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Economie

Blé: Gros problèmes à la vente

Par L'Economiste | Edition N°:1833 Le 16/08/2004 | Partager

. Une part importante de la récolte est «germée». Les pluies tardives responsables… mais aussi le manque de moyens des agriculteurs . Risque de mélange des qualités C'est la première fois au Maroc que le phénomène est d'une telle envergure. Une bonne part de la récolte de blé tendre est touchée par la germination, c'est-à-dire que les grains ont commencé à germer. Des antécédents ont eu lieu en 1985 et 1994, mais ils étaient loin d'être de la même ampleur. Car, selon les professionnels, presque 30% du blé de la région du Gharb est touché. Alors qu'en 1994, ce taux ne dépassait guère les 5%. Pour illustration, l'Uncam, organisme national de collecte des céréales, a réalisé cette année dans la région du Gharb, «18.000 quintaux de blé tendre alors que l'année dernière, ce chiffre avoisinait les 378.000 quintaux», annonce un proche de l'Office régional de mise en valeur agricole du Gharb (Ormvag). Aucune commune mesure en effet. Plus compliqué: les chiffres du ministère ne concordent pas; le ministère dit que cette année, les chiffres sont bons, voire meilleurs que ceux de l'année dernière. Qui intoxique qui?. Un goût de vieux painCe sont les pluies tardives, en avril et mai, qui ont déclenché la chimie de la germination dans les graines: une petite plantule apparaît, accompagnée d'un ensemble de transformation de l'albumen, partie qui constitue le corps de la graine. Ces deux phénomènes qui sont irréversibles, changent la qualité du blé. Il ne peut plus servir à faire de la farine boulangère… enfin en principe... Ainsi endommagée, la farine retient moins d'eau au mélange et la pâte donne une mauvaise cuisson. De plus, le boulanger ou la ménagère doivent employer plus de farine pour faire la même quantité de pains. Ce qui fait que la mauvaise farine… se vend bon marché mais coûte cher… Par ailleurs, la pâte devient collante et difficile à manier dans une boulangerie industrielle. Le pain a une odeur et un goût dits de «vieux pain». Le blé germé est donc boudé par les minoteries et par voie de conséquence, l'agriculteur le cède aux intermédiaires et provendiers à des prix modiques qui sont actuellement de 150 à 160 DH le quintal. Et encore faut-il trouver preneur! A noter que le prix du blé normal est fixé par l'Etat à 250 DH le quintal. Le blé germé se vend, quand il se vend, à 100 DH au-dessous du prix normal. En réalité, il ne concerne que 12,6 millions de quintaux, sur une récolte de plus de 80 millions de quintaux. «La situation est d'autant plus préoccupante pour les agriculteurs que les minoteries tournent en période de bonne récolte à moins de 25%», explique un minotier, qui est aussi un grand agriculteur. En effet, durant les périodes de bonne production, les ménages préfèrent s'approvisionner eux-mêmes (cf. encadré). .L'amine prudentLe ministère de l'Agriculture se veut moins alarmiste que les professionnels. Il ne veut pas donner de l'importance à l'information pourtant sollicitée par les agriculteurs. Contactés par L'Economiste, les responsables du ministère n'ont donné aucune explication à ce sujet, arguant d'être occupés par les préparatifs de la campagne 2004-2005. Cependant ailleurs, le phénomène fait beaucoup parler de lui. Agriculteurs et commerçants sont unanimes: jamais la campagne n'a reçu pareil revers. «Cela fait plus de quarante ans que je suis dans le métier et c'est la première fois que j'assiste à un tel massacre», s'écrie un marchand au grand souk de blé de Casablanca. L'amine du souk quant à lui est catégorique: «vous ne trouverez pas un seul grain de ce blé au souk». D'après lui, les quantités qui arrivent sont arrêtées à la porte. «Il est primordial de préserver la réputation du souk chez les clients», explique-t-il. Les propos de ce responsable renvoient au sujet presque tabou de la qualité du blé produit localement. Sujet délicat dans la mesure où un million d'agriculteurs sont concernés. Il prend une tournure sociale et politique, dès qu'il s'agit d'ouverture. Et ce, bien qu'au niveau du consommateur, le prix du pain reste cher. Les pouvoirs publics effectuent dans ce sens un vrai travail d'équilibriste pour maintenir la filière en vie. Car les minotiers sont là pour exiger à chaque fois la tombée des protections douanières. En juin dernier, l'Etat a surtaxé l'import pour les amener à s'approvisionner localement. Pas évident quand la baisse actuelle des cours internationaux de blé tendre, séduit les minotiers. Notons qu'en période de mauvaise campagne, «les quantités de blé tendre importé peuvent être considérables», souligne un responsable de l'Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL), sans donner de chiffres exacts. Quant aux provendiers et collecteurs, ils se retrouvent avec des quantités de blé germé difficile à écouler. Selon certains professionnels, la plupart mélangent les quantités touchées avec d'autres de qualité meilleure et les vendent aux minoteries. Pratique tolérée et adoptée par les minotiers. Pourtant, ces derniers ne sont pas à l'abri de désagréments liés à un mélange pas bien dosé. «Nous avons été contraint de subir des retours de marchandise de la part de boulangeries qui n'apprécient pas une farine de moindre qualité», se plaint un minotier. Le phénomène de germination ne concerne pas que le Gharb. Dans les régions du nord, notamment Tanger et Tétouan, les agriculteurs ont été confrontés aux mêmes problèmes. Et le phénomène ayant pris une envergure nationale, plusieurs questions ont été posées à ce sujet au Parlement. Mais jusqu'à aujourd'hui, les pouvoirs publics communiquent peu ou prou sur la situation. Difficile donc à la lumière des éléments disponibles de connaître la vraie portée du phénomène tant que les autorités de tutelle considèrent la situation pas aussi alarmante que les agriculteurs, minotiers et responsables des organismes régionaux le croient.


