×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Politique Internationale

SIDA: Instituteurs, Imams, et crieurs publics pour la sensibilisation des campagnes et quartiers périphériques

Par L'Economiste | Edition N°:23 Le 02/04/1992 | Partager

La Société Maghrébine de Recherche et Lutte contre le SIDA (SMRLS) organisera du 27 au 30 Mai 1992, à Marrakech, la première conférence maghrébine sur le Sida et les rétrovirus. L'objectif est d'informer et de sensibiliser les populations contre cette épidémie qui se propage très vite. Le Professeur A. Benslimane, Président de la SMRLS met l'accent sur la nécessité d'armer le Maghreb de moyens décentralisés d'information et surtout de dépistage.
L'information sur le SIDA au Maghreb en général et au Maroc en particulier a, jusqu'à présent, été destinée aux gens de la ville. Les actions de sensibilisation dans les villes ont pour cible les enseignants, les médecins, les lycéens... Ce sont des actions qu'il faut continuer à encourager bien que ces catégories socio-professionnelles sachent lire et sont généralement au fait de ce qui se passe, à travers la presse nationale et internationale. Le plus important dans nos contrées est de se préoccuper d'atteindre les gens de la campagne, des quartiers populaires et des bidonvilles où le taux d'analphabétisme est important et où le danger est peut-être plus imminent.
Le Professeur A. Benslimane, Directeur de l'Institut Pasteur du Maroc et Président de la SMRLS, insiste pour qu'au Maroc l'action soit menée essentiellement au niveau des campagnes et des bidonvilles. Pour cela, il faut établir une stratégie de l'information qui va consister à faire appel à des "leaders d'opinion" tels que le maître de l'école coranique, les imams dans les mosquées et autres personnages qui connaissent les rouages de la région, qui sauront faire passer l'information parce que, tout simplement, ils parlent le langage de ceux à qui ils s'adressent, ont le même accent et sont généralement largement informés sur les habitudes et les problèmes de ceux qui vivent dans leur localité.

Le cas thaïlandais

En effet, il y a toujours dans un douar une personne qui connaît à fond les problèmes de ceux qui y vivent. A titre d'exemple, certains personnages connaissent exactement les hommes ou les femmes de leur village qui ont des partenaires multiples ou qui s'adonnent à la prostitution.
Ce qui ne veut pas dire que les campagnes d'information et de sensibilisation sur le virus doivent se cantonner à ces populations. Aujourd'hui, on spécifie dans les discours que le Maghreb est une des régions les moins touchées du monde. Ce qui n'empêche pas le Professeur Benslimane de privilégier la prudence et le pessimisme quant à certains chiffres avancés. "Rien en effet ne permet d'aboutir à des conclusions optimistes en ce domaine."
Le Pr. Benslimane met en garde contre ce genre de conclusions. "Il faut éviter ce qui s'est passé en Thaïlande où il y a 4 ans, il y avait peu de cas de sida. Puis brusquement aujourd'hui, on avance le chiffre de 4% de la population qui serait atteinte. C'est énorme et ce chiffre continue à grimper."

Les mosquées: un site de communication

La mobilisation doit se faire dès à présent. "La manière dont doit être faite cette mobilisation doit répondre aux spécificités du Maghreb" précise le Pr Benslimane. Il préconise en effet de confier cette mission à des personnes qui disposent d'un auditoire direct. "Ainsi, constate-t-il, les imams dans les moquées voient, à plusieurs reprises, de 100 à 400 personnes."C'est donc un site extraordinaire pour communiquer. Le Maghreb doit par conséquent utiliser ses propres spécificités socio-culturelles voire religieuses pour lutter de façon plus adaptées à ses réalités propres. "Il ne sert à rien de passer un spot français à la T.V., la famille marocaine n'est pas encore en mesure d'accepter ce message importé. Il y aura un malaise pour un père à regarder avec son enfant les spots auxquels ont droit les téléspectateurs français." Mieux vaut donc utiliser certains moyens plus adaptés à notre contexte arabe, musulman et maghrébin.
Pour apprécier la situation au Maroc, il est nécessaire de mettre à la disposition des gens les moyens pour se faire dépister.
D'où la nécessité de créer des centres de dépistage anonyme et gratuits. La SMRLS qui est une association non gouvernementale et à but non lucratif et n'est par conséquent pas en mesure de mettre en place ce genre de dispositif. Il appartient aux pouvoirs publics d'instaurer ces centres ou de donner aux associations les moyens pour le faire. C'est un moyen important et efficace si l'on s'en tient aux résultats obtenus par le centre de dépistage mis en place à l'Institut Pasteur Maroc. Les gens ont progres-sivement, bien que timidement, usé de ces centres :
- 1988 : 35 personnes
- 1989 : 50 personnes
- 1990 : 78 personnes
- 1991 : 350 personnes

Prise en charge des séropositifs

Et cela va en augmentant. Actuellement, trois médecins ont été affectés en permanence et travaillent en collaboration avec un psychologue. Ce qui est extraordinaire, souligne le Pr Benslimane,"c'est que la personne qui vient au centre se sent responsable de tout ce qui a pu se passer". C'est aussi un acte de respect vis-à-vis de son entourage.
L'Institut Pasteur Maroc a par ailleurs mis en place un certain nombre d'actions tendant à la formation du personnel mais également la possibilité d'établir les sérodiagnostics VIH et la prise en charge biologique des séropositifs à titre gracieux.
Aujourd'hui, l'ignorance et l'insuffisance de moyens notamment en matière de dépistage sont les seuls facteurs susceptibles d'engendrer des effets de mauvaise surprise quant aux chiffres optimistes avancés pour le Maghreb. Qui peut effectuer un diagnostic à Tiznit, à Ouarzazate, à Oued Zem ou encore à Khémisset ?

Préservatif: Un premier distributeur automatique

Le Sida a mis le préservatif à la mode. En Europe, les campagnes de prévention l'ont mis à portée de la main des populations à risque, souvent dans les distributeurs, comme les chewing-gum. Il reste au Maroc un produit para-pharmaceutique, dont l'achat n'est pas naturel.

LE client glisse furtivement un petit papier avec le nom de la marque écrit en lettres bâton dans les mains du pharmacien ou s'il s'agit d'un habitué, la vente se déroule par code ou phrases significatives "la boîte de six, la boîte de six"...
Le succès des préservatifs est limité en Afrique, au Maroc, et même dans les pays latins. Pourtant, c'est un bon moyen de contraception pour l'homme mais aussi la méthode la plus efficace pour se protéger des MST.
L'habitude du préservatif prend du temps pour s'installer. Mais aussi "il n'y a pas assez, sinon aucune information concernant ce moyen de contraception", disent les fournisseurs et pharmaciens. Ainsi, par exemple, un préservatif s'utilise une seule et unique fois. Toutefois, par manque d'information, certaines personnes le lavent pour l'utiliser plusieurs fois. De plus, certains fournisseurs se sont vus refuser "une image de cinq secondes de publicité à la télévision". Par ailleurs, sur cinq pharmacies visitées, haussement de sourcils et hésitation vous accueillent lorsque vous voulez acheter un préservatif et surtout si vous faites partie de la gente féminine. Dans tous les cas, le préservatif reste un sujet tabou, une "hchouma".

La génération pilule

Interrogés, les pharmaciens constatent que les femmes et les hommes de la génération pilule (les trente/quarante-cinq ans) semblent manifester plus de réticences à l'égard du préservatif que les jeunes qui sont en train de vivre le début de leur sexualité avec la menace SIDA et considéreront peut-être le préservatif comme allant de soi puisqu'ils vont s'habituer à vivre avec pendant des décennies. Par ailleurs, un grand nombre de personnes interrogées apprécieraient de pouvoir acheter des préservatifs ailleurs que dans les pharmacies. Hélas, développer des points de vente nécessiterait des fonds importants et pas débloqués, pour le moment. Notons toutefois que l'Association de Lutte Contre le Sida vient d'installer le premier distributeur de préservatifs dans un lieu public à Casablanca. Ainsi, c'est au Carrefour des Livres que les personnes peuvent aller librement chercher leurs "capotes"; en échange, ils peuvent selon leurs moyens glisser une petite pièce ou un chèque pour l'Association.
Par ailleurs, tout récemment, une société française a lancé sur le marché des préservatifs à la vanille, à la fraise dans des emballages amusants et ce pour attirer les jeunes vers ce moyen de contraception. Ainsi par exemple, au Sénégal la marque lancée par cette société est vendue par des chauffeurs de taxi et des cireurs de chaussures.
L'origine du préservatif remonte au XVIIIème siècle où il était utilisé à cette époque sous forme de boyaux de moutons.
Aujourd'hui, la matière première du préservatif est le latex (caoutchouc naturel). Il s'agit de cette sève qui coule de l'hévéa et qui est traitée dans des bains où sont trempés des mandrins. Une fois refroidi, le caoutchouc prend ainsi la forme de ce mandrin. Ce caoutchouc, devenu préservatif, est enroulé soit manuellement soit automatiquement. Après séchage, le préservatif peut être lubrifié et conditionné. Sa date de péremption est en principe de quatre ans.

53% de taxes

Les préservatifs disponibles sur le marché marocain sont environ une dizaine et sont tous importés. Les droits de douane et taxes s'élèvent à 53%. Certaines sociétés (des sociétés d'import ou des laboratoires para-pharmaceutiques) reçoivent les préservatifs en vrac et les conditionnent, "pour des raisons de prix", et d'autres les reçoivent emballés, prêts à la consommation.
La distribution des préservatifs s'effectue soit à travers un réseau de représentants ou agents commerciaux chargés de rendre visite à certaines pharmacies éloignées ou qui n'ont pas le téléphone, soit par commande faite directement chez le fournisseur. Certains fabricants étrangers exigent que figure sur les boîtes commercialisées au Maroc la mention "norme de bonne fabrication".
Ces sociétés effectuent environ deux fois par an "un voyage de contrôle" afin de vérifier les prix de vente, les emballages et "même notre manière de travailler", disent les représentants concernés.
Le prix des préservatifs vendus au Maroc varie entre 2,25 et 4,65DH l'unité.

Meriem OUDGHIRI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc