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    Tribune

    Le Maroc et l'Espagne vers un partenariat effectif

    Par L'Economiste | Edition N°:54 Le 19/11/1992 | Partager

    Les pays européens de la C.E.E ayant ratifié le traité de Maastrisht (dont l'Espagne) s'apprêtent à s'insérer dans le cadre du marché unique européen prévu pour début 1993 et au moment où le Maroc se trouve à la veille du lancement du dialogue pour l'établissement d'une zone de libre échange avec la Communauté Européenne, dans quelle mesure le développement de relations de partenariat effectif entre le Maroc et l'Espagne est de nature à constituer, toutes choses étant égales par ailleurs, un cadre d'amélioration de leurs avantages naturels et compétitifs et ce, pour une insertion plus active dans l'espace européen?

    Le Maroc et l'Espagne se situent à la charnière entre l'Afrique et l'Europe, à la conjonction de la Méditerranée et de l'Atlantique, et se trouvent par conséquent au contact de deux civilisations. Cette situation géographique a profondément marqué l'histoire des deux pays et spécialement leurs relations bilatérales.
    Ainsi, les relations économiques entre le Maroc et l'Espagne ont connu un développement soutenu au cours des dix dernières années, impulsées en cela par la volonté politique des responsables des deux pays qui ont oeoeuvré pour la mise en place d'un certain nombre d'outils d'ordre institutionnel, juridique, financier, administratif etc... de nature à permettre le renforcement de ces relations.
    Des résultats significatifs ont été enregistrés en un laps de temps très court. A titre d'exemple, on peut citer le cas des échanges commerciaux entre les deux pays et les flux des investissements espagnols au Maroc.
    Pour les transactions commerciales, elles se sont accrues durant la décennie 1980 selon un taux de croissance moyen annuel d'environ 15% en prix courants, soit 10% approximativement en prix constants, faisant de l'Espagne le deuxième partenaire commercial du Maroc (8,27% des importations et 8,80% des exportations en 1991).
    Quant aux flux d'investissements directs et de portefeuille espagnols au Maroc, ils sont passés de 31,2 millions de Dirhams en 1988 à 842 millions de Dirhams en 1991, soit un taux d'accroissement moyen annuel de 196%. La même tendance se poursuit pour les mois de Janvier-Avril 1992 où l'investissement s'est accru de 140% par rapport à la même période de 1992(2) .

    Cet investissement espagnol s'est dirigé principalement vers des secteurs tels que l'agriculture, la pêche, les industries textiles, les industries mécaniques et métallurgiques, les institutions financières etc...
    Ainsi, plus de 80 entreprises mixtes maroco-espagnoles ont été créées depuis 1988, date de la signature de "l'Accord Cadre de Coopération Economique et Financier", portant à 224 le nombre total d'entreprises marocaines ayant une participation espagnole(2).
    Cependant, ces flux d'investissements espagnols vers le Maroc ne représentent qu'une infime partie des investissements espagnoles à l'étranger, puisqu'ils n'ont représenté que 0,21% en 1988; 0,96% en 1990 et 1,48% en 1991. La part de l'Egypte était de 4,9% et celle de la C.E.E s'élevait à 53,67% en 1990(3) .

    Que peut-ont dire de ce développement des relations économiques?

    l'examen de la structure des importations marocaines en provenance d'Espagne (composées d'environ 40% de biens d'équipement; 35% de biens intermédiaires, 25% de biens finis de consommation) et des exportations marocaines vers l'Espagne (composées d'environ 25% de produits miniers, 35% de produits de la mer, 20% de produits finis de consommation, 15% de produits semi-finis de consommation) reflètent les structures productives actuelles des deux pays. A signaler la modification sensible de la structure des exportations marocaines composées de 82% de produits miniers en 1980,
    - les secteurs économiques considérés traditionnellement comme étant concurrentiels entre l'Espagne et le Maroc sont paradoxalement les secteurs qui attirent de plus en plus les investissements espagnols, ce qui dénote leur transformation en aires de coopération et de complémentarité ou, en d'autres termes, en créneaux potentiels de partenariat entre les deux pays mettant plus en valeur leurs avantages compétitifs respectifs.

    Le développement d'une stratégie de partenariat effectif touchant les domaines productifs (industrie, agriculture, tourisme, services etc) peut constituer un cadre propice pour l'amélioration de ces avantages compétitifs et ce, dans le contexte actuel marqué par la donne suivante:
    - l'Espagne et la perspective du marché unique européen, synonyme de l'ouverture de l'économie espagnole à plus de concurrence étrangère, à une plus vive compétition sur les marchés étrangers, à un moment où les coûts des facteurs de production tendent en Espagne à s'aligner sur ceux prévalant dans le reste de la C.E.E (les coûts salariaux atteignent actuellement environ 80% de la moyenne OCDE),
    - le Maroc et le projet de création d'une zone de libre échange avec la C.E.E, et qui implique toute une stratégie de renforcement de ses capacités concurrentielles.
    Certes, l'élimination définitive des obstacles à l'entrée dans la Communauté Européenne de produits espagnols en 1993 est de nature à déplacer certaines exportations marocaines, mais à mesure que diminuera la part à forte intensité de main-d'oeuvre dans les exportations espagnoles vers le reste des pays de cette communauté européenne, des possibilités d'élargissement des débouchés marocains seraient offertes si les multiples moyens de partenariat entre le Maroc et l'Espagne étaient exploités d'une façon optimale.

