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Entreprises

Assurances : Al Amane va absorber l'Entente

Par L'Economiste | Edition N°:33 Le 11/06/1992 | Partager

Al Amane absorbera la compagnie l'Entente. "Mais ce n'est pas uniquement pour mettre la réalité comptable en phase avec la publicité" s'amuse M. Mehdi Boughaleb, Directeur Général des deux compagnies depuis 1984.

AL Amane est l'Entente ont employé la "signature" empruntée à l'UAP, "Numéro Un oblige", dont elles sont filiales, respectivement au premier et au deuxième degré.
Al Amane a traversé sans mal la période noire des assurances marocaines. Par contre l'Entente a considérablement souffert. Leurs structures respectives actuelles sont influencées par cette période noire.
Avant 1968, les deux compagnies n'avaient rien en commun. Mais cette année-là, les assurances en France sont remodelées autour de trois grands pôles, le GAN, les AGF et l'UAP. L'Urbaine et la Seine et l'Union, entre autres, se trouvent de ce fait rapprochées de l'Entente, société de droit marocain créée en 1950, parce qu'en France les maisons-mères tombent dans le giron de l'UAP, laquelle avait le contrôle absolu du capital de l'Entente.
Arrive en 1973 la marocanisation.
Cette marocanisation est réalisée sous la houlette de la SNI, à la tête de laquelle il y avait M. Abdelaziz El Alami, assisté d'un inspecteur des finances, M. Mehdi Boughaleb.
L'ancienne délégation de l'Urbaine Vie devenue entre temps UAP, change de nom. Elle est baptisée Al Amane et se transforme en société de droit marocain. Le capital est recomposé: l'UAP conserve 50%, la SNI prend 15%, la SCR 10%, le groupe Bensalah 7,5%, L'Entente 15% et UFIMAR 2,3%(1), le reste étant constitué par des actions de garantie détenues par les administrateurs. La spécialité de Al Amane demeure la Vie et la maladie.
Pour l'Entente, la marocanisation ne concernait que le capital, lequel est restructuré avec pratiquement les mêmes actionnaires que Al Amane: UAP et SNI à 35% chacune et le groupe Bensalah à 9%, le reste est éparpillé. L'Entente qui faisait l'IARD reste sur ces risques et le fait avec un réseau d'agents couvrant à peu près l'ensemble du Royaume. Pour son malheur, elle accroît la souscription dans la branche auto, garantie obligatoire dont le tarif est fixé par l'Administration.

Evolutions divergentes

Les difficultés n'allaient pas tarder à venir. En effet, à la fin des années 70, les compagnies qui faisaient le plus d'automobile avaient été progressivement minées de l'intérieur par le tarif, maintenu par l'Administration à des taux inférieurs aux prix d'équilibre(2).
Par contre, Al Amane campe solidement sur sa particularité "génétique", la Vie et la maladie(3) et reste soigneusement en dehors de l'automobile. En 1976, la SNI nomme au poste de Directeur Adjoint, M. Boughaleb qui devient Directeur Général l'année suivante.
Tandis que l'Entente s'enfonce, Al Amane "fait sa pelote", spécialement dans les valeurs mobilières à un moment où ces valeurs étaient encore présentes sur le marché et où leurs prix n'avaient pas encore explosé.
C'est encore à Paris que se nouent les événements qui vont bousculer à Casablanca cette situation où aucun des verrous de sécurité n'a fonctionné et pas seulement pour l'Entente. Mme Yvette Chassagne est nommée à la tête de l'UAP. Il n'y a pas d'autre expression pour qualifier Mme Chassagne que de dire que c'est une femme de poigne. Elle "empoigne" le dossier, fait ce qu'il faut auprès des autorités marocaines pour soutenir des textes comme ceux des restructurations et des indemnisations. Parallèlement et en accord avec ses partenaires marocains, elle confie à M. Boughaleb le dossier de l'Entente et le charge de monter un plan de sauvetage, plan capable de convenir à tous les actionnaires.
La compagnie avait alors un taux de couverture inférieur à 40%. Il y avait certes pire dans la profession... L'UAP promet de "mettre l'argent qu'il faut" mais demande que les autres actionnaires en fassent autant ce qui se révélera finalement impossible. M. Boughaleb met dix huit mois à inventer un montage qui prenne en compte les points de vue des actionnaires, le redressement de la compagnie et les possibilités de soutien de la part du nouveau Fonds des Assurances.
A ce moment, il s'opposait fermement à la fusion: "c'était parce que Al Amane était riche qu'il fallait empêcher la fusion; cela n'aurait fait que mettre deux compagnies en difficulté au lieu d'une" explique-t-il aujourd'hui.

Filialisation de l'Entente

Son plan est de filialiser l'Entente en la faisant passer sous le contrôle de Al Amane. "Nous avons fait une opération accordéon" indique M. Boughaleb: l'UAP et la SNI cèdent au Dirham symbolique leur part de l'Entente à Al Amane qui se trouve ainsi à la tête de 70% de la compagnie malade; le capital est alors fixé à 30 millions de DH apportés par Al Amane; l'actionnariat marocain et les petits porteurs de l'Entente ne suivent pas. Parallèlement, l'UAP veut apporter 30 millions de DH en compte courant, mais la Direction des Assurances refuse que ce compte soit rémunéré.
Al Amane reprend le relais et apporte donc seule les 30 millions manquants. C'est ainsi que l'Entente se trouve recapitalisée à hauteur de 60 millions de DH et contrôlée à 99,8% par Al Amane. Ce capital était de 5,6 millions de DH avant l'opération.
Dans le même temps, une sévère restructuration est entreprise, avec un "gros nettoyage interne", selon l'euphémisme de M. Pierre Boulet, Directeur à l'Entente.
En 1991, "le taux de couverture est remonté à environ 75%, compte non tenu de certaines plus-values latentes" estime M. Boughaleb, pour un CA de 355 millions de DH dans lequel l'automobile est abaissée à 25%. "Les risques couverts, les sinistres à payer, le coût moyen, ... sont maintenant bien cernés" affirment MM. Boughaleb et Boulet. La compagnie est réputée riche en immobilier qu'elle a commencé à redresser. L'absorption sera l'occasion de réévaluer ce patrimoine.
Al Amane a fait un CA de 220 millions de DH en 1991 et a en réserve 1 milliard de DH. Près d'un tiers de ses revenus provient de placements à revenus variables.

"Offrir le bouquet"

L'absorption devrait donc donner une compagnie très équilibrée sur le plan des placements et du portefeuille. Dans l'addition, résultat de la fusion, l'automobile tombera aux alentours de 15%. MM. Boughaleb et Boulet estiment que cette fusion leur donnera une synergie pour "offrir le bouquet" , ce qui en termes d'assurances veut dire que la nouvelle compagnie dispose d'une gamme complète de services. Accessoirement, elle pourra aussi employer le slogan de l'UAP, "Numéro Un..." sans susciter des débats byzantins.
L'absorption devrait intervenir courant 1993, mais prendrait juridiquement effet au 1er Janvier de la même année.
Al Amane étant la société absorbante, une extension de son agrément doit être donc demandée au Ministère des Finances et devra être soumise à la prochaine réunion de la Commission Administration et Organisation du Comité Consultatif.
En principe le déroulement des opérations du côté administratif ne devrait pas poser de problème majeur. M. Mehdi Boughaleb indique que les autorités de tutelle ont été tenues au courant et que l'absorption règle pour l'Entente, la question du plan de redressement."La nouvelle entité obéira à tous les critères d'équilibre requis par la Direction des Assurances" affirme M. Boughaleb. Ce faisant, analyse-t-il, "on règle le problème de l'une des compagnies qui ont été en position difficile". Bonne note doit donc être prise que le programme de l'Entente est maintenant suffisamment en bonne voie pour que Al Amane absorbe une compagnie une fois et demie plus grosse qu'elle, mais dont elle est l'actionnaire majoritaire et partant le bailleur de fonds.

N.S.

(1) UFIMAR a cédé ses parts en 1991 à l'UAP. Cette dernière a donc utilisé la possibilité donnée par l'abrogation des décrets d'application de la Loi sur la marocanisation pour porter sa part dans Al Amane à 52,3%.
(2) Il faut se replacer dans la mentalité de l'époque pour pouvoir comprendre comment de tels phénomènes étaient possibles. Pas d'information en dehors des cercles directement concernés, des administrations affaiblies par les pressions directes de l'intérieur et de l'extérieur, une politique économique qui voulait développer une couche moyenne sur les deniers de l'Etat, des assureurs trop neufs dans le métier pour s'organiser et faire pression pour attirer l'attention sur les dangers qu'il y avait à faire assurer au dessous du prix réel les voitures de cette nouvelle couche moyenne,... toutes les conditions étaient réunies pour la catastrophe. Ce n'est que par la suite, à la fin des années 70 et au début des années 80, que sont venus les agréments d'assurances donnés à des "amateurs"...
(3) La maladie était à l'époque un bon risque. Il est devenu aujourd'hui un risque difficile: les clients-groupe négocient durement ces contrats et changent d'assureur quand la compagnie veut rééquilibrer le tarif. L'absence de couverture généralisée fait que les risques couverts sont "élastiques"; les compagnies se plaignent de ce que les médecins ne jouent pas le jeu tant au niveau de l'identité du patient qu'à celui des frais réellement engagés. CF L'Economiste des 26 Décembre 1991 et 16 Janvier 1992.

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