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Politique Internationale

Babouches et jellabas se piquent d'innovation

Par L'Economiste | Edition N°:23 Le 02/04/1992 | Partager

Pour l'Aïd Seghir, le commerce d'habits dit traditionnels, jellabas, babouches et tarbouches, s'active comme par le passé. Pourtant, l'utilité et la finalité du costume traditionnel masculin ont changé avec le temps. Aujourd'hui, de nouvelles collections apparaissent. Elles expriment des tendances et des nuances, chargées de symboles et marquées, parfois, par un petit grain de folie.

LE costume traditionnel, de silhouette masculine, est surchargé de symboles. Il traduit un langage social sous forme d'expressions vestimentaires et communique un ensemble de valeurs politiques, économiques et sociales.
Le 30 Octobre 1977, le souverain à l'ouverture d'une session parlementaire, déclarait: "notre parlement doit être respecté et il ne le sera qu'en se respectant lui-même. Aussi, devrions-nous instituer des usages soit vestimentaires, soit relevant du cérémonial de l'entrée (...)".
Et d'ajouter: "vous devez donc représenter aussi bien par les idées que par le costume, ceux qui vous ont élus. Le citoyen marocain est sain, puisque pieux. Il est également élégant et plein de modestie et de foi". Symbole de respectabilité et de piété, le costume traditionnel exprime, dans ses détails, quelques côtés de la personnalité marocaine. Il révèle, en particulier, ses prises de position et ses réactions vis-à-vis de certains événements historiques.
Le cas de la chapellerie est édifiant: "le chapeau marocain représente le coeur. D'où, sa couleur rouge. Lorsque les Andalous musulmans et juifs ont été chassés de l'Espagne, après la Reconquista, les marocains ajoutent au chapeau un motif de filets noirs en soie, comme signe de tristesse et de désolation ... symbolisées par un point noir dans un coeur", soutient un homme âgé, qui a grandi à Fes et côtoyé de près sa chapellerie.
Jusqu'à une période récente, le costume traditionnel jouait le rôle d'attribut hiérarchique au sein de la société. Aujourd'hui, avec l'avénement de la société de consommation, les barrières sont tombées. Chacun peut prétendre à porter la jellaba qu'il désire pourvu qu'il ait les moyens de se la payer.
Fes et Marrakech sont les principaux foyers de production de l'habit et de la chaussure traditionnels. Avec l'évolution de goûts, les artisans cherchent toujours de nouvelles nuances dans les couleurs et les modèles. Ce souci répond, avant tout, à des exigences commerciales."Ce sont, en réalité, les méventes qui poussent le maâlem à innover", remarque un commerçant du quartier des Habous, de Casablanca.

