×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Culture

Développement
Les enseignements du modèle espagnol
Par Mohamed Larbi EL HARRAS*

Par L'Economiste | Edition N°:2416 Le 06/12/2006 | Partager

LA discussion des résultats économiques, sociaux et politiques atteints par les deux pays voisins, le Maroc et l’Espagne, donne souvent lieu à un débat passionnant. La vivacité du débat trouve sa source dans plusieurs considérations: les vestiges d’une période historique commune, certes, lointaine; une promiscuité géographique coupée par l’appartenance à deux continents différents; les progrès fort spectaculaires enregistrés par la société et l’économie espagnoles en l’espace de cinquante ans avec leurs conséquences directes et indirectes en matière d’attraction de l’émigration légale et illégale; l’impact de la transition démocratique sur le développement économique et social, etc. Sur un plan strictement économique, force est de constater un approfondissement de l’écart entre les deux pays. Si le PIB/hab en Espagne était, seulement, dans un rapport de 1 à 4 avec celui du Maroc en 1970, il a atteint 1 à 13 en 2005 en termes nominaux et 1 à 5,4 en termes de parité de pouvoir d’achat. Entre pays voisins, ce niveau d’inégalité est parmi les plus élevés au monde. Cette situation amène souvent à s’interroger sur les raisons profondes de ce décalage de plus en plus prononcé dans les résultats enregistrés et aussi dans les perspectives économiques, sociales et politiques. Pour essayer d’apporter quelques éléments de réponse à ce sujet, il convient, d’abord, de rappeler que le Maroc n’était pas au même niveau de développement que l’Espagne durant la première moitié du XXe siècle. En effet, l’Espagne a entamé un processus de développement depuis le milieu du XIXe siècle, certes, beaucoup plus modeste que celui de ses voisins européens, mais qui a touché l’organisation administrative et politique du pays, le domaine éducationnel et aussi certains secteurs directement productifs tels que l’agriculture, l’industrie, les mines et les infrastructures.Quelques chiffres sont utiles à rappeler à ce sujet: en 1935, la production d’acier avait atteint 595.000 t; celle du ciment: 1,4 million de t; la consommation d’énergie: 1.069.000 TEC. A la veille de la Première Guerre mondiale, le pays disposait déjà d’un peu plus de 15.000 km de lignes de chemin de fer à voie large. La production des biens d’équipement représentait 10% environ de la production industrielle en 1910. Un million d’hectares était déjà irrigué au début du siècle. La population était à moitié alphabétisée à la même date. Certes, la guerre civile de 1936-1939 a entraîné des dégâts humains et matériels catastrophiques et qui ont marqué les décennies 1940 et 1950. Néanmoins, la reconstruction et le redémarrage de l’activité économique ont été vite entamés durant les décennies qui suivirent. Quelles sont alors les raisons qui ont fait que l’Espagne est passée en un demi-siècle (2e moitié du XXe siècle) d’un Etat retardataire, exsangue, avec des structures économiques fragiles, à une puissance économique mondiale (8e ou 9e rang mondial), l’une des rares à être capable de remplir les critères de Maastricht avec un PIB d’environ 1.000 milliards de $, soit 25.000$ par tête d’habitant en 2004 (contre 50 milliards de $ environ pour le Maroc). Les économistes expliquent le modèle de développement espagnol par les modalités d’exploitation de ses avantages comparatifs et compétitifs et qui ont été renforcées par son adhésion à la CEE en 1986.. Facteurs qualitatifs de développementLes économistes reconnaissent de plus en plus que l’œuvre de développement n’est pas le résultat uniquement des stratégies d’investissement et qui sont fort importantes, mais aussi des données relatives à l’évolution des mentalités et à l’approfondissement du processus démocratique. Dans ce cadre, force est de constater que l’Espagne a enregistré des progrès spectaculaires en l’espace du dernier demi-siècle et dont les manifestations sont patentes:- Un vif intérêt pour les questions économiques, sociales et politiques. Le poids et l’impact des partis politiques sur la vie des citoyens en témoignent;- Propagation d’un esprit à caractère scientifique et qui contraste fortement avec de vieilles traditions dominées par des discours surannés;- Evolution des mentalités et qui cessent peu à peu de constituer un frein au développement en Espagne;- Affermissement de l’individu et de l’entreprise en tant qu’acteurs centraux dans l’économie et la société espagnoles.Ces indicateurs sur l’évolution économique, politique et sociale en Espagne amènent le chercheur à s’interroger sur la question de la place de la modernité dans le projet de développement au Maroc. Quel peut être son apport à l’oeuvre de développement?A ce sujet, il convient d’abord de préciser que par modernité, il ne s’agit pas de renier les spécificités culturelles et civilisationnelles ni les valeurs religieuses ouvertes sur l’Ijtihad. Par modernité, s’entendent une culture et une attitude de l’esprit devant le monde. Une attitude intellectuelle qui se caractérise par le rationalisme historiciste et par la mise en œuvre de la raison et de la critique. Dans le domaine technique, la modernité signifie qu’un ensemble humain organisé puisse s’approprier les techniques, les technologies, les savoir-faire en vue de les développer et d’en tirer des applications spécifiques L’accélération du processus de développement économique, politique et social, n’implique-t-il pas d’œuvrer pour une conciliation active entre la fidélité à une authenticité rationnelle et une aspiration constante à la modernité. Il va de soi que l’éducation, le contenu des programmes d’enseignement, les méthodes de transmission du savoir, revêtent une importance de premier ordre dans la réussite de tout projet de modernisation des structures mentales et sociales. Des stratégies courageuses de réforme de certaines lois peuvent aussi pousser dans ce sens. La dernière réforme du Code de la famille au Maroc en est un exemple concret.----------------------------------------------* Economiste-chercheur


