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    Economie

    Conférence de Rio: qui paiera l'écotaxe?

    Par L'Economiste | Edition N°:33 Le 11/06/1992 | Partager

    La conférence de Rio réunit des milliers de participants pour sauver la terre. En fait, c'est le dilemme écologie-développement qui est posé, autant que le problème du financement des conventions et chartes qui seront signées.

    Riches et pauvres se retrouvent, depuis le 3 Juin, en Conférence des Nations Unies pour l'Environnement et le Développement (CNUED) à Rio De Janeiro. Près de 30.000 délégués, ministres, hauts fonctionnaires, industriels, journalistes et militants associatifs, auxquels se joindront pas moins d'une centaine de Chefs d'Etat et de Gouvernements, recherchent ensemble comment éviter de faire de notre planète une épave, sans compromettre le développement.

    Et si la confrontation n'est pas exclue entre nantis et pauvres et si les débordements ne manquent pas, la conférence n'en constitue pas moins une vraie chance de rapprochement entre le Nord et le Sud. S'il ne s'agit pas là de la première fois que l'Humanité s'interroge sur l'avenir de la planète, la conférence de Rio est la plus importante à plus d'un titre. Par sa durée d'abord, les thèmes sont nombreux et épineux. Par son moment, intervenant alors que l'ère de la guerre froide est révolue et que la menace d'une guerre mondiale est écartée. Par la qualité des représentants qui indique le degré d'engagement et le niveau de décision attendus de la conférence.

    Déjà en 1972, la Conférence sur l'environnement humain avait marqué le souci des Nations-Unies de mettre un terme à une croissance anarchique et surtout destabilisatrice des patrimoines naturels. Ce qui inquiétait à l'époque, c'était surtout le rythme de croissance dans les pays industrialisés et l'épuisement des ressources naturelles qui en découle.

    Vingt années plus tard, les mutations de par le monde sont si profondes que les objectifs de Stockholm, non seulement semblent avoir été timides, mais surtout mal choisis. Le Japon est devenu entre temps, la première puissance industrielle de la planète.

    La réussite des pays du Sud Est-Asiatique a ouvert la voie et donné l'espoir d'une industrialisation d'autres pays en voie de développement.

    80% à la charge des PVD

    A Rio, la communauté internationale veut s'atteler à trois objectifs essentiels:

    - élaborer "l'agenda 21", appelé ainsi parce qu'il vise à la protection de l'atmosphère, de la diversité biologique et des forêts;

    - élaborer une "charte de la terre" qui sera une véritable déclaration universelle des Droits et Obligations de l'Homme devant régir son comportement écologique et économique.

    "L'agenda 21" vise à définir un programme d'action pour la prochaine décennie et d'arrêter les priorités en matière d'environnement et de développement. Rio sera ainsi davantage une conférence économique qu'écologique. Mais puisqu'il y a corrélation négative entre développement et environnement, on ne peut assurer un développement durable que dans un environnement sauvegardé. Cela coûte beaucoup d'argent et il va falloir le dégager et arrêter la clef de sa répartition.

    Et c'est la première difficulté que la conférence de Rio devra affronter tant il est vrai que le coût est élevé et sa répartition risque d'accentuer le clivage Nord/Sud. La CNUED évalue à 625 milliards de Dollars les besoins annuels des pays en développement pour préserver, en ce qui les concerne, l'environnement planétaire. Sur ce montant, 80%, soit 500 milliards seraient à la charge des pays en voie de développement eux-mêmes et les 20% restant, soit 125 milliards devraient être apportés par les pays riches. Or nu les uns, ni les autres n'ont aujourd'hui la capacité de financement de ces besoins.

    Et avant qu'une "écotaxe", cette fameuse taxe sur l'énergie n'ait pu être instaurée, ce sera encore le développement, au détriment de l'environnement. Cette taxe rencontre en effet l'opposition des industriels qui ne sont pas tous contre mais qui sont unanimes pour qu'ils ne soient pas seuls à en faire les frais. Ils proposent que la taxe soit assise sur l'ensemble des agents économiques d'un pays, y compris ceux des pays en voie de développement. Le deuxième objectif de la Conférence de Rio est de faire signer aux gouvernements des conventions spécifiques, dont certaines sont déjà fort avancées.

