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Politique Internationale

Activités informelles : Le camionage sans agrément au gré des saisons

Par L'Economiste | Le 17/10/1991 | Partager

Le transport routier de personnes et de biens est, en principe, soumis à agrément, mais une part indéterminée des transports passe par des circuits informels.
Des tranches de vie prélevées dans le monde du "camionnage au noir" montrent des phénomènes paradoxaux. C'est ainsi que ces routiers s'appellent eux-mêmes "privés" par opposition à transporteurs "officiels", "légaux" et surtout "agréés". S'il n'est un secret pour personne que la vie des camionneurs non agréés est dure, par contre, on connaît moins leur manière de travailler. Elle est hasardeuse quant aux résultats mais finalement assez organisée pour que l'on y rencontre même des courtiers.

Il est dix heures et quelques minutes. Le matin de ce vendredi 11 octobre s'annonce relativement ensoleillé par rapport à ceux des derniers jours où il n'a cessé de pleuvoir. La pluie fait, certes des heureux mais également des malheureux...
Que se soit à Garage Allal, à l'ex place du marché de gros, à Derb Al Kabir ou à Derb Omar, le moral des camionneurs privés mais non agréés enregistre un beau zéro pointé ! Et pour cause !
Désorganisés, abandonnés à leur propre sort, ayant cette mauvaise réputation de chauffards, survivant au jour le jour, ces camionneurs sont les parias du transport routier.
Figés dans une logique économique dépassée, le camionnage «sauvage» survit au gré des saisons agricoles et du temps du jour.
Il sert d'appoint en haute saison et continue de rêver qui du camion japonais inspirant confiance au client, qui d'une reconversion dans les petits taxis ou les autobus. En basse saison... il attend.

 

 

 

Concurrence cruelle

Chaque jour, ils viennent à huit heures du matin et ne repartent chez eux qu'une fois la nuit tombée. L'essentiel de la journée passe ainsi avec les frères-ennemis du métier, ceux qui ont, eux aussi, un camion, le «bout de fer» ou le «torchon de fer» comme se plaisent certains de le surnommer, faute de l'agrément qui leur permettrait d'exercer avec le concours de l'ONT.
Quelques verres de thé réchauffent, de temps à autre, les mains et les coeurs lassés d'attendre un éventuel client qui aurait besoin de transporter quelques tonnes de légumes ou de fruits.
Un homme relativement âgé, propriétaire d'un camion raconte : «cela fait trois jours que je n'ai pas fait bouger le camion... Je n'ai plus le moindre centime ! «Il y en a même qui pousse la «chasse au client» jusqu'à 22 heures en rêvant de transporter, pour 500 DH, 2 tonnes et demie de marchandises à Rabat, Kénitra ou à El Jadida.
Triste constat d'un marché saturé. Le déséquilibre du marché est si manifeste qu'il suffit qu'un client apparaisse dans sa voiture pour qu'une cinquantaine de camionneurs et de courtiers s'entassent autour de lui, chacun offrant un prix inférieur à celui de son confrère. Les prix chutent. Ils suffisent à peine à couvrir les frais de l'entretien du camion pendant le voyage (carburant, réparation...) et, tout au plus, à acheter pour les enfants un kilogramme de viande à Souk Larbâa ou à Kmiss Zémamra.
Chaque année à pareille époque, le trafic du camionnage baisse : en octobre, le marché des légumes et des agrumes est relativement faible. Il faut attendre le mois de novembre pour que l'activité reprenne progressivement avec l'arrivée sur le marché casablancais des légumes d'Ouled Ziane.
Le camionnage est un métier saisonnier étroitement lié à l'agriculture. De ce fait, il n'est rentable que pendant de courtes périodes. Au début de l'automne, la meilleure recette possible pour un camionneur est de 700 à 800 DH/mois. A partir du mois de novembre, ces chiffres peuvent croître jusqu'à 7.000 à 8.000 DH/mois pendant les moissons.
Le secteur agro-industriel recourt, lui aussi, aux services des camionneurs. Mais là, plusieurs critères entrent en jeu : clientèle, favoritisme...

