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Culture

Le retour de l’Asie
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2406 Le 22/11/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)C’est un Orient extrême transformé que le président Bush vient de visiter, non point à cause de son dynamisme économique mais pour des raisons stratégiques.La Corée du Nord est devenue le neuvième membre du club atomique; le Japon débat d’un éventuel armement nucléaire, la Corée du sud se demande si l’union avec le Nord ne serait pas à terme plus profitable qu’une alliance américaine dépassée, la Chine envoie un sous-marin narguer le Kitty Hawk, puissant porte-avions à propulsion nucléaire de la 7e flotte US et veut construire des porte-aéronefs. Historiquement, l’Asie orientale se structure autour de deux pôles rivaux: la Chine, énorme puissance continentale dont l’influence, au temps des Mongols, s’exerçait jusqu’aux portes de l’Europe; le Japon, bien protégé par l’océan Pacifique mais dont les terres étroites sont dépourvues de ressources naturelles. Dans les années 1930, le Japon domine. Il tient la Mandchourie, contrôle la Chine, établit une vaste zone de «coprospérité». Cependant, battu en 1945, l’empire nippon s’efface devant son vainqueur américain, qui le désarme et s’en fait le protecteur. Guéri des aventures militaires, n’ayant plus à assumer le coût de sa défense, Tokyo développe son économie jusqu’à en faire la deuxième de la planète. Une force nippone de défense, modeste mais bien équipée, est chargée de marquer les Soviétiques. Le Japon devient l’œil de Washington dans le Pacifique et son féal, vite incité à participer financièrement aux opérations militaires décidées à la Maison-Blanche. De son côté, Pékin ne peut que gérer ses révolutions, communiste et culturelle, et tenter de procurer à son milliard d’habitants de quoi ne pas mourir de faim. Jusqu’à la fin des années 1980, la Chine, pour l’Occident, n’est ni une menace militaire, ni un rival économique, tout juste un marché auquel on commence à penser. La fin de l’URSS change tout. Le Japon retrouve son autonomie stratégique; le géant chinois se déploie; la péninsule coréenne, du Sud au Nord, pense à s’unir face à ses tuteurs. Hypothéquée en Irak, l’Amérique n’accorde plus à l’Asie extrême toute l’attention requise. . L’autonomie nippone Ces dix dernières années, Tokyo a pris la mesure d’intérêts qu’il est seul à pouvoir défendre. Sa population rechigne à subir les contraintes d’une occupation américaine qui ne dit plus son nom. En même temps qu’il renégocie les accords de stationnement des divisions US, à Okinawa notamment, le Japon déploie des unités en Irak et veut réviser sa Constitution pour faciliter l’emploi de la force armée. Sous l’autorité de ses gouvernements, le peuple japonais tend à se libérer d’une tutelle américaine vieille d’un demi-siècle; l’Agence de défense devient un ministère de plein exercice; un débat nucléaire s’amorce. Au cœur des préoccupations stratégiques propres au pays du Soleil levant figure l’indispensable protection des routes maritimes grâce auxquelles il est approvisionné, de la mer de Chine au Moyen-Orient, via le détroit de Malacca et l’océan Indien. C’est la route de l’énergie par où transite ce pétrole iranien qui irrite tant Washington. Tokyo doit la sécuriser. Des accords passés avec Taiwan, Singapour, l’Inde devraient y contribuer tout comme un accroissement concomitant des capacités navales japonaises, en tonnage comme en rayon d’action. Tokyo envisage de construire des porte-aéronefs légers! . La voie chinoise Puissance continentale, la Chine s’est longtemps préoccupée de ses frontières; le Tibet, le Xinjiang, la Mongolie intérieure lui confèrent sa profondeur stratégique et servent de zones tampons pour se protéger d’une invasion étrangère. Depuis 1949, Pékin tient son domaine d’une main de fer tout en surveillant ses voisins. Il en a résulté quelques interventions ou batailles, plus ou moins heureuses, en Inde, contre la Russie, au Viêt-nam, en Corée… Aujourd’hui la Chine, devenue la puissance commerciale que l’on sait, regarde vers l’Est et l’océan, et se dote d’une marine de haute mer déjà imposante. Son territoire est pauvre en pétrole. Pour y remédier, Pékin conduit une activité diplomatique intense en Afrique, au Moyen-Orient, partout où des opportunités se présentent. Chine et Japon sont donc en concurrence et pourraient s’affronter. De virulentes querelles interviennent déjà pour la propriété contestée d’îlots en mer de Chine, dont l’intérêt est de commander des zones conséquentes «d’intérêt économique exclusif».Cette rivalité sino-japonaise millénaire trouve en Corée un terrain singulier. Pour la Chine, la Corée du Nord est un utile pays tampon entre elle et ses principaux rivaux, Etats-Unis et Japon; pour Tokyo, le régime de PyongYang est moins une menace, même nucléaire, qu’un des facteurs de sa compétition avec Pékin. Déçues par leurs tuteurs respectifs, les deux Corées ont théoriquement intérêt à se rejoindre. Ces deux entités, indépendamment l’une de l’autre mais en parallèle, poursuivent chacune un effort de défense. Unir leurs forces pour se prémunir d’adversaires communs ou d’alliés devenus encombrants, Japon, Chine, Etats-Unis… pourrait leur sembler opportun.Sans doute une Corée réunifiée est-elle encore lointaine. Cependant l’indépendance, la fierté nationale, la puissance potentielle d’une nation de 70 millions d’habitants, riche en capitaux et en techniques évoluées, disposant d’une impressionnante force de travail, peuvent faire rêver les Coréens! En Asie orientale, c’est le retour aux rivalités séculaires. Tout étranger qui interfère est plutôt considéré comme un intrus. Pour l’heure, les Etats-Unis, affaiblis politiquement, n’y tiennent plus la place éminente qui était la leur depuis 1945; l’avenir de la région pourrait se jouer en partie sans eux.


Une marine chinoise en plein essor

Le développement en cours de la flotte sous-marine chinoise est impressionnant. D’ici à 2025, la Chine pourrait être la puissance navale dominante dans le Pacifique. Selon certaines estimations, les sous-marins d’attaque chinois devraient être cinq fois plus nombreux que les sous-marins américains dans le Pacifique. Les sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) chinois patrouillent d’ores et déjà le long du littoral pacifique des Etats-Unis, chacun étant suivi comme son ombre par deux sous-marins US. La Chine aurait même signé récemment un accord pour implanter une base navale dans les îles Marao, aux Maldives d’ici à 2010. Le but est d’y déployer des sous-marins nucléaires d’attaque et lanceurs d’engins balistiques. Avec, au 31 décembre 2005, 424 bâtiments de combat pour 800.000 tonnes, la flotte chinoise, en pleine expansion, fait désormais partie des grandes puissances maritimes mondiales.

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