Enquête

L’incroyable prospérité de la chicha

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4767 Le 06/05/2016 | Partager
Jusqu’à 1.000% de marges bénéficiaires dans les circuits parallèles
La clientèle provient de toutes les couches sociales
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La consommation du narguilé gagne tous les lieux publics. Ici sur une plage dans la région de Tétouan (Ph. L’Economiste -
Les visages ont été modifiés)

La chicha s’est massivement invitée dans les mœurs des Marocains. Elle est consommée sans tabou, aussi bien dans les cafés, bars que chez soi. Son apparition remonte aux années 70. Mais à l’époque, elle n’était consommée que dans les établissements fréquentés par les touristes en provenance du Moyen-Orient. Elle s’est ensuite popularisée à la faveur des séries arabes.

Bien qu’il soit un produit de tabac, le narguilé n’est pas considéré comme tel. Les consommateurs y voient d’abord un arôme. Par conséquent, la chicha, qui signifie «verre» en langue persane, ne présente à leurs yeux aucun risque pour la santé. Certains foyers possèdent même plusieurs pipes pour fumer en famille. Pourtant, c’est bel et bien un dérivé du tabac, mélangé à une mélasse de fruits ou de plantes aromatiques.
Les fabricants redoublent d’imagination pour mettre au point des parfums de plus en plus alléchants. La gamme d’arômes va de la pomme au miel en passant par la réglisse, la pastèque. L’objet étant de séduire le maximum de consommateurs.

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Pour la majorité des consommateurs, le narguilé n’est pas considéré comme du tabac. Par conséquent, il ne serait pas nuisible pour la santé (Ph. Jarfi)

Chez les buralistes, les marges bénéficiaires sont plafonnées à 7%. Par contre, dans le circuit parallèle, la rentabilité ferait rêver la majorité des secteurs. Acheté par paquet de 25 gr à 1 kg, le tabac du chicha est vendu au détail

dans les cafés, les hôtels et les boîtes de nuit. Les tarifs varient d’un endroit à l’autre, d’un quartier à l’autre. La différence va du simple au quintuple, voire plus.
Dans les quartiers populaires de Casablanca, par exemple, pour une dose de narguilé, comptez entre 20 et 50 DH. La clientèle est exclusivement masculine. La gent féminine n’ose pas fréquenter les cafés servant la chicha dans les quartiers populaires de peur d’être harcelée ou assimilées à des prostituées.
Dans les cafés et hôtels huppés, les tarifs sont un peu plus élevés. La dose de narguilé y est proposée entre 100 et 250 DH. Le prix n’y est pas un critère déterminant pour les «habitués ».
La vente sous forme de doses génère des marges énormes. Ainsi, le paquet de 250 gr de chicha, en vente chez les buralistes entre 150 et 156 DH selon la marque, peut être vendu en 20 à 22 doses, à raison de 40 à 150 DH l’unité. Soit un total d’environ 3.000 DH. Une boîte d’un kilo de tabac à narguilé peut être divisée en 80 à 88 doses. Sur cette formule, la marge peut atteindre 13.000 DH nets d’impôts! Peu d’activités génèrent autant de profits.
Depuis le 1er janvier 2016, la fiscalité de ce tabac a connu une forte hausse. Du coup, les prix homologués par la Commission du tabac, présidée par le ministère des Affaires générales et de la Gouvernance, ont enregistré une augmentation de 50% environ. Ce qui va favoriser le développement de la contrebande déjà florissante depuis le printemps arabe. Un phénomène qui a poussé la Société marocaine des tabacs (SMT) à se retirer de ce marché. Du moins, provisoirement.

Cherchez la date de péremption

Certaines marques de chicha commercialisées au Maroc comportent la date de production. D’autres, la date de fabrication et la date limite de consommation. L’ensemble des textes régissant le secteur ne prévoit aucune disposition sur la date de péremption des produits de tabac. La question a longtemps fait l’objet de débats et de polémiques entre les industriels du tabac et l’Organisation mondiale de la santé. Les premiers voulaient inscrire la date de péremption sur les paquets de cigarettes. Mais cela aurait donné aux fumeurs l’impression que le tabac peut être bon pour la consommation pendant une période donnée. Ce qui est antinomique avec la réalité des effets nocifs du tabac. Mais dans le cas de la chicha, le fait qu’elle soit vendue à la dose rend impossible la traçabilité du produit. Par conséquent, les restaurants, cafés, boîtes de nuit pourraient toujours proposer à leurs clients des produits dont la date limite de consommation est largement dépassée.

 

 

 

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