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    Politique Internationale

    Mode : Abdou Ghridou ouvre une boutique

    Par L'Economiste | Edition N°:193 Le 17/08/1995 | Partager

    Abdou Ghridou lâche les brides à son crayon de styliste pour dessiner un homme dans le confort et l'originalité. Touches orientales et broderies sont ses points forts. Pour l'été, il vend ses articles dans une boutique de Romandie II à Casablanca.


    Le créateur de mode masculine Abdou Ghridou reçoit ses clients, durant cet été, dans un magasin de la galerie marchande de Romandie II à Casablanca. Mais c'est l'hiver prochain qu'il ouvrira officiellement son propre magasin, dans un décor spécifique. Ce prince gitan, comme l'appellent ses amis, est dans ce pays un des premiers virtuoses dans le stylisme de mode masculine. Le premier aussi à organiser de véritables défilés masculins, dans le sens artistique du terme. Son dernier défilé fait encore parler de lui.
    La passion du stylisme lui vient de sa mère couturière de "beldi". Il excelle d'ailleurs dans le vêtement traditionnel (aussi bien pour femme que pour homme) pour lequel il s'est acquis une clientèle moyen-orientale des plus huppées.

    Au milieu des années 80, fraîchement émoulu d'Esmod, Abdou Ghridou perçoit vite une vague de changements du côté des aspirations vestimentaires masculines, aussi bien dans le traditionnel que dans le moderne. "Jusqu'à la fin des années 70, l'homme marocain était trop classique, confiné dans des couleurs basiques, bleu marine, marron, gris..., dit Abdou Ghridou. Puis, au cours de la décennie suivante, il cherche a exprimer des goûts moins orthodoxes, ose le vert, le rouge, l'orange, manifeste une soif d'une autre manière de s'habiller". Les belles djellabas vert pistache ou bordeaux flamboyant du ténor Abderrahim Souiri, par exemple, étaient symboliques de ce mouvement. Abdou Ghridou effectue un stage chez Yves Saint-Laurent qui affine ses qualités techniques en lui livrant les éléments fondamentaux de la mode masculine. Mais son créateur fétiche reste Jean-Paul Gaultier, pour sa créativité sans limites. De retour au pays, Abdou rêve toujours d'un homme équilibré, ouvert d'esprit, qu'il habillera de son talent. "Il fallait débloquer, rechercher l'épanouissement total. Mon style convient à l'homme branché de 25 à 40 ans. Même un homme qui travaille dans l'Administration peut avoir envie de porter un de mes modèles pour sortir le soir, élégant et décontracté: chemise extravagante, gilet brodé...".

    Vision magique


    Au fil de ses trois collections d'été qu'il a présentées à ce jour, le style de Abdou Ghridou s'affirme pendant que sa clientèle s'élargit. Venue très nombreuse au dernier défilé de la Villa Fandango, elle était dans un état d'euphorie, acclamant le styliste et ses mannequins. 120 modèles, 11 thèmes, mixage musical joliment concocté: René Aubry, Schankar, Zakir, Ofra Aza, Panaché culture... Les tons de la saison sont mis à l'honneur: beaucoup de blanc, le beige, les pastels, surtout le bleu ciel et le vert eau, et bien sûr l'éternel classique qui clôture toujours ses défilés: le noir. Les matières sont souples et aériennes: lins, voiles, soie sauvage et dérivés. Le défilé s'ouvre sur le pas vif et léger de costumes unis aux lignes pures, vestes longues ou mi-longues, portées sur torse nu ou sur gilet. Costumes forçant le printemps avec des broderies ton sur ton, parfois avec une cravate courte aux motifs et coloris tout à fait tranchants. Bientôt, le gilet se fait audacieux, voire excentrique, chargé de broderies sur carreaux, lamé, ou rayé satiné: dans tous ses états, sur torse nu, ou tee-shirt. Le temps des hommes en fleurs arrive avec des costumes noir et blanc brodés de grandes frises florales, blanc sur noir ou noir sur blanc, accessoirisés de bodys noirs transparents... Soudain la musique change de registre, laissant couler comme un ruisseau des "taqsims" de luth et de cithare. Le pas du défilé change de rythme, s'accorde à la mélodie par une nonchalance hiératique. Un splendide mannequin, qui n'est autre que Nour, coiffeur de métier, fait son apparition dans un costume blanc cassé, veste garnie de quelques personnages appliqués représentant des costumes traditionnels, pantalon tombant sur de belles babouches en cuir brique. Il est coiffé d'un fez, un grand châle écru est jeté sur ses épaules, il tient une canne argentée incrustée de nacre. Pacha sorti d'un palais turc ou mirage d'un prince de l'Andalousie arabe? Allure majestueuse, instant magique. Au milieu du podium, juste avant de descendre quelques marches menant au jardin, il se fige. La foule est en délire, on lui crie: "Souris! tu est encore plus beau quand tu souris!". Mais Nour, irréel, ne sourit pas, pour ne pas rompre l'envoûtement. Son image s'évanouit comme une vision. Il vient d'inaugurer la 2ème partie du défilé: parade des Indes galantes, maharadjahs aux tuniques et vestes longues, aux turbans retenus par des pierreries, puis un Thé au Sahara avec pantalons-jupes et costumes-bermudas...., et enfin la soie noire vient habiller Soleil de nuit.

    Bouchra LAHBABI

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