Généralement, ce sont les camionneurs agréés qui accaparent le transport industriel bien que les camionneurs au noir soient plus nombreux et localisés dans plusieurs points stratégiques de Casablanca : Derb Omar, Derb Kabir, ex-marché de gros, Garage Allal. La différence entre les deux catégories de camionneurs est très importante : alors que les camionneurs avec agrément évoluent dans un circuit commercial structuré et organisé, les autres sont condamnés au transport parallèle,offrant le prix le plus bas pour avoir une commande. Le marché du camionnage est alors cassé. Mais la cassure vient aussi des «étrangers» c'est-à-dire des camionneurs non-agréés d'autres villes comme Fès, Meknès, Marrakech ou Tanger qui, une fois déchargés à Casablanca, investissent le marché local et proposent des prix hors toute concurrence pour rentrer chargés. Les camionneurs locaux voudraient les voir retourner à vide...
La déception est beaucoup plus marquée chez les camionneurs de l'ex-place du marché de gros. Lahsen, 43 ans, père de 7 enfants tous scolarisés, raconte avec nostalgie : «à l'époque de l'ancien marché, les gens vivaient bien. Il y avait la Baraka. Mais depuis qu'il a été transféré, on ne trouve plus quoi faire. La Baraka nous a quittés. Dans le nouveau marché, il faut payer la taxe chaque jour. C'est dur...»
Dur ? Oui. Car outre la taxe à laquelle est assujetti chaque camionneur, les fellahs de Beni-Mellal, du Gharb et de Doukkala qui alimentent le marché de gros engagent, naturellement les camionneurs de leurs propres régions.
Comme dans d'autres marchés, des intermédiaires ont un rôle-pivot. Mais, dans le cas du camionnage, ce rôle s'exerce à des niveaux très divers. Le courtier est généralement un vieux routier, dans les deux sens du terme. Il maîtrise parfaitement la psychologie du marché. C'est lui qui fidélise la clientèle, assure la vente et l'achat des camions d'occasion et fixe les prix des commandes. Son rôle est très important dans la mesure où il intervient également dans les litiges qui naissent parfois entre camionneurs et clients.
En l'absence d'autre organisation, c'est le courtier qui joue le rôle de «El Amine». Son pouvoir est indiscutable et personne, chez les camionneurs et les clients ne peut le remettre en cause. Ce cas montre que, malgré les progrès enregistrés par la réglementation dans notre pays, une partie des activités socio-économiques reste soumise à la coutume et échappe à une réglementation claire et précise.

 

 

 

Les risques du métier

Il y a pratiquement une unanimité sur le fait que le camionnage est un métier ingrat. «C'est un vice !» confie le propriétaire d'un camion après 14 ans de métier !
Le mythe du camionneur est le chauffeur de bus ou de taxi. Son rêve est de se reconvertir dans le transport des personnes. C'est d'ailleurs, ce mythe qui a poussé Saïd, 28 ans, à épouser le métier de son père qui était également camionneur. Aujourd'hui, il constate, avec amertume, que son rêve s'étiole alors qu'il prend en charge sa mère et ses frères.
Le camionneur n'a pas cependant échappé au progrès technique. La nouvelle génération des camions (made in Japan) coûte cher mais attire les clients. C'est pourquoi certains camionneurs se hasardent et contractent des crédits parfois lourds de conséquences pour leur famille.
Le paiement des traites peut devenir un cauchemar. Le montant de la traite varie de 7.000 à 8.000 DH/mois. Il n'y a pas souvent d'autre solution que de travailler jour et nuit sans relâche et dans n'importe quelles conditions. Parfois, cela finit tragiquement dans un virage vers Ouarzazate ou sur la route d'Açilah. Saïd affirme que la pluie, le brouillard et le manque de sommeil sont les causes directes des accidents.
Les camionneurs sont soumis au contrôle de la police et de la gendarmerie. Le contrôle porte sur le tonnage, l'état des pneus... Lahsen se plaint du fait qu'à l'intérieur de Casablanca, il soit arrêté plus de huit fois par jour car dit-il «mon camion est de la vieille génération». Contravention ?
Saïd, par contre, trouve que le contrôle sur le nombre des places occupées et le tonnage devrait être renforcé. Car, affirme-t-il «s'il n'y avait pas ce contrôle, il n'y aurait plus que des carcasses de camions. La rage de gagner de l'argent fait que le chauffeur n'a jamais pitié de l'engin...». Deux générations, deux attitudes devant les contrôles.
Il est déjà midi. Saïd me salue en guise d'au-revoir et me prie de l'excuser car il doit «chasser» des clients...

Abdelkhalek ZYNE
 

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