Les babouches du médecin

Les babouches sont en cuir. Elles changent d'aspect selon qu'elles proviennent de Fes ou de Marrakech. Cette distinction bien que solidement établie, est contestée par des commerçants.
"Il y a un seul type de babouches. Ce sont le travail, la technique et le sérieux qui font la différence" notent-ils.
Les babouches de Marrakech sont de couleur jaune. Elles sont larges et moins pointues à l'extrémité, que les babouches de Fes. Elles ne sont pas, non plus, brodées. Les semelles en cuir sont relativement épaisses et assez rigides "en raison de la nature du sol de Marrakech" explique-t-on. La belgha de la capitale du sud se plie difficilement mais la simplicité domine sa couture, faite d'ailleurs, à la main.
Les babouches de Fes sont très variées. Les plus classiques sont les "babouches enterrées" (balgha madfouna) et les "babouches élevées" (balgha allia). Les premières sont très fines. La hauteur de la semelle est quasi-négligeable. Elles se plient facilement "au point de pouvoir les mettre dans la poche" comme le souligne, M. Ahmed Akesbi, artisan à Fes. Les secondes sont, comme leur nom l'indique, plus élevées. Elles étaient destinées, autrefois, aux paysans.
La "belgha ziwania" évoque, dans le jargon des artisans, une paire de babouches d'une qualité irréprochable. Mais "les babouches du médecin" reste, de loin, l'expression consacrée, comme étiquette commerciale, pour désigner une belgha légère mais de très bonne facture.
Aujourd'hui, l'artisanat de Fes présente une nouvelle gamme de babouches qui fait sensation dans les boutiques. Elle répond aux nouvelles aspirations exprimées par le public.
"Autrefois, les gens étaient moins exigeants. Ce n'est pas le cas, aujourd'hui. Le chic-choc prime avant tout. Les clients aiment maintenant porter des babouches légères et souples" explique-t-on dans une boutique "le coin de l'élégance de l'habit traditionnel" implanté au centre de Casablanca.
Les couleurs ont également changé. Au-delà des classiques blanc et jaune, de nouvelles nuances ont fait leur apparition.
L'utilisation, depuis trois ans, du daim dans les babouches, a élargi l'éventail des couleurs, aussi vives, qu'exotiques.
Les artisans sont allés encore plus loin en brodant un motif représentant un léger poignard en soie dans les babouches des hommes. Autrefois, cela était inconcevable. La raison? Un tailleur explique: "dans le passé, c'étaient les femmes âgées, qui portaient des babouches ornées d'un poignard en soie. On les identifiait ainsi. Maintenant les choses se sont inversées...". Il ajoute: "personnellement, je ne porterai jamais de babouches ornées même si on me les offre".
Ce genre de réaction est normal. Car l'essence de la mode est justement la contestation. Elle est, à la limite, une provocation condamnée par les partisans d'une mode établie mais soutenue, avec ferveur, par une nouvelle génération. Il s'agit-là d'un conflit classique que nourrit la mode mais qui assure une continuité à l'artisanat et au commerce des babouches.

La jellaba aux 24 nuds

En ville, et dans une moindre mesure en campagne, le port de la jellaba est relégué au second rang. C'est l'habit, d'inspiration occidentale, qui domine car il est plus adapté à la vie professionnelle. Mais la jellaba reste toujours convoitée par le public. Elle retrouve son charme à l'occasion des fêtes religieuses ou familiales. Elle est, autant que le smoking, un habit cérémonial de luxe.
Une jellaba classique, de "taille normalisée", nécessite un tissu de 2m80. Le capuchon prend, à lui seul, 0,5m. Il en va de même pour chaque manche. Le reste du tissu permet de confectionner la taille.
Les bords de la jellaba sont relevés par des bretelles de même couleur que le tissu, appelées "barchmane". Elles sont en soie, sous forme de fils assemblés par deux, par trois ou par quatre.
Une bretelle de dix fils remonte -vue de face- l'axe symétrique de la taille. Elle se prolonge jusqu'au col par une série de nuds en soie, traditionnellement au nombre de 24.
Plusieurs villes du Maroc excellent dans la confection des jellabas. Entre autres, Fes, Salé, Rabat, Meknès, Marrakech, Tétouan et environs.
La jellaba, dite "baldia", est montée à la main, sur la base d'un tissu de laine mouton ou de soie ou les deux à la fois.
Les couturiers traditionnels distinguent plusieurs types de jellaba notamment:
- la "jellaba au cheveu" dont l'étoffe est en soie et les fils en laine. Elle est dite "au cheveu" parcequ'elle pèse entre 75 et 100 grammes;
- la "jellaba bziouia" est tissée en laine et en soie. Son poids oscille entre 75 et 100 grammes;
- la "jellaba frisée ou poilée" est faite à partir d'une ouzzania étoffe de laine granulée parce qu'elle est à moitié travaillée. Elle pèse entre 1kg et 1,5kg et est destinée aux régions les plus fraîches. La "salsa" a le même poids, à la différence que son étoffe en laine n'est pas granulée. Par contre, "la Zarbia" est frisée mais son poids ne dépasse pas 0,5kg.
La jellaba est dite "roumia" quand le tissu est d'origine industrielle. Et là, on trouve une variété impressionnante de tissus. Destinée à un large public, la jellaba n'a pas échappé à la mode. Le capuchon est plus réduit. Les manches ne dépassent pas les poignets. Et de nouvelles couleurs disputent, désormais, au blanc, son leadership.
Toutefois, le modèle de couture reste fidèle aux constructions traditionnelles. "C'est vrai, on remarque que la jellaba est moins large mais la base de construction est toujours la même", une directrice d'école de couture.

Abdelkhalek ZYNE

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