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Cinquantenaire de l'Indépendance
Agriculture: De brillantes réussites et d’immenses trous noirs

Par L'Economiste | Edition N°:2158 Le 25/11/2005 | Partager

. Nourrir 6 millions de personnes puis 30 millions. Le Maroc est-il un pays à vocation agricole?. L’ouverture, le prochain challenge!Cinquante ans après l’indépendance du Maroc, un constat et un seul revient dans tous les rapports et études: l’agriculture marocaine continue à traîner des «casseroles» bien lourdes. Combien de fois ont été prononcés les «mots magiques» de thérapie d’urgence et de thérapie de choc pour réveiller ce secteur considéré stratégique pour le pays.Aujourd’hui, face aux nouvelles donnes des accords de libre-échange, c’est une réorientation radicale dont a besoin notre agriculture. Celle-ci, dans son état actuel, est-elle capable d’affronter les nouveaux enjeux mondiaux? Si certaines branches de l’agriculture bénéficieront de l’ouverture de nouveaux débouchés, l’immense majorité des exploitants (80%) verrait son revenu réduit dans le cas d’une ouverture non maîtrisée du commerce agricole des produits de base. «Cette menace pèse sur 2,1 millions d’hectares en petites parcelles dont une grande partie est consacrée à la culture de céréales, avec des rendements très faibles par rapport au potentiel»(1). Dans tous les cas, la mise à niveau de l’économie dans son ensemble exige une agriculture efficace et compétitive. Une agriculture tournée vers l’extérieur, capable de s’adapter notamment pour conserver ses parts durement conquises à l’export et pour en conquérir de nouvelles. Pour tout cela, il faut repérer les failles et se poser les bonnes questions: comment en est-on arrivé là? Quels sont les goulots d’étranglement? Un pays dont la croissance est à la merci de la production céréalière qui, elle, est prise en otage par les aléas climatiques, est-il véritablement à vocation agricole? Et c’est là le cœur du débat.Mais il ne faut pas le nier, des réussites remarquables, l’agriculture marocaine en a enregistré. Elle dispose d’un immense capital de technicité et d’expérience technique, de ressources humaines d’une grande valeur et des marges de progrès importantes. Mais des performances mises à mal au fil des années.Et face à la déferlante de l’ouverture, le Maroc n’a plus le choix: gérer autrement son développement agricole et donc changer sa façon de faire. Car il en a trop fait dans cette voie pour pouvoir rebrousser chemin sans dégâts.En effet, depuis l’Indépendance, l’agriculture a toujours été placée en tête des priorités et fait l’objet d’une attention particulière en termes d’incitations, subventions, encadrement ou encore transfert de technologie. Dans l’ensemble, ces efforts ont été couronnés par des succès indéniables comme l’amélioration des rendements (42% pour les blés entre 1970 et 1998), l’augmentation des revenus des agriculteurs surtout dans les zones irriguées, la création d’emplois notamment. Différentes étapes cruciales ont permis la transformation de ce secteur. Ainsi, le 13 septembre 1957 fut lancée «l’opération labour» qui, selon beaucoup de spécialistes, avait une dimension emblématique. Pendant cinq ans, les campagnes sont mobilisées avec pour objectif d’introduire des méthodes de culture améliorées, surtout au niveau de la préparation du sol (mécanisation). Cette opération devait également apporter l’aide nécessaire à la petite et moyenne paysanneries et insuffler un élan de croissance à la production céréalière afin qu’elle puisse répondre aux besoins de la population.Au début des années 60, la stratégie de développement adoptée était déjà pour l’époque une politique libérale et la fameuse réforme agraire sera remplacée par la réforme agricole (elle deviendra en 1968 la charte agricole et en 1969 le code des investissements agricoles). L’ambition était d’asseoir un secteur moderne et performant. Le modèle choisi va s’appuyer sur la mécanisation des travaux, l’irrigation ou encore le développement des cultures intensives à rendement élevé ou à forte valeur ajoutée à l’export, particulièrement avec les fruits et légumes. Pour cela, en 1965, l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE) est créé et détiendra le monopole jusqu’en 1985. A partir de cette date, une restructuration du secteur des agrumes et primeurs a débuté, impulsée par les groupes de commercialisation et de conditionnement. Les filières se sont organisées pour tenir compte des rendements d’échelle et de taille d’une part et des caractéristiques propres de chacun des marchés visés d’autre part. L’objectif était de poursuivre l’effort de promotion à l’étranger et ce, pour maintenir l’unicité de l’offre Maroc sur des marchés dont les spécificités en matière de distribution impliquent une formule commune de l’offre.Le milieu des années 60 sera aussi un grand tournant pour l’agriculture avec la politique des barrages, initiée par Feu Hassan II avec pour