×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    Avec le projet "Réussir ensemble" : Espod brasse l'entreprise et l'informel

    Par L'Economiste | Edition N°:117 Le 17/02/1994 | Partager

    Réussir ensemble" rappelle le "socialisme utopique" ou les "communautés de travail" du XlXème siècle. Ce projet mené par des dames d'Espod semblera farfelu aux uns, avant-gardiste aux autres, en tout cas révélateur des difficultés d'entreprendre dans le contexte actuel.

    Si son objet est assez banal (réunir 40.000 Dirhams pour produire une trentaine de djellabas et une vingtaine de tchamirs féminins), la "stratégie" se veut plus noble. Espod (Espace Point Départ) a voulu réunir trois catégories de compétences féminines et les valoriser: le savoir, le savoir-faire, l'épargne. Selon leurs propres termes, elles veulent créer "un amalgame de capacités intellectuelles, manuelles et matérielles de femmes, dans des coopératives informelles, pour l'exploitation de domaines dits féminins porteurs".

    Une alternative

    Au-delà de son aspect féminin, l'idée est originale, car elle veut être une alternative à l'entreprise classique, qui se développe mal en dépit des encouragements financiers ou fiscaux, alors que les marchés et l'épargne existent. Par ailleurs, l'informel se développe. S'il participe pour une large part à l'économie, c'est qu'il a des atouts qu'il faut utiliser.

    En outre, les animatrices d'Espod (qui revendiquent 300 membres) cultivent quelques doutes sur les relations de travail employeurs-employés. Telles que vécues actuellement, elles n'ont abouti, à leurs yeux, qu'à une faible implication des salariés: peu motivés, peu responsabilisés, ils en oublient la qualité. C'est encore un argument invoqué pour créer une nouvelle forme d'entreprise.

    L'expérience "Réussir ensemble " est donc conçue comme "un contrat de fait pour échapper aux contraintes des sociétés formelles et des tracasseries administratives".

    Le capital de cette entreprise sans nom est rapidement levé. Une vingtaine de dames versent 2.000DH chacune et constituent la cagnotte qui servira de "capital" . Un brainstorming est organisé pour choisir quelques opérationnelles. 5 dames sont choisies pour la délicate opération des "appros" en tissu. Un critère de sélection: leur compétence et leur bon goût, reconnus ouvertement par leurs paires. Fi donc des légendaires jalousies féminines. Les 5 élues vont arpenter kissarias et usines, rapporteront les échantillons pour confectionner les 30 djellabas dont une vingtaine doivent être assorties à des tchamirs.

    En cours de route, elles vont "papoter chiffon", mais de manière très entrepreneuriale: elles découvrent que l'industrie locale fabrique de la très bonne "mlifa", à de bons prix et qu'il n'est pas besoin d'aller en Europe où à l'Omra pour rapporter du "blinblin".

    Une fois les tissus achetés par ces dames "du savoir", interviennent alors celles du "savoir-faire". 5 filles sont sollicitées au sein de l'Union Nationale des Femmes du Maroc. Elles effectuent les opérations de coupe, de couture, de "dars" (dentelle sur les rebords), de finition. Au besoin, certaines opérations sont confiées à l'extérieur à de très masculins mâalems. Après 2 mois et visiblement quelques cafouillages, les vêtements étaients cousus, finis. Ils ont été vendus lors de la journée anniversaire d'Espod comme preuve concrète, par le produit, d'une association d'entrepreneurs. Les prix ont été fixés entre 600 et 1300DH pour les djellabas, et entre 400 et 450DH pour les tchamirs. "Celles qui ont travaillé ont assisté à la vente, avec beaucoup de plaisir. C'était une occasion pour leur réapprendre le bonheur", affirme Mme Fettouma Benabdenbi, la présidente d'Espod. Il reste que ce mini-projet est révélateur de comportements sociaux, d'attitudes vis-à-vis du travail.

    Les filles du savoir-faire ont abordé le projet avec méfiance, alors que celles de "l'épargne" et du "savoir" voulaient les impliquer dans ce projet.

    Les barrières de classes entachent ici une action associative, surprennent les bonnes volontés. Les "manuelles" comprennent mal la formule de participation du travail au capital. La proposition qui leur avait été faite était de rémunérer leur travail pour moitié en salaire et l'autre moitié en participation au "capital" du projet. "Dans les formations professionnelles et manuelles, il manque les notions élémentaires de commerce et de comptabilité de projet, indispensables à la plus petite PME", affirment les animatrices.

    Si la dextérité des couturières ne fait aucun doute, leur sens de la finition fait défaut, au profit de l"'à peu près". Le fil à coudre choisi sera de la même couleur que la djellaba, mais pas le ton exact. Le travail doit souvent être repris pour cela. Les animatrices d'Espod (pour la plupart femmes d'affaires ou cadres d'entreprise et d'administrations) relèveront avec quelque amertume des défaillances dans le sens du délai et peu d'esprit d'innovation chez celles à qui elles ont voulu tendre la main.

    Circulation du savoir-être

    Au-delà de ce micro-projet, le but plus général et plus noble avancé par les animatrices d'Espod est "la circulation du savoir-être" entre les femmes et le relèvement général de leur niveau. L'association n'est pas conçue comme un quelconque ghetto féministe enfermé à se plaindre sur son sort. Créée il y a deux ans, son but était d'être un "espace" pour stimuler les initiatives féminines en matière d'entreprise. "Rien dans les institutions économiques ou la législation ne brime les femmes en la matière ", reconnaissent-elles. En revanche, même les cadres d'entreprise confirmées, ou les ingénieurs montrent quelques inhibitions. Espod a inscrit dans son projet des programmes d'entreprise d'une autre envergure qu'elle aidera. Ils vont de l'exportation de gâteaux au miel à la production de lingerie, en passant par l'édition de livres pour enfants.

    K. B.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc