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Boucle électrique: Les enjeux d’un marché régional

Par L'Economiste | Edition N°:3433 Le 28/12/2010 | Partager

. Un grand projet qui a pour échéance 2015. Une liaison de 8.000 km de long. Moins de 15% des capacités utilisées actuellementSelon le dernier rapport de l’Institut de prospective économique méditerranéen (IPEMED), l’énergie est incontestablement le domaine dans lequel l’interdépendance des pays de la zone euroméditerranéenne est la plus profonde et la plus stratégique. Depuis près de deux décennies, les compagnies électriques du Bassin méditerranéen mettent en oeuvre un gigantesque projet. Relier tous les réseaux électriques de l’ensemble des pays autour de la Méditerranée. Depuis le Maroc jusqu’à l’Espagne, en traversant sur des milliers de kilomètres le Maghreb, le Mashreq et la Turquie au Sud et à l’Est, la Grèce, l’Italie et la France au Nord. L’objectif de cette construction inédite est la mise en place de marchés euroméditerranéens de l’électricité et du gaz. Pour Ipemed, les capacités d’interconnexion des réseaux du Maghreb paraissent suffisantes pour l’amorce d’un marché régional de l’électricité. Cependant, malgré l’extension des liaisons transfrontalières, le rapport relève que le niveau des échanges reste faible par rapport aux capacités offertes par les interconnexions (moins de 15% des capacités). Le potentiel de développement des échanges sur le marché maghrébin demeure donc important.. Une liaison de 8.000 kilomètres de longUne fois achevée, la boucle méditerranéenne reliera Gibraltar à Istanbul en passant, soit par l’Europe, soit par l’Afrique du Nord, le Proche-Orient et la Turquie, ce qui représente une liaison de 8.000 kilomètres de long. Cette boucle permettra d’accroître les possibilités de secours entre pays voisins et d’optimiser les différents plans de production. Dans un contexte de libéralisation du transport d’électricité, cela devrait contribuer à l’augmentation des échanges commerciaux entre systèmes électriques contigus.En réalité, le problème est complexe et les conditions de fonctionnement des différents sous-ensembles sont aussi importantes que leurs existences physiques. Il ne suffit pas de raccorder bout à bout des réseaux pour avoir une véritable interconnexion avec un fonctionnement stable, efficace et solidaire. Aussi, la réalisation de ce projet se heurte à des difficultés, tant organisationnelles que techniques. Sur le plan juridique, les systèmes électriques devront s’adapter à la libéralisation du marché de l’énergie et à la séparation des activités de production, de transport et de distribution de l’électricité. Sur le plan technique, la structure et la capacité des réseaux qui entourent la Méditerranée au sud et à l’est sont très différentes du maillage serré des réseaux européens. L’expérience européenne a montré, par ailleurs, que la mise en place d’un marché unique ne peut se faire sans un réseau de transport suffisamment développé.Sur le plan économique, le pari est jouable. Il passe par la mise en place d’un marché ouvert sur l’ensemble de la région par étapes également. Cela nécessite avant tout l’implication forte des pouvoirs publics et une volonté politique de jouer la solidarité et la coopération. Elle doit s’accompagner d’un partenariat industriel comprenant un transfert de technologies dans les études, l’ingénierie, la fabrication des équipements et l’exploitation des installations.. Les avantages des interconnexionsL’électricité ne se stocke pas, elle doit être produite en temps réel. Elle est ensuite transportée et distribuée dans un réseau. Le regroupement d’un grand nombre de consommateurs permet de rendre leur comportement statistiquement prévisible sous la forme d’une courbe de charge. Par ailleurs, la mise en parallèle de plusieurs unités de production peut éviter de possibles défaillances en augmentant les réserves et en mutualisant les risques. Ainsi, le réseau d’interconnexion peut former un système intégré de production-transport-consommation et surmonter l’obstacle du stockage lié à l’électricité. Au Maghreb, par exemple, les compagnies profitent du décalage entre les courbes de charge, le dimanche étant ouvrable en Algérie, donc à forte charge, alors que l’activité est ralentie en Tunisie et au Maroc. L’interconnexion apporte donc à la fois un avantage technique sur la sécurité d’alimentation et économique sur les coûts de production.. MedRingDans ce contexte, le projet MedRing apparaît fondamental. Il s’agit de relier les réseaux électriques de l’Espagne jusqu’à la Turquie, en passant par le Maroc, l’Afrique du Nord et les autres pays arabes. À partir de la Turquie, le réseau se ferme en boucle sur le réseau européen, via la Grèce ou la Bulgarie. Entre l’Espagne et le Maroc, deux câbles de 700 mégawatt chacun, en courant alternatif, sont en service et il est question d’accroître leurs capacités de transport. Parmi les solutions qui pourraient être retenues, la conversion du courant alternatif en courant continu pour les liens existants entre le Maroc et l’Espagne. Le programme prévoit d’étendre les liaisons Maghreb-Europe en incluant des projets de liaisons Algérie-Espagne, Algérie-Italie, Tunisie-Italie et Libye- Italie, toutes en 400 kilovolts (kV). Les études de faisabilité ont été faites et la réalisation serait à un stade plus ou moins avancé selon Ipemed. Les pays du Maghreb ont aussi renforcé les interconnexions électriques entre eux, surtout en 400 kV, augmentant ainsi la capacité d’échanges. Il existe actuellement trois lignes entre le Maroc et l’Algérie, deux en 