    De plus, la croissance du vaste marché ibérique ne peut qu'être favorable aux exportations marocaines. A ce sujet, on peut s'interroger sur le modèle de croissance espagnol. Ce dernier mérite, à mon sens, largement le qualificatif de miracle économique, quoiqu'il se fonde sur des ressorts profonds.
    Le caractère récent et la rapidité de l'évolution de l'économie espagnole font désormais l'admiration de la classe économique marocaine, publique et privée, et offre de grands enseignements pour l'économie marocaine.
    A ce niveau, il convient de rappeler que le modèle espagnol offre l'exemple réussi d'une économie qui doit sa réussite, entre autres, aux firmes multinationales alléchées par la croissance et la rentabilité qu'offre le marché ibérique. Cet investissement international en Espagne génère actuellement plus de la moitié de la production industrielle, emploie 1/4 de la population active et fait de l'Espagne un paradis des firmes multinationales(4) .
    Cette présence étrangère n'est évidemment pas nouvelle. Cependant le déclic date des années quatre-vingts et de la conjonction inespérée de facteurs politiques, culturels et économiques propres à rassurer les investisseurs étrangers qui ont nourri la croissance espagnole et qui se sont nourries d'elle.

    Champs inexploités

    A la lumière de ce qui précède, quels peuvent être les préalables pour l'accélération de ce processus de partenariat effectif entre l'Espagne et le Maroc et qui serait de nature à investir les champs inexplorés du partenariat maroco-espagnol?

    Sachant que les pouvoirs politiques des deux pays en question ont balisé le terrain par l'adoption d'un certain nombre de textes dont notamment l'accord de Coopération Economique et Financière (1988), l'accord sur la promotion et la protection de l'investissement (1989), la convention fiscale pour éviter la double imposition, et surtout un traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération en 1991, les axes ci-après méritent une attention particulière:
    - accélérer la mise en place des infrastructures nécessaires pour l'accueil rapide des investissements industriels, touristiques, etc...,
    - réfléchir à la révision de la structure tarifaire de l'énergie et de l'électricité en faveur des secteurs productifs,
    - oeuvrer pour le développement des flux touristiques espagnols vers le Maroc qui offre des potentiels naturels et civilisationnels très importants,
    - poursuivre la tâche d'élimination de toutes les entraves d'ordre administratif, si minimes soient-elles, à la promotion de l'investissement,
    - entreprendre des actions par le biais des associations professionnelles en vue d'assurer une meilleure connaissance réciproque sur les potentialités de partenariat entre les deux pays,
    - développer l'investissement culturel qui constitue le moyen le plus efficace pour le renforcement des liens dans tous les domaines: "il ne faut pas prendre l'apprentissage de la langue espagnole comme un effet de mode, car la mode est, par définition, passagère... Il faut raisonner en termes d'investissement culturel dans les deux sens (Espagne vers le Maroc et inversement) et qui est un investissement à moyen et à long terme...", confirme le Pr. Habib El Malki sur 2MI le 14 Mai 1992.

    Ces quelques axes d'action sont de nature à augmenter le niveau d'attraction de l'investissement étranger vers le Maroc, qui a, certes, enregistré une croissance appréciable ces dernières années grâce aux nombreuses mesures institutionnelles adoptées dans le cadre de la politique économique du Maroc.
    La recherche d'un développement d'une stratégie de partenariat entre le Maroc et l'Espagne ne doit pas être interprétée dans le sens d'une réduction des possibilités de partenariat avec les autres pays, mais plutôt comme un moyen de leur renforcement.
    La participation brillante et prestigieuse du Maroc à l'Exposition de Séville, et le thème retenu pour l'Exportecnia 92(5) qui se tiendra à Casablanca en Décembre prochain à savoir: "Nous avons tant de choses à faire ensemble" sont des vecteurs efficaces pour la réalisation de cette stratégie de partenariat effectif entre le Maroc et l'Espagne.

    Mohamed LARBI EL HARRAS

    (1) Cette reflexion constitue le prolongement d'un article que nous avions publié dand L'Economiste du 21-09-92.

    (2) Relations économiques et commerciales entre la Maroc et l'Espagne (Expotecnia 1992)

    (3) Le Maroc économique " une vocation méditeranéenne " : " Le Maroc et l'Espagne, une communauté de destin ". Page 63 édition GERM 1992.

    (4) Espagne : Paradis des firmes multinationales - Revue " Problèmes économiques " n°2282 du 01-07-92 page 22.

    (5) Expotecnia : Exposition industrielle d'Espagne au Maroc qui se déroulera à Casablanca du 8 au 12 Décembre 1992 (Cf. L'Economiste du 05-11-1992 page 14 : Expotecnia, la stratégie industrielle des entreprises Espagnoles en direction du Maroc.

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