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Bilan de la politique des prix : Le désencadrement des prix n'a pas abouti à des dérapages

Par L'Economiste | Edition N°:62 Le 14/01/1993 | Partager

Le prix est la donnée économique première. Le citoyen-consommateur le relève, réagit, en tant qu' élément anonyme d'une demande. Du côté de l'offre des entreprises, les prix sont la mesure du marché. Variables économiques essentielles, les prix au Maroc font l'objet de leur première histoire concrète. La période retenue est récente, cruciale, puisqu'elle correspond à un tournant celui du désencadrement, avec tous ses risques de dérapages économiques et sociaux. La libéralisation n'a pas induit des surcroîts de hausse, contrairement à l'analyse du Centre Marocain de Conjoncture qui retient une "inflation d'ajustement".

Aucun dérapage des prix n 'a été observé malgré la volonté de rattrapage ou de remise à niveaux par les entreprises. Celles-ci n'ont pas pu faire plus que répercuter, parfois en partie seulement, les variations des prix internationaux et du taux de change du Dirham". Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus les auteurs du rapport "Prix et concurrence au Maroc".

Faiblesses structurelles aggravées

Cet ouvrage, consigné par MM. Nasr Hajji, Larabi Jaldi et Mekki Zouaqui, est le résultat d'une collaboration entre l'Université et les organismes publics représentés plus particulièrement par la Direction des Prix. Le but: étudier l'impact de la libéralisation des prix dans le domaine de la concurrence, du comportement des entreprises devant cette nouvelle donne et de leur compétitivité face au marché extérieur.

La politique de libéralisation des prix constitue une pièce importante dans le dispositif de modernisation économique initiée au cours de la décennie écoulée afin de rétablir les grands équilibres économiques. Des facteurs défavorables, comme la détérioration des marchés des phosphates ou la persistance de la sécheresse ont aggravé les faiblesses structurelles qui caractérisent le début des années quatre-vingts.

En adoptant un vaste programme de réformes, le pays visait à restaurer ces équilibres internes et externes et à jeter les bases d'une croissance saine. Cette stratégie d'ajustement a visé à réaliser une meilleure gestion des ressources du secteur public, à promouvoir les exportations et à relâcher le contrôle direct de l'administration dans l'économie. C'est dans cette perspective que la politique des prix en vigueur à l'époque a été remise en question. L ' objectif: redonner aux prix leur rôle d'indicateurs réels du marché, favoriser le jeu plein et entier de la concurrence et contribuer par là à introduire des réformes de gestion et d'organisation chez l'entrepreneur marocain.

Cette politique a été menée de façon prudente, progressive et sélective. Certains produits réglementés avaient déjà vu leurs prix libérés en 1981, mais c'est à partir de 1982 que ce mouvement s'est accéléré jus qu'en 1986 avec des rythmes différents. La période 1982-86 constitue le moment important de la libéralisation des prix. Aucun changement significatif n'est intervenu depuis lors. L ' Administration a prévu quatre modalités de libéralisation: la procédure d'auto-révision, la libéralisation totale, le coefficient multiplicateur et les accords de modération.

Le poids des prix contrôlés

Sur les 210 articles qui permettent de calculer l'indice du coût de la vie (ICV), 145 étaient libres en 1981. En 1986 ce chiffre est passé à 179. La proportion des articles libérés a ainsi atteint 86% du total, ce qui correspond à un niveau de pondération de 67%, indicatif du poids qui leur est consacré dans la dépense des ménages. En 1981, ce niveau de pondération n'était que de 51% pour 69% de produits libérés.

Si l'on considère l'importance relative des articles libérés ou réglementés en fonction des groupes de produits, on aboutit aux résultat suivants :

- dans l' Alimentation, sur 82 articles, 75 sont libérés, soit donc 92%, . Les articles encore réglementés ont un caractère social prononcé et de meurent subventionnés (blé, pain, farine, beurre d'importation, sucres en pain ou en poudre...),

- dans l'Habillement, tous les produits, ainsi que les frais de confection, sont sous un régime de liberté totale des prix,

- dans l'Habitat, 40 des 45 articles (89%) ne sont plus réglementés. Seuls le demeurent l'eau, l'électricité, les produits pétroliers (alcool à brûler, pétrole, butane).

- dans le groupe Entretien, Hygiène, Soins,(EHS) 16 des 19 articles

sont libres. Les trois restants (consultation, analyse et médicaments) relèvent des soins médicaux,

- enfin, 15 articles des biens et services sur 29 du groupe Transports, Loisirs et Divers (TLD) sont libres.

Mais le potentiel des articles "libérables" est faible car ils relèvent du monopole de la puissance publique (frais d'inscription à l'école, timbres, tabac, téléphone, etc...).