objectif l’irrigation d’un million d’hectares. Il s’agit là de l’une des plus grandes réussites de l’agriculture. Cette ambitieuse politique d’irrigation avait deux objectifs. Le premier était d’assurer la sécurité alimentaire et le second d’intensifier l’agriculture afin de lever la contrainte de la pluviométrie trop irrégulière. De très gros moyens techniques, financiers et organisationnels ont été mobilisés. En 1968-72, les investissements publics destinés à l’agriculture et aux barrages ont dépassé la barre des 40%, pour tomber et se stabiliser à environ 20% à partir des années 80. Il faut le rappeler, le développement de l’irrigation a permis l’émergence de plusieurs activités en amont (industries, services…) et en aval (mise en place d’un important tissu agro-industriel avec les sucreries, les laiteries, les conserveries, les stations de conditionnement…).Autre grande opération lancée, celle des Engrais en 1965-66. Considérée comme le prolongement naturel de l’opération Labour, elle a surtout mis l’accent sur l’intérêt d’utiliser des engrais associés aux semences sélectionnées. Conséquence: un accroissement indéniable des rendements. Selon les chiffres du département de l’Agriculture, le supplément de rendement, variable selon les régions, a été de 4 à 7 quintaux par ha.Les années 70 ont été celles du lancement des grands projets d’infrastructures et de l’aide massive de l’Etat à la production agricole. A partir de 1975, le Maroc opte pour un modèle de projets intégrés de développement de l’agriculture en sec. Les années 80 ont été celles du démarrage de la libéralisation des échanges et celles du programme de l’ajustement structurel, associé à de nombreuses périodes sèches. Les années 90 ont, pour leur part, été marquées par un ralentissement et même l’inachèvement des réformes. Au cours des deux dernières décennies, le Maroc a adopté un régime libéral des échanges et le développement du secteur agricole a été étroitement lié aux politiques globales de développement du pays. Outre le PAS, deux événements majeurs modifieront la nature du secteur agricole. Il s’agit ainsi de la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne ainsi que du Cycle de l’Uruguay, premier cycle de négociations multilatérales à avoir pris en considération l’agriculture.50 ans plus tard, qu’avons-nous? Des résultats très mitigés avec une absence de vision claire de développement. Et c’est justement de stratégie de développement dont souffre ce secteur vital qui constitue un des piliers de l’économie nationale, qui emploie 50% de la population active et qui représente 80% de l’emploi rural. C’est dire son importance. Durant toutes ces années, l’Etat a consacré la moitié des budgets annuels à l’agriculture, destinés à réaliser des projets dans les zones irriguées et préserver la production agricole des aléas climatiques. Les périmètres irrigués ont été considérés comme des pôles de développement économique et social. Mais les résultats enregistrés dans ces zones ne correspondent pas aux efforts qui ont été déployés en matière d’investissement. En bout de course, nous nous retrouvons avec une agriculture à deux vitesses ou à deux visages complètement contradictoires. D’un côté, une impression d’immobilisme et d’archaïsme, à travers la survivance de techniques traditionnelles, une population rurale sous-équipée ne disposant pas des ressources nécessaires pour se moderniser. De l’autre, un développement et un modernisme avec l’émergence d’une nouvelle génération d’agriculteurs. Dans ce secteur moderne, l’agriculture est mécanisée, orientée vers l’agro-industrie et les marchés étrangers.Quant à l’aléa climatique, le Maroc l’a appris à ses dépens, les performances de son agriculture sont étroitement liées à l’humeur météorologique. Une année sur deux est déclarée sèche. C’est comme cela, on n’y peut rien.Alors que faire et quelle nouvelle politique agricole pour sortir une bonne fois pour toutes de cette agaçante léthargie? De plus en plus, des options émergent pour orienter les efforts vers d’autres cultures à plus forte valeur ajoutée. C’est pour cela que la sécheresse est désormais intégrée comme une donnée structurelle dans toute politique de développement, les politiques d’irrigation, de mobilisation des ressources ainsi que dans les mécanismes de financement et de soutien.Gérer autrement son développement agricole, c’est aussi apurer le foncier, développer la mécanisation et les systèmes de recherche performants, encourager l’innovation, améliorer les interventions de l’Etat, revoir la politique de protection, former les agriculteurs, techniciens et organisations professionnelles. Mais aussi tenir compte des spécificités et potentialités des différentes zones agricoles, renforcer la vulgarisation agricole, réviser le code des investissements agricoles. C’est énorme, mais il faut y arriver. Autrement dit, adopter une bonne fois pour toutes une politique audacieuse pour la survie de ce secteur.


