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    Arts plastiques : Mohammed Melehi, peintre en transhumance

    Par L'Economiste | Edition N°:193 Le 17/08/1995 | Partager

    L'Institut du Monde Arabe à Paris organise, du 27 juin au 27 août, une exposition rétrospective des oeuvres du peintre Mohammed Melehi, qui a su introduire la subversion dans l'art plastique contemporain au Maroc.
    "Asilah, çà s'écrit comment?". Ce visiteur vient de parcourir, parmi d'autres amateurs, les vastes salles de l'Institut du Monde Arabe consacrées à la rétrospective des oeuvres de Mohammed Melehi, et de suivre attentivement le film consacré à la vie de l'artiste. Il découvre une oeuvre, mais aussi un monde. Il aborde le Maroc sur un versant qui lui propose une nouvelle approche de l'art et de l'univers.
    L'oeuvre de Melehi représente une étape essentielle de la recherche plastique au Maroc, après son indépendance, au point que l'on a pu dire que l'artiste se confond avec son histoire. Il est, en 1969, à l'origine de l'exposition-manifeste de la place Jamaâ El Fna de Marrakech, où s'affirme un mouvement de l'art contemporain au Maroc, avec Farid Belkahia, Hamidi, Ataâllah, Mustapha Hafid, Mohamed Chebaâ. Il se tourne vers la production de films documentaires, publie la première revue culturelle "Intégral" (de 1971 à 1977), anime la première association marocaine des arts plastiques, fonde en 1978 avec son ami Mohamed Benaïssa le Moussem Culturel International d'Asilah. Il peint des fresques murales dans la ville avec un groupe d'artistes, dont Kacimi, Chebaâ, et répète l'entreprise sur les murs de l'hôpital psychiatrique de Berrechid. En 1978, il est nommé directeur des Arts au Ministère de la Culture, d'où il démissionne en 1992. "En tant que peintre, je n'avais pas cette obsession de la toile et de l'atelier, déclare Mohammed Melehi. Ce qui m'importait, c'était d'agir en tant qu'artiste, quelle que soit la discipline". Aussi travaille-t-il volontiers avec des architectes, sensible qu'il demeure au rôle de la culture dans l'espace urbain.

    Obsession de la vague

    Son oeuvre provoque et innove. Né à Asilah en 1936 dans une famille qui y est installée depuis longtemps, il en garde l'obsession de la vague qui le poursuit à travers sa peinture, l'image des zelliges, la volonté de mener l'art pictural marocain à la liberté de l'universel. Il étudie à Tétouan, découvre Tanger et son milieu culturel libertaire, part en Espagne où l'académisme des Beaux-Arts le déçoit. Il voyage et s'initie: en Italie, puis dans la France du début des années 60 où il se sent rejeté comme Maghrébin, en Angleterre où il retrouve des amis, enfin aux Etats-Unis où il peut enfin s'exprimer dans l'abstraction. C'est là aussi que l'onde, motif central de son oeuvre, apparaît.
    Composition géométrique, la toile est traversée d'ondes contradictoires, abstraites, libératrices et fascinantes dans la mesure où leur répétition crée une illusion spatiale. Ces forces, de couleurs vives et franches, s'illuminent de plaisir, de sérénité, en emportant le spectateur dans leur mouvement infini. Et, de plus en plus souvent, dans les dernières oeuvres, le croissant lunaire ponctue l'organisation du monde de son symbole.
    Ici, le peintre organise, conceptualise le travail, en "chef d'orchestre": Melehi n'a pas, forcément, besoin du contact avec la matière, car il peut faire exécuter le travail conçu par lui -ce qui est une pratique artistique traditionnelle, même si elle étonne aujourd'hui.
    Fasciné par l'Amérique, Melehi reste un errant dans l'art et dans l'espace: il y a trouvé "une forme d'art hors de la culture gréco-romaine", et peut regagner Asilah, en 1964.

    Un livre un film

    "Je rentre, mais je ramène l'Amérique avec moi", dit-il à cette époque. Commence alors l'expérience de l'enseignement à l'Ecole des Beaux-Arts de Casablanca dirigée par Farid Belkahia, au sein du groupe constitué également par Toni Maraini et Bert Flint, qui durera jusqu'en 1969. D'abord enthousiaste, il sent qu'il risque d'y épuiser ses forces créatives, comme dans toutes les entreprises où il s'est engagé. Aujourd'hui, Melehi constate: "Au Maroc, les actions ne doivent pas durer trop longtemps. Une lassitude s'instaure qui n'est pas remplacée par un véritable approfondissement des idées et des rapports. L'évolution d'une situation culturelle en train de se transformer est une chose difficile. Je n'envisageais pas de pouvoir décliner la même chose indéfiniment. J'avais transmis tout ce que j'avais à transmettre et j'avais ma propre expérience à poursuivre".
    Des premières toiles strictement géométriques aux plus récentes d'où jaillit le mouvement, une trentaine d'oeuvres sont exposées durant deux mois à Paris. Un film a été tourné sur la vie de l'artiste, sans fioritures inutiles, comme son travail. Il y explique calmement sa passion. Un livre-catalogue édité par l'IMA offre des textes sur Melehi, écrits par Brahim Alaoui, Toni Maraini et Pierre Restany, les reproductions des oeuvres présentées, une biographie composée par Nadine Gayet-Descendre. On y note ses expositions individuelles et collectives, nationales et internationales, les travaux auxquels il a participé. Pour y découvrir un artiste à situer, écrit Toni Maraini, "dans un double mouvement de ressourcement et de modernité, (...) dans un itinéraire de recherche -tenace et original- et une action plastique de portée décisive pour l'histoire de la peinture contemporaine au Maroc". Ce que Pierre Restany appelle un processus de "transhumance".

    Thérèse BENJELLOUN

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