Les consommateurs devinent l'arnaque

Compte tenu de l'état du marché, le sport est maintenant de «refiler» aux organismes publics les blés germés, au prix garanti. Il s'agit de le vendre à 250 DH le quintal alors que sur le marché, il a du mal à passer à 150-160 DH. Cela est déjà arrivé, car les relations personnelles ou politiques entre les coopératives de collecte et les producteurs sont fréquentes.Le phénomène a peut-être commencé à se produire. En effet, dans la profession, un nouveau discours est apparu ces dernières semaines. Il dit qu'il faudrait prudemment et sans en parler aux consommateurs mettre un peu de mauvais blé dans le bon pour le vendre aux minotiers. Il existe des minotiers qui acceptent, voire devancent le système: ils achètent deux sortes de blé, du bon et cher, et le mauvais bon marché, qu'ils mélangent jusqu'à la limite du possible. Seul le système des marques commerciales des minoteries freine cette «arnaque»: le consommateur reconnaît les marques dont il a été satisfaits.Un signe qui ne trompe pas les observateurs: les minoteries tournent au ralenti en ce moment, ce qui veut dire que les consommateurs, devinant ce qui se passe dans leur dos, vont directement aux souks de céréales, choisissent, au détail, leur blé et le font moudre.


La pluie, bouc émissaire?

La région du Gharb a réalisé durant cette campagne un record. Environ 7,6 millions de quintaux ont été récoltés à ce jour, contre seulement 5,8 millions de quintaux l'année dernière. Selon une source à l'Office régional de mise à niveau agricole du Gharb (ORMVAG), «abstraction faite des pluies tardives, certains agriculteurs n'ont pas pris la peine de traiter leur blé contre les mauvaises herbes». En effet, la moissonneuse n'a aucun moyen de récolter le blé si les mauvaises herbes n'ont pas été éliminées. En attendant que les herbes soient éliminées, le blé déjà mûri a donc germé, ce qui a été favorisé par les pluies tardives. Et pour cause, «un grand nombre d'agriculteurs n'ont pas encore l'habitude de traiter leur blé durant sa maturation. Ils ne prennent pas en compte un risque qui reste rare mais envisageable».


Quantité

Selon un communiqué du ministère de l'Agriculture, les quantités de céréales commercialisées au 7 août 2004, se sont élevées à 13,6 millions de quintaux. Elles sont constituées à hauteur de 99% de blé tendre, ajoute le communiqué. Les estimations du ministère parlent d'une hausse de 12% par rapport à l'année précédente. La protection douanière aura aussi joué le rôle de stimulant de la demande locale. Pourtant, certains agriculteurs, conscients des enjeux futurs de l'ouverture des frontières économiques, préconisent des interventions en aval. Notamment en matière d'amélioration de la qualité du blé tendre.


Taux de germination

La qualité du blé est définie par le ministère de l'Agriculture en respect d'un certain nombre de critères. Ainsi, un blé de qualité doit avoir moins de 5% de déchets, 3% de germés et 3% d'orge. Le poids spécifique (PS) doit être supérieur ou égal à 75%. Au Gharb, le taux de germination a atteint les 20% au lieu des 3% prévus par la norme. Les agriculteurs disent qu'ils ne peuvent pas tenir ces normes, vu leurs moyens. Car en plus du phénomène de germination, les pluies tardives sont responsables de taux plus élevés de mauvaises herbes et de déchets. Par ailleurs, comme le souligne ce grand agriculteur, «le ministère lésine sur l'encadrement des agriculteurs. Au lieu de protéger l'agriculteur en investissant des moyens exorbitants, il vaut mieux dépenser cet argent en l'assistant et en le formant pour qu'il puisse devenir plus compétitif. Mostafa BENTAK

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