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Beyrouth, les raisons cachées d’un sommet singulier
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3333 Le 04/08/2010 | Partager

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite s’est rendu jeudi 29 juillet à Damas pour y rencontrer le président Bashar el Assad. Le lendemain, les deux chefs d’Etat embarquaient à bord de l’avion du souverain pour arriver ensemble à Beyrouth. Ils s’y sont entretenus avec leur homologue libanais, Michel Sleimane, et avec les représentants des principaux partis du pays. Ces deux personnages n’ont pas pour habitude de se déplacer ainsi. Le roi voyage seul et rarement. Qu’il aille au Levant est exceptionnel. Il est venu en Syrie une fois depuis son accession au trône il y a cinq ans. Sa dernière visite dans la capitale libanaise a eu lieu en 2002. Quant au président syrien, il n’était pas venu à Beyrouth depuis neuf ans. Il fallait donc des raisons importantes, comme une extrême nécessité ou des risques d’affrontements armés, pour que les deux hommes prennent la peine de se rencontrer ainsi. La presse internationale -New York Times, Le Monde, Guardian- mais aussi libanaise -L’Orient-Le Jour- ont rendu compte avec un bel ensemble du but affiché du voyage: calmer les tensions, empêcher qu’elles ne dégénèrent, éviter un retour des combats au Liban.Cela est vrai mais n’est pas l’essentiel. L’arbre de la stabilité libanaise ne doit pas cacher la forêt géostratégique. Le roi Abdallah voit plus loin. Sa diplomatie est motivée par l’opposition cinq fois millénaire entre Perses et Arabes. Comparé à cet historique conflit, le rôle au Liban du Hezbollah, véritable Etat dans l’Etat, doté d’une milice plus forte que l’armée libanaise, n’est qu’un épiphénomène!

