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    Economie

    Cherche stratégie désespérément

    Par L'Economiste | Edition N°:295 Le 11/09/1997 | Partager

    Les parts de marché du Maroc sur l'UE et les destinations traditionnelles sont dérisoires. L'approche des échéances ne donne plus le choix. Une seule option: investir les créneaux d'avenir et coller aux concurrents les plus agressifs.


    Si l'Union Européenne est son partenaire privilégié, le Maroc
    est loin d'en tirer pleinement partie.
    Près des deux tiers des exportations marocaines sont réalisées sur cette zone géo-graphique. En fait, elles restent concentrées sur un noyau de marchés européens et notamment la France, l'Espagne et l'Italie. Même sur ces trois débouchés traditionnels, les parts demeurent dérisoires. Ainsi, la part de marché des exportations détenue par le Maroc en 1995 sur l'ensemble de l'UE atteint 0,27%, à l'instar de la Tunisie. Il est devancé par des pays non communautaires comme la Turquie, Israël, la Pologne ou la Thaïlande qui, eux, réalisent respectivement 0,87%; 0,62%; 0,97% et 0,55%.
    Bien plus, le taux de pénétration des produits marocains sur la France ne dépasse guère 0,91% contre 0,49% sur l'Espagne, 0,15% sur la Grande-Bretagne et 0,13% sur l'Allemagne.
    "Ces chiffres traduisent la faiblesse des parts de marché du Maroc et révèlent le potentiel qui existe encore sur ces destinations", indique M. Sijilmassi.

    Diversification timide

    Autre contreperformance: la faiblesse du taux moyen de croissance des exportations sur l'UE. Ainsi, entre 1988 et 1995, le Maroc aura affiché un taux moyen de 9% face aux 30% de la Pologne, 29% de la Malaisie et 21% de la Hongrie. Autrement dit, les opérateurs n'arrivent pas encore à accroître leurs parts de marché au même rythme que les concurrents directs. Pour les experts, le Maroc ne peut plus se satisfaire d'une augmentation des exportations en chiffres absolus, mais raisonner en termes d'accroissement de marché. "C'est là où tout se joue".
    Pour M. Sijilmassi, il faut prôner une approche pragmatique du commerce extérieur.
    "L'UE est encore un marché porteur pour nos exportations d'agrumes et de primeurs, mais nous n'y réaliserons pas une augmentation des parts de marché dans les années à venir", reconnaissent les exportateurs. Les raisons avancées concernent notamment les nouvelles réglementations communautaires ainsi que la nature des produits marocains fortement concurrencés (agro-alimentaire et textile).

    Selon les experts, la stratégie d'exportation sur l'UE doit être une stratégie de consolidation, renforcée essentiellement par le rapport qualité/prix. Clé de voûte des exportations, la qualité est devenue aujourd'hui non plus une option, mais une exigence.
    D'ailleurs, l'amélioration de la qualité des produits destinés à l'UE facilitera également la pénétration de nouveaux marchés. Il en est ainsi pour les conserves de légumes sur le marché américain, devenu aujourd'hui le deuxième client du Maroc. Toujours sur ce marché, les premières expéditions de tomates devront démarrer durant cette campagne.
    Ainsi, la stratégie de diversifi-cation fait des avancées concrètes. Pour exemple, la récente création de la société mixte marocco-émiratie de commercia-lisation d'agrumes. L'objectif est de constituer une plate-forme au niveau des Emirats permettant d'appro-visionner régulièrement les pays du Golfe mais aussi l'approche des marchés nouveaux d'Asie(1).
    Sur le plan interne, cet effort de diversification se traduit par l'émergence d'un pôle d'activité porteur. Il s'agit ainsi des industries mécaniques, métallurgiques et électriques (IMME) qui viennent s'ajouter aux trois pôles traditionnels, l'agro-alimentaire, le textile-habillement et les produits chimiques.
    "Le développement des IMME est absolument nécessaire pour une croissance durable des exportations et de l'économie en générale", estime M. Sijilmassi. Selon lui, cet axe stratégique, qui représente 4,4% des exportations totales, a été engagé depuis quelques années par le biais de la sous-traitance. A présent, la production locale tente de prendre la relève. Entre 1983 et 1995, les exportations des IMME ont bénéficié d'un taux de croissance moyen de 48%, générant une recette de 1,76 milliard de DH.

    Dans son sillage, elle engendrera un triple avantage. D'une part, il s'agit d'un secteur de production à forte valeur ajoutée doté d'un niveau technologique élevé. Il favoriserait de plus la qualification de la main-d'oeuvre et l'intégration des différentes branches de l'industrie.
    D'autre part, le développement de ce pôle atténue la dépendance à l'égard des cours internationaux et des régimes réglementaires, contrairement aux matières premières et produits agricoles.
    Au total, les IMME favorisent la stabilité et l'intégration du tissu industriel. S'agissant de produits à forte valeur ajoutée, ils constituent en outre "un créneau d'avenir".
    Il est cependant indiqué que l'expansion de ce pôle requiert des flux d'investissements étrangers réguliers. Là aussi la dynamique est en marche. Deux grosses pointures ont ouvert le bal: Thomson et Daewoo.
    A l'instar des expériences de pays concurrents, une nouvelle option se dessine donc. Elle s'appuie sur le lien direct entre le développement à la fois des exportations, de l'industrie nationale et de l'investissement direct étranger.

    (1) Cf L'Economiste du 17 avril 1997.


    La Malaisie, un exemple à méditer

    Dix-huitième puissance commerciale du monde, la Malaisie est aujourd'hui citée en référence par les experts marocains.
    En 1980, quatre produits tirés des ressources naturelles du pays, à savoir, le pétrole, l'huile de palme, le caoutchouc et le bois, constituaient la moitié de ses exportations.
    En 1995, les IMME bousculent les données et sont à l'origine de 52% des ventes malaisiennes à l'étranger. En revanche, le pétrole ne génère plus que 5,3% des recettes en devises, contre 5,5% pour l'huile de palme et 3,2% pour le bois.
    Autre fait marquant: l'industrie textile & habillement draine à peine 3,5% des recettes d'exportation, soit quelques 2,6 millions de Dollars.
    Parallèlement à la mutation opérée au niveau de la structure des exportations, la Malaisie a, entre 1992 et 1996, doublé ses ventes à l'étranger à plus de 78 milliards de Dollars, selon les données de l'Economist Intelligence Unit (EIU). Pour sa part, le déficit de la balance commerciale aura été considérablement réduit sur la période, passant de 2,3 milliards de Dollars en 1991 à 246 millions de Dollars en 1996. Par ailleurs, le PIB a bénéficié du même taux de croissance que les exportations. Autrement dit, le pays a doublé son produit intérieur brut en l'espace de cinq ans. "Ainsi donc, le doublement des exportations et du PIB, d'une part, et la montée en puissance des IMME dans les exportations, d"autre part, ne sont que les facettes d'une seule et même réalité", conclut M. Sijilmassi.

    Mouna KABLY
    & Meriem OUDGHIRI.

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