220 kV et deux en 400 kV. L’Algérie et la Tunisie sont connectées par quatre lignes à 90 kV et à 220 kV ainsi qu’une ligne 400 kV. La dorsale en 400 kV qui traverse le Maroc, l’Algérie et la Tunisie fonctionne actuellement en 220 kV et son passage en 400 kV est prévu d’ici à 2011. L’interconnexion Libye-Tunisie a été achevée en 2003 avec deux lignes en 225 kV.. La libéralisation du marché maghrébin, un long processusDepuis le milieu de la décennie 1990, les trois pays du Maghreb ont engagé un processus de réformes, selon une démarche déterminée et spécifique à chacun d’eux. Malgré quelques initiatives privées, cette réflexion s’est faite sans débat national ni concertation véritable à l’échelle régionale. Autre caractéristique, l’État reste omniprésent et demeure le plus gros investisseur. À l’exception du Maroc où la part du privé dans la production atteint 70%. Les capitaux privés n’affluent pas et se concentrent essentiellement dans la production.Pour Ipemed, plusieurs préalables sont nécessaires à la mise en place d’un marché maghrébin. Parmi ceux-ci, une harmonisation du cadre institutionnel et réglementaire; l’adoption d’une tarification basée sur les coûts, et un taux minimum d’indépendance car l’électricité est un produit sans substitut et à demande inélastique.Dans un premier stade, l’embryon de marché maghrébin de l’électricité s’est développé sur la base de contrats commerciaux d’échange entre opérateurs historiques. Le marché euro-maghrébin de l’électricité pourrait démarrer avec l’interconnexion Espagne-Maroc. Il consisterait, d’abord, dans les échanges du Maroc et de l’Algérie avec le marché ibérique aux conditions de ce dernier. Dans un second temps, il pourrait être élargi aux interconnexions actuellement en projet entre Algérie, Espagne et Italie d’une part et Tunisie d’autre part.Déjà à court terme, des mesures peuvent être prises pour lancer le marché en développant les échanges transfrontaliers de type commercial. Des tarifs de transit pour les échanges pourraient être mis en place. À plus long terme, certaines mesures permettraient de renforcer les interconnexions maghrébines. Par exemple, le doublement des lignes existantes, et le passage effectif au 400 kV. Toutefois, pour garantir un transfert adéquat de puissance et la sécurité, les gestionnaires des réseaux maghrébins doivent adopter entre eux des règles de fonctionnement et de coordination rigoureuses.Un marché euro-maghrébin nécessite, en premier lieu, de renforcer des liaisons électriques entre l’Europe et le Maghreb. Cette liaison existe déjà entre le Maroc et l’Espagne. La question est de savoir jusqu’à quel niveau il faut porter sa capacité et quelles sont les conditions techniques et économiques pour développer des projets similaires dans les autres pays. Pour Ipemed, la multitude de projets d’interconnexion entre les pays du Maghreb et les pays européens nécessite la réalisation d’une étude stratégique. Avec, à la clé, la définition d’un ordre de priorité pour chacun de ces projets.Les systèmes électriques des différents pays sont très interdépendants et ils constituent un vaste système électrique ignorant les frontières. Le moindre incident dans un système donné a un impact sur chacun d’eux. Une panoplie de mesures pour le gérer de manière sécurisante doit être mise en place. Ces mesures couvrent plusieurs aspects. Critères stricts de planification des systèmes, plans de défense, planification et coordination de l’exploitation, suivi et contrôle à distance des systèmes, données en temps réel en particulier sur les systèmes voisins, coordination au niveau régional et national…. Les énergies renouvelables, un coup de fouet pour MedRing Le projet de boucle électrique méditerranéenne a été conçu au début des années 1990. A une période où la production électrique dans les pays méditerranéens provient surtout des sources fossiles. La place faite récemment aux énergies renouvelables ne peut donc que donner un coup de fouet supplémentaire à MedRing.D’importants projets ont été lancés depuis ces dernières années. Les objectifs de ces projets sont les mêmes. Promouvoir l’exploitation du potentiel d’énergie solaire et éolienne existant en Afrique du Nord, voire en Afrique et dans la zone Mena. Et prévoir l’exportation vers l’Europe d’une partie de l’électricité produite; ce qui conforte l’intérêt de la boucle méditerranéenne. Le Plan solaire méditerranéen (PSM) est l’une des initiatives prioritaires de l’Union pour la Méditerranée. Il s’agit de produire 20 gigawatts (gW) de capacités d’électricité renouvelable à l’horizon 2020 dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée. Avec des investissements estimés pour la première phase à 44 milliards d’euros. Desertec est une initiative privée. Elle est inspirée par les universités allemandes, regroupant des compagnies des deux rives telles que Siemens, First Solar, Cevital, et d’autres sociétés du Maghreb. Selon le même principe, il s’agit de construire une cinquantaine de grandes centrales thermiques solaires dans la région Mena. Le montant des investissements est colossal. Il est estimé à 400 milliards d’euros pour satisfaire 15 à 17% de la demande européenne en électricité à l’horizon 2050.L’initiative Transgreen anticipe le volet transport des deux grands projets de production d’électricité renouvelable au sud de la Méditerranée et en Afrique initiés actuellement. Ces projets (PSM, Desertec, Transgreen) ne peuvent donc avancer que dans le cadre d’un ensemble global et cohérent et non comme des projets concurrents. J. H.

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