Un attentat par procuration
Certes l’ambiance au Liban n’est pas bonne. On prête au tribunal spécial de l’ONU, chargé de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, l’intention de prononcer à l’automne de nouvelles inculpations. Celles-ci viseraient des responsables du Hezbollah. La direction prise par cette affaire ne date pas d’hier. En juin 2009, lors des élections législatives libanaises, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel avait fait d’état d’éléments d’enquête concernant un réseau de téléphones portables utilisés par des membres importants de la milice chiite. La Syrie serait donc innocente d’un crime dont le monde entier, à commencer par l’Arabie saoudite, l’avait aussitôt accusée. A défaut de preuves formelles, les indices étaient nombreux, à commencer par des déclarations syriennes menaçant de mort Rafic Hariri, lequel ne se déplaçait plus qu’en voiture blindée, entourée d’une escorte impressionnante. Cependant Damas a très vraisemblablement été l’instigateur de cet assassinat. Les services syriens ont pour habitude de sous-traiter leurs opérations à des organisations extérieures. Que le Hezbollah, présent sur place, bien organisé, réputé discret, ait monté l’attentat ne surprendrait personne. Bien entendu, le Hezbollah proteste de son innocence. Tout en tenant des propos menaçants, son secrétaire général, Hassan Nasrallah, accuse Israël du méfait. Cette hypothèse, classique au Liban pour expliquer un attentat sans auteur avéré, demeure peu vraisemblable. A Beyrouth, les observateurs sont nombreux à juger possible le renouvellement des incidents dramatiques de mai 2008. A l’époque, la milice chiite avait pris manu militari le contrôle des quartiers sunnites de Beyrouth, sans que l’armée libanaise et les Forces de sécurité intérieure (FSI, la gendarmerie libanaise) interviennent le moins du monde. Le roi d’Arabie saoudite n’est pas venu prévenir le retour des affrontements beyrouthins ou, du moins, pas seulement. Sa venue à Damas et à Beyrouth a d’abord pour but de contrer l’Iran. Ce pays rêve d’accroître son influence au Moyen-Orient. Grâce aux Etats-Unis, sa présence en Irak est déjà manifeste. Pas de gouvernement possible à Bagdad tant que son chef n’aura pas été avalisé par Téhéran. En Irak, les chiites sont majoritaires, une réalité démographique contre laquelle Riyad ne peut pas grand-chose.
Une vision stratégique saoudienne
Au Liban, en revanche, et bien que les chiites y soient également nombreux, l’Arabie peut agir. Le Premier ministre Saad Hariri, fils de son père assassiné, est de nationalité saoudienne. La communauté sunnite, bien soudée, aussi active qu’entreprenante, représente un atout évident dans le jeu de Riyad. Heureusement car l’influence iranienne qui s’exerce au Liban via le Hezbollah est grande. L’objectif est donc de réduire le rôle de cette organisation, au nom, par exemple, de la prééminence de l’Etat libanais, lequel ne saurait admettre sur son territoire une autre force armée que la sienne.D’où, pour le roi Abdallah, une opération à trois volets :- Il lui faut d’abord ramener la Syrie, alliée de l’Iran, dans le camp arabe, pour qu’elle cesse de soutenir le Hezbollah. Jusqu’à présent, les armes, les missiles, l’argent, les instructeurs militaires que Téhéran destine à la milice libanaise passent par la Syrie. Convaincre Damas d’interdire ce transit a un prix : la reconnaissance par Riyad de la prééminence syrienne au Liban. - Riyad doit aussi convaincre la Turquie, sans doute aussi l’Egypte, de l’intérêt d’une telle politique. Ankara veut jouer un rôle de grande puissance régionale. Riyad l’invite donc à se rapprocher de la Syrie et à considérer l’Iran comme un obstacle à sa stratégie d’influence. - Dernier volet: couper le Hezbollah de ses alliés. Déjà, Damas a ordonné à ses partisans libanais de s’abstenir de fournir la moindre assistance à la milice chiite. Sur incitation de Riyad, plusieurs partis libanais, hier encore très anti-syriens, se sont réconciliés avec Damas. La Syrie semble donc se prêter au jeu. La venue surprise à Beyrouth de son chef, Bachar el Assad, en compagnie du souverain saoudien, ressemblait fort à une intronisation. Et ce n’est sans doute pas une coïncidence si le tribunal en charge de l’enquête sur l’assassinat d’Hariri pointe désormais son doigt en direction du Hezbollah. Damas, assuré par Riyad de retrouver sa place de protecteur du Liban, n’est certainement pas pour rien dans cette nouvelle orientation de l’enquête.L’affaire, pour autant, est loin d’être gagnée! Elle pourrait l’être le jour où le Hezbollah, désarmé, sera devenu un parti de gouvernement et seulement cela. La Syrie pourrait se charger, plus ou moins directement, de ce désarmement, même s’il doit entraîner une vive résistance des chiites du Liban. Alors, le but de l’Arabie saoudite serait atteint, l’Iran perdant au Liban son relais de puissance, le Hezbollah, qui lui permet d’affronter Israël par procuration. Le Liban pourrait aussi recouvrer sa souveraineté, ou, du moins, un semblant de souveraineté. Car celle-ci serait à nouveau limitée par le retour à Beyrouth du protecteur damascène dont les Libanais ont eu beaucoup à souffrir entre 1976 et 2005. Il doit être écrit quelque part que le Liban, synthèse souvent admirable entre l’Orient et l’Occident, aux habitants pétris de talents, ne sera jamais un Etat comme les autres, du moins tant que ses multiples parrains, arabes et occidentaux, ne le voudront pas vraiment!

Le Liban, six ans de crise

14 février 2005. L’ancien Premier ministre Rafic Hariri est assassiné à Beyrouth au moyen d’une camionnette piégée. Le Liban se divise entre pro et anti-syriens.12 juillet-14 août 2006. Offensive d’Israël contre la milice du Hezbollah chiite après une attaque contre une patrouille israélienne. Tsahal, la force de défense d’Israël, est tenue en échec.20 mai-2 septembre 2007. Affrontements entre l’armée libanaise et le groupe djihadiste Fatah Al-Islam.7 mai 2008. La milice du Hezbollah passe à l’offensive et prend le contrôle de Beyrouth-Ouest.9 novembre 2009. Au terme de longues tractations, le Premier ministre Saad Hariri parvient à former un gouvernement.(D’après Le Monde, 31 juillet 2010)

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