Même les prix de gros

En ce qui concerne l'indice des prix de gros (IPG) qui comprend 231 articles. 199 sont aujourd'hui libérés, soit 45 de plus qu'en 1 981. La proportion est de 86% contre 67% au par avant, correspondant en valeur pondérée à 63% au lieu de 47%. Le progrès est significatif. il correspond grosso modo à celui enregistré pour l'ICV.

- Dans l'Agriculture, 66 des 77 produits constituant cette rubrique sont libérés. Il s'agit de la sylviculture, de l'arboriculture, de la viticulture et des produits de la pêche. Les autres sont les blés (dur et tendre) orge, maïs, les cultures industrielles et oléagineuses et le lait frais.

- Dans la rubrique Energie, par contre, les neuf produits (pétrole ou électricité) sont encore réglementés.

- A l'inverse, les Industries Textiles et Cuir (ITC) sont dans un régime de liberté totale.

- Dans les industries alimentaires 29 des 37 produits (78%) sont libérés, ceux qui restent concernent une large consommation (sucre, farine, beurre, huile, etc...).

Dans les industries métallurgiques 37 des 39 produits bénéficient d'une liberté des prix. Seuls produits réglementés, le fil de fer et la tôle.

De même, dans le secteur chimie et parachimie (ICP), deux produits seulement sont réglementés sur 59.

Aussi bien pour l'ICV que pour I ' IPG, les articles libérés touchent une très large part de l'économie nationale. Les produits encore réglementés sont considérés comme "stratégiques" ou bien socialement sensibles, et obéissant à des impératifs autres que ceux du profit et de la concurrence. Mais, même dans ce cas, des modifications ont été apportées tenant compte de l'évolution des coûts.

L'analyse du comportement des prix libérés indique que, globalement, il n'y a pas eu de hausses inconsidérées depuis 1982. Les auteurs de l'ouvrage "Prix et concurrence au Maroc" comparent les deux phases de réglementation et de libération pour une douzaine d'articles, et aboutis sent aux résultats suivants: huit produits ont vu le rythme de leurs prix nominaux se décélérer. Ainsi, dans la phase de réglementation, en huit ans de 1974 à 1982, le taux annuel moyen de variation (TAMV) des Dérivés Laitiers a été de +7,4%. De 1982 à 1990, ce TAMV ne sera que de +5,8%. Même phénomène pour le papier et carton: +13,8 (en période de réglementation ) et +9,6 (en période de libéralisation). La croissance a ainsi été ralentie pour les allumettes (+9,9% dans la première phase, contre +6,9 dans la deuxième) les véhicules(+ 15,3 contre +12,2), les emballages (+10,2 et +7,3), les pneumatiques (+13,8 et +4,7). le riz (+9,7 et +6,9), et le fer à béton (+14.6 et 0,0). Seuls les prix nominaux des pâtes alimentaires (+ 1,4 dans la phase de réglementation contre +4,1 dans la phase de libéralisation), des peintures (+7,8 et +9,7), du cinéma (+6,3 et +7,4) et des hôtels (+11,2 et +13,0), ont connu une augmentation.

Par rapport au prix réel sur le pouvoir d'achat, un salarié payé au SMIG devra travailler plus pour acquérir riz, allumettes, papier et carton ou services hôteliers, mais il travaillera moins pour obtenir des dérivés lai tiers, pâtes alimentaires, du fer à béton ou bien pour s'offrir une séance au cinéma.

Inflation importée

Dans cette deuxième phase, qui correspond à la libéralisation des prix, c'est principalement le coût des matières premières qui a constitué le facteur d'augmentation pour la plu part des produits, l'inflation importée (véhicule +56%, pneumatiques +66%) et les changements de la parité du Dirham ont contribué largement aux hausses.

Enfin, observation importante, sur la période 1981-1990, le taux annuel moyen de variation de la consommation des ménages a certes connu une progression de 3,5%, mais par l'évolution de la demande, et son impact sur les prix, montre que la situation n 'était guère favorable à une augmentation des prix. L'évolution de la de mande durant cette période n'a guère incité les producteurs à des réajustements fréquents et élevés de leurs prix. La hausse globalement modérée des prix des produits libérés s'explique en partie par la stagnation, voire le recul de la demande de certains produits depuis le début de la décennie écoulée. Dans un contexte de demande plus forte, aurait-on en registré une telle modération?

Ainsi, la demande en pâtes alimentaires qui était de 5% par an de 1974 à 1981 est tombée à -4,4% entre 1981 et 1990. Même chose pour les dérivés laitiers (+22% contre 1,2%) ou le secteur peinture (+11 ,3% contre +3,5%). Même si des exceptions existent : riz (+4,5 dans la phase réglementation contre +6,1 dans la phase libéralisation) ou bien fer à béton -6,2 contre +14,6%).

Kenza LOUDIYI

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