    La première convention porte sur la protection de l'atmosphère. Déclarés responsables de la destruction de la couche d'ozone qui nous protège des rayons Ultra-violets et brûlants du soleil, les Chloroflurocarbones (CFC) ont déjà fait l'objet du protocole de Montréal qui, depuis 1987, impose aux pays riches signataires de limiter leurs productions de CFC. A Rio, on veut étendre cette obligation aux pvd et à d'autres gaz reconnus aussi coupables que les CFC, tels le gaz carbonique (C02) pour lequel un accord a été élaboré à New York le mois dernier pour le gaz carbonique. Ces gaz non seulement polluent l'atmosphère mais provoquent également le réchauffement de la planète par un "effet de serre".

    Ingérence écologique

    Là encore la divergence pays industrialisés/pays pauvres risque d'être forte, tant il est vrai que la contribution à la dégradation de la nature est davantage le fait des premiers.

    La deuxième convention présentée à la signature à Rio porte sur la protection de la diversité biologique ou "biodiversité". Cela signifie qu'on tentera d'obtenir des signataires de cette convention de s'engager à préserver les espèces animales et végétales en danger d'extinction. Négocié à Naïrobi, cet accord est lui aussi jugé peu contraignant tant il ne précise ni les espèces ni les espaces à protéger Cela risque en effet d'être interprêté comme une "ingérence écologique" par les pays en voie de développement. "Vous n'arriverez jamais à expliquer à un homme qui a faim que l'oiseau qui se trouve sur l'arbre est protégé et qu'il ne doit pas être tué", devait notamment déclarer le représentant du Pakistan à la Conférence. Plusieurs pays riches dont les Etats-Unis et la France refusent d'ailleurs de parapher l'accord sous cette forme.

    Une troisième convention sur la protection de la forêt devait également être présentée à la signature mais, grâce à l'action du pays hôte, soutenu par les pvd, elle a été retirée et remplacée par une simple "déclaration" dont le texte risque d'être très timide. La forêt ne fera donc pas l'objet de convention de protection à Rio les pays du Sud craignant qu'elle constitue un frein de leur développement. Mais "de quel droit les pays riches qui ont bâti leur industrie au détriment de la forêt, empêcheraient-ils les pays pauvres d'en faire autant, sous prétexte que leurs forêts jouissent d'une diversité biologique ou que leur présence permet aux riches de mieux respirer".

    Le dernier objectif de la Conférence de Rio est la rédaction d'une déclaration des principes qui doivent régir les comportements écologique et économique de l'Homme. Cette "Charte de la terre" doit en principe constituer un véritable engagement de l'homme à être étroitement solidaire de la planète qu'il emprunte à ses enfants et qu'il doit leur restituer dans un état au moins aussi vivable que celui dont il a lui même hérité de ses ancêtres. Il s'agira donc de concilier entre l'objectif de développement que continuent de réclamer les populations des pays pauvres et celui de la protection de l'environnement que tout le monde souhaite.

    Bien des déceptions nous attendent donc de cette Conférence. Celle-ci ne peut cependant pas prétendre réunir 178 pays et leur arracher des engagements précis et contraignants. L'objectif de cette "première" CNUED est à la fois modeste et important. Modeste parce qu'il ne prétend pas parvenir à des décisions fracassantes. Important parce qu'il vise à embarquer "tout le monde" dans une prise de conscience que si on ne préserve pas notre "embarcation", notre planète à tous, nous périrons ensemble.

    Et si à Stockholm l'unanimité n'était pas recherchée, à Rio aujourd'hui, c'est l'objectif essentiel. "Notre planète souffre du sur-développement et du sous-développement" a affirmé le Secrétaire Général des Nations-Unies à l'ouverture. Comment concilier entre les deux? Et c'est ce défi que tente de lever la communauté internationale à Rio. Elle vise à entretenir un développement durable dans un environnement stabilisé. Cela ne se fera que si tout le monde prend conscience que le défi peut être gagné et que chacun assume pleinement sa responsabilité. A Rio, on se contentera de faire prendre conscience et si cela est fait, ce sera déjà un grand succès.

    Mohammed MELIANI

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