de femmes à la prise de décision, en matière économique et sociale. Mais à la réflexion, plusieurs questions viennent à l'esprit. La femme, aujourd'hui à l'avant-garde de la revendication féminine, vit-elle -ou du mois perçoit-elle de la même manière- les véritables problèmes auxquels s'affrontent quotidiennement les femmes.
    Chacune -selon les cas- voudrait que toutes les petites filles aillent à l'école, que celles qui désirent acquérir un métier aient la possibilité de le faire, que l'emploi ne pose pas de problème, qu'elle dispose d'un logement décent pour sa famille, que la stabilité de l'emploi soit une réalité pour son mari et éventuellement pour elle-même, que la scolarité et les soins de santé soient assurés pour ses enfants, que les conditions de travail s'améliorent.

    Représentants de cadres

    Ce sont là les doléances des femmes et qui sont partagées par les hommes. Le discours féminin, vu son cachet exagérément féministe, passe souvent sous silence des difficultés de la vie de femmes. C'est en tout cas un discours qui émane d'une minorité des femmes et qui apparemment n'est pas compris par la majorité de celles-ci. Les candidates à la représentation professionnelle sont-elles représentatives des femmes au Maroc?
    Parmi les éléments positifs des élections professionnelles, de cette année, il y a lieu de noter le regain d'intérêt des cadres et des techniciens pour la représentation professionnelle. Les cadres ont désormais des délégués dans de nombreuses sociétés où ils n'avaient pas de représentants auparavant.
    D'une manière générale, là où elles ont eu lieu, les élections professionnelles se sont déroulées dans le calme et dans des conditions normales. Dans certaines entreprises des candidats, de différents collèges, auraient présenté des programmes étoffés et auraient même la possibilité d'organiser des "meetings" pendant les pauses pour expliquer à leurs collègues ce qu'ils envisagent de faire.
    Ces éléments sont significatifs, du fait que le changement au Maroc est en route, notamment, dans l'entreprise. Que l'ensemble des partenaires travaillent pour le canaliser vers l'intérêt de notre économie et société.

    L. K.

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