Gagnant-Gagnant?

SI les relations politiques entre le Maroc et l’Espagne connaissent des hauts et des bas, les relations économiques et sociales ne cessent de se renforcer sur un plan quantitatif et qualitatif. On peut citer à ce sujet l’évolution du commerce extérieur entre les deux pays; le flux des investissements espagnols au Maroc; l’importance de la communauté marocaine en Espagne ; le tourisme espagnol au Maroc ; les progrès énormes dans la diffusion et l’apprentissage de la langue espagnole dans les différentes villes du Maroc, etc.L’expérience espagnole en matière de développement est pleine d’enseignements pour le processus d’évolution de l’économie et de la société marocaines. Il s’agit non pas d’imiter, mais de tirer les leçons appropriées.Sur un plan bilatéral, de multiples opportunités existent et dont l’exploitation est de nature à assurer une meilleure exploitation des avantages comparatifs et compétitifs des deux pays et ce, en se référant au principe de «gagnant-gagnant» ainsi que celui du respect mutuel entre deux civilisations qui sous-tendent les deux nations.


Sur les traces de l’Espagne des années 60

L’analyse du modèle de développement économique et social du Maroc permet de dégager qu’il comporte bien un certain nombre de ressemblances avec l’itinéraire espagnol, certes, avec des niveaux beaucoup plus modestes, des échelles de grandeur plus réduites et des décalages dans les délais, sans omettre bien entendu une différence fondamentale de base et qui touche l’espace religieux, culturel et civilisationnel. S’agissant des points de ressemblance en matière économique, sociale et d’infrastructure, le Maroc du début du XXIe siècle ne ressemble-t-il pas, dans une certaine mesure, à l’Espagne des années 60? On peut faire référence à ce sujet au nombre d’élèves et d’étudiants, au parc de véhicules, aux stratégies sectorielles (Plan Azur dans le domaine du tourisme, Plan Emergence en matière d’industrie), aux projets d’infrastructure en cours de réalisation, etc. Mais au-delà des aspects quantitatifs et qui sont plus facilement visibles et manifestes, ne faudrait-il pas scruter les facteurs qualitatifs de développement ayant trait, notamment, aux mutations sociales et politiques.


Secteurs de base de l’économie espagnole

Les principaux secteurs qui ont constitué le soubassement du développement économique et social de l’Espagne sont: - Le tourisme: pièce essentielle de l’économie espagnole et moteur puissant de son dynamisme. Ses effets ne se limitent pas à un apport de devises et postes de travail, ils s’étendent aussi aux structures économiques et sociales locales. D’un million de touristes en 1950, l’Espagne accueille environ 50 millions ces dernières années, soit la deuxième destination touristique au monde après la France et devant les Etats-Unis.- L’industrie: secteur fort diversifié. La production des biens d’équipement représentait 25% de la production industrielle en 1980. Parmi les branches les plus dynamiques, figurent la construction navale, l’industrie automobile, l’industrie militaire, la production des appareils électroménagers.- L’investissement étranger: remontant à la seconde moitié du XIXe siècle, l’investissement étranger a repris le chemin de l’Espagne avec une grande intensité à partir de la décennie 1950 faisant de l’Espagne un «paradis des firmes multinationales» - L’agriculture: avec trois millions d’hectares irrigués et une utilisation intensive des techniques modernes de production, l’agriculture espagnole est l’une des plus productives au monde. Les exportations agricoles de l’Espagne vers le reste des pays européens en témoignent.- Les revenus de l’émigration: en plus des mouvements de la population à la fin du XIXe siècle vers les pays d’Amérique latine, plus de trois millions d’Espagnols ont émigré vers la France, l’Allemagne et la Suisse, aidés en cela par les pouvoirs publics durant les années 60.- L’adhésion de l’Espagne à la CEE en 1986: en plus du financement communautaire, cette adhésion a entraîné une pression politique, économique et psychologique sur les différents acteurs de la société espagnole, entraînant de vastes stratégies de restructuration, de modernisation et d’ouverture. A la lumière de ce qui précède, on voit bien que l’Espagne offre l’exemple d’un pays qui est bien passé par le stade de pays «émergent», mais en vitesse, pour atteindre le stade de pays avancé avec une économie puissante et fort diversifiée.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc