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Algérie, Russie… Complot dans le gaz?
Par Francis GHILÈS

Par L'Economiste | Edition N°:2406 Le 22/11/2006 | Partager

Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée (Ph. Archives)La sortie du dernier film de James Bond semble propice à la découverte de complots dont les Européens et les Américains seraient les victimes. Les comploteurs seraient les Russes et divers pays arabes dont l’Algérie, le Qatar et la Libye. Le spectre d’un Opep du gaz se profile ainsi aux dires du Comité économique de l’Otan dans un rapport remis aux membres de l’Alliance au début du mois de novembre. Ce rapport confidentiel conclut que la Russie, qui est le fournisseur d’un quart du gaz naturel importé par l’Union européenne, les trois pays arabes susmentionnés (auxquels il conviendrait d’ajouter l’Iran et divers pays d’Asie centrale) pensent transformer le « Gas Exporting Countries Forum», lieu d’échanges d’informations et de discussions informelles, en un cartel capable de régir et de contrôler le marché du gaz. Cet ensemble de pays exporte environ les deux tiers du gaz commercialisé dans le monde aujourd’hui. Les ministres de l’Energie des pays concernés se défendent de vouloir monter un cartel et le journal britannique, Financial Times, justifie leur affirmation dans un éditorial qui se moque ouvertement des conclusions du Comité économique de l’Otan.Cet épisode semble sorti tout droit de la guerre froide et le spectre qu’il conjure a de quoi inquiéter les grands importateurs de gaz russe et algérien que sont l’Allemagne, la France, la Belgique, l’Italie et l’Espagne. L’ours russe sort donc ses griffes – on l’a bien vu lors de l’interruption des ventes de gaz à l’Ukraine le 1er janvier dernier et plus récemment lors de la décision d’augmenter les prix du gaz que la Russie vend à la Géorgie, pour les rendre plus proches des prix mondiaux.Il est vrai que ce rapport représente les vues de nombre d’experts nationaux des membres de l’Otan. Cependant, il faut bien noter qu’il ne constitue pas, pour l’heure, l’opinion de l’Otan. Néanmoins cette affaire fait suite aux rumeurs qui circulent sur une supposée entente entre la Russie et l’Algérie à propos du gaz. Ces rumeurs enflent depuis quelques mois sans qu’aucun des médias y faisant allusion ne semble en mesure de préciser de quoi il s’agit.L’accord de coopération entre Sonatrach et Gazprom semble inquiéter l’Europe. Disons plutôt que certains veulent le dresser comme un épouvantail aux yeux d’une opinion publique très sensible à la question de la sécurité de l’approvisionnement énergétique. Comparable à ceux qu’a conclu dans un passé récent, l’algérienne Sonatrach avec les sociétés Shell et Statoil, cet accord ne fait que préciser et consolider le cadre de coopération entre deux partenaires gaziers. Il semble aussi régler un différend vieux de près de vingt ans et relatif au remboursement par l’Algérie de sa dette vis-à-vis de l’ex-URSS. Cette dette est ancienne, car elle avait été contractée pour l’achat d’armement pendant la décennie 1970 (voire encadré ci-contre)Faut-il rappeler que la coopération entre l’Algérie et la Russie dans le domaine des hydrocarbures est bien ancienne? De nombreux ingénieurs russes ont aidé la Sonatrach à développer le Centre de recherches en exploration et à former des ingénieurs à Boumerdès, près d’Alger, depuis l’Indépendance en 1962.La coopération qui se développe aujourd’hui est à double sens. Gazprom fait appel à l’expérience de Sonatrach pour développer ses projets de gaz naturel liquéfié (GNL), la compagnie algérienne étant le deuxième producteur de GNL au monde. La compagnie russe s’intéresse au développement de champs de gaz et de pétrole algériens – leur développement permettra de résorber la dette contractée vis-à-vis de l’ex-URSS selon différentes modalités. . Différents sur les prixSonatrach fournit à l’Europe près de 60 milliards de mètres cubes de gaz par an, que ce soit par gazoducs ou sous forme de GNL. Certes, elle a eu à résoudre des différends commerciaux avec ses clients à divers moments de son histoire – différends de prix – mais elle n’a jamais interrompu ses livraisons. Elle ne pourrait pas se le permettre.Que la Russie insiste pour que la Géorgie et l’Ukraine paie un prix international pour le gaz, quoi de plus normal? Qu’elle utilise le gaz comme moyen de pression sur ses voisins immédiats est sans doute désagréable pour l’Ukraine et la Géorgie mais enfin les Européens et les Américains ne se privent guère d’exercer des pressions sur des pays étrangers quand cela arrange leurs intérêts. L’accord entre la Russie et l’Algérie ne semble pas être qu’une question d’opportunisme, encore que l’opportunisme ne soit guère interdit en droit international.Quand l’étude présentée à l’Otan dresse une liste de membres présumés de ce cartel qui inclue la Libye et le Qatar, on frôle le grotesque. Au moment où l’Europe a besoin de décisions en matière d’énergie, ce rapport vise, ni plus ni moins, à semer le doute et la confusion en son sein et en particulier au niveau politique. La conclusion s’impose d’elle-même. Les Etats-Unis ont fabriqué un ennemi – provisoire peut être – le monde musulman. Certains experts de l’Otan semble vouloir leur emboîter le pas, mais, ce faisant, ils confondent la réalité avec les aventures de James Bond. On ose espérer que les membres européens de l’Otan, tout particulièrement l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ne tomberont pas dans un piège aussi grossier.


Que penser de l’accord Alger-Moscou?

A la fin de la décennie 1980, l’Algérie avait proposé de rembourser cette dette par du gaz naturel qui serait livré en Italie. La société italienne aurait alors payé directement le partenaire soviétique. Une telle opération n’étant pas, à l’époque, envisageable par ce dernier, le problème est resté en suspens. L’accord signé récemment vient de le régler. Il semble que des contrats de partage de production soient prévus pour le remboursement de la dette.Cet accord n’est pas une entente commerciale, et ce, pour trois raisons. - D’abord les deux partenaires sont suffisamment aguerris aux règles du commerce international pour savoir que les conséquences d’une entente seraient catastrophiques pour les contrats de vente de gaz à long terme conclus avec les importateurs européens. Le droit européen interdit de telles pratiques. - Ensuite, les politiques commerciales et industrielles des deux pays sont très différents du fait de leurs poids respectifs sur le marché et de leurs intérêts stratégiques qui sont pour le moins divergents. - Enfin, s’ils souhaitent tous les deux bénéficier d’un prix élevé pour le gaz, ils ne tiennent pas à détruire la demande. Avec des prix du pétrole soutenus, le marché leur permet de valoriser leur gaz et d’augmenter leurs revenus sans avoir à conclure des ententes à deux ou dans le cadre de cartel.

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