Ce qu’il ne faut pas oublier

■ L’agriculture de la fin des années 50 avait à nourrir un peu plus de 6 millions de personnes, soit pas bien plus que le Casablanca et deux autres grandes villes d’aujourd’hui! En 2005, nous ne sommes pas dans la même dimension: il faut nourrir 30 millions de personnes… et le Maroc y arrive fort bien.■ Actuellement, le Maroc dispose d’un patrimoine d’une centaine de barrages permettant de régulariser en année moyenne 13 milliards de m3. Depuis 1960, la production agricole dans les périmètres irrigués a augmenté à un rythme moyen de 7,9% par an. Le potentiel hydraulique est évalué en année moyenne à 20 milliards de m3, dont près de 16 milliards sont mobilisés pour l’irrigation. ■ Les périmètres irrigués, qui ne constituent que 13% de la surface agricole utile (SAU), contribuent globalement à 45% de la valeur ajoutée agricole et à 75% des exportations agricoles.■ Les superficies cultivées sous irrigation procurent actuellement environ 120 millions de journées de travail par an, soit près de 1.650.000 emplois dont 250.000 permanents.■ Notre agriculture est vieille: l’âge moyen des exploitants agricoles est environ 52 ans.■ Les exploitants agricoles de moins de 35 ans sont peu nombreux 12,6%.■ Les analphabètes représentent 81% et exploitent 76% de la SAU. Par contre, seuls 9,6% des exploitants ont un niveau d’instruction qui dépasse le primaire et ne détiennent que 13,4% de la SAU.■ Il existe quelque 70.000 femmes chefs d’exploitation, ce qui est peu sur le total des 1,5 million d’exploitations, mais non négligeable.■ Ce sont les agriculteurs berkanais et les Filali qui, les premiers, ont appris l’irrigation aux agriculteurs des plaines atlantiques.■ Le Maroc avait fait de l’autosuffisance alimentaire un pilier fondamental de la politique agricole: réussi pour les viandes, raté pour les céréales, l’huile ou le sucre. Pour les viandes, les taux de couverture vont de 87% à 100% (le lait), il en va tout autrement pour les huiles, le sucre et les céréales. Pour les céréales, ces taux se sont d’année en année dégradés: 85% entre 1970 et 1974, 74% de 1975 à 79, 62% en 1980-98.■ Les produits agricoles destinés à l’export nécessitent entre 200 et 1.000 journées de travail par an, alors que les produits de substitution aux importations ne nécessitent qu’entre 35 et 145 journées de travail. -----------------------------------Données tirées du Recensement général de l’agriculture et du Colloque national de l’agriculture «pour une stratégie de développement à long terme de l’agriculture marocaine», juillet 2000.Meriem OUDGHIRI-------------------------------------------------------------------------------------(1) Bilan du Gouvernement Jettou dans son rapport: «Les grands chantiers du Maroc», mai 2005.

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