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    Analyse

    Ilyas El Omari au Club de L’Economiste: Les dérapages qui inquiètent le PAM

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4762 Le 29/04/2016 | Partager
    Agressions, insultes… comment le discours politique s’est appauvri
    Listes électorales: de fortes interrogations sur les dessous des inscriptions
    «L’importance d’une formation n’est pas liée au nombre de ses adhérents»
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    Pour Ilyas El Omari, secrétaire général du PAM, la recrudescence des agressions liées à des affaires de liberté individuelle est «le résultat direct de la violence verbale du chef du gouvernement, qui est devenue une marque déposée» (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Le PAM a opté lors du dernier congrès national pour une idéologie de centre gauche. Qu’est-ce que cela signifie concrètement?
    - Ilyas El Omari:
    Idéologiquement, le PAM s’oppose au fondamentalisme, qui ne correspond pas à la nature et à l’histoire de la société marocaine. Nous défendons plutôt la liberté, dans un cadre de responsabilité, sans dérapages ni chaos. Pour ancrer cette orientation dans les documents de base du parti, nous nous sommes basés sur le référentiel de la pensée moderniste, qui constitue une réponse à la crise du libéralisme et du socialisme. Mais il faut souligner que plusieurs partis évitent de se référer à des idéologies, parce qu’elles exigent des prises de position qui risquent de leur faire perdre des voix lors des élections.

    - Vous avez interpellé le ministère de l’Intérieur sur les inscriptions sur les listes électorales, notamment celles effectuées par le PJD. Qu’est-ce qui a motivé cette décision?
    - Lors des dernières élections, nous avons constaté que le taux d’inscription a augmenté de façon considérable, surtout dans les grandes villes où il a pratiquement doublé. Nous aurions pu comprendre si cela s’était produit en 2011. Aujourd’hui, nous nous interrogeons si l’Etat va permettre la reproduction de cette opération cette année. Pour nous, le problème dépasse une falsification technique du scrutin.
    Nous nous demandons si cela ne cache pas l’existence d’une administration parallèle, comme c’est le cas dans d’autres pays. D’ailleurs, nous n’avons pas compris les raisons derrière la rédaction du communiqué du chef du gouvernement, qui reproche au ministre des Finances sa réponse aux groupes parlementaires, au siège du PJD, et publié dans un jour de congé. Cela ne correspond pas au fonctionnement normal des institutions. Nous sommes également interpellés par les déclarations de Abdelilah Benkirane qui est sûr que son parti va gagner les élections, et appelle les autres partis à patienter jusqu’en 2021.

    - Le gouvernement a mené un bras de fer dangereux avec les enseignants stagiaires au moment où le pays est engagé dans une réforme globale du secteur. Qu’en pensez-vous?
    - L’avenir de l’enseignement est lié à la capacité du pays à former de nouveaux éducateurs. En 2021, plus de 120.000 enseignants vont partir en retraite. C’est la génération qui a eu son bac avant 1983. Maintenant, la priorité doit être accordée au nombre des personnes formées et à la qualité de la formation dispensée. Par exemple, qui va se charger de l’enseignement des matières scientifiques et des langues étrangères conformément à la nouvelle réforme. La situation n’est pas non plus reluisante dans le domaine de la recherche scientifique, qui reste dispersé et doté d’un budget très faible. Or, il s’agit de promouvoir ces laboratoires qui peuvent produire des idées pour des programmes de développement.

    - Qu’est-ce que vous proposez pour inverser la tendance?
    - Après mon élection à la tête de la région Tanger-Tétouan, j’ai constaté l’état désolant de l’enseignement universitaire et de la recherche scientifique. C’est pour cela que j’ai bataillé pour orienter une grande partie du budget vers l’université. Parallèlement, nous sommes en train de travailler sur un projet de cité universitaire qui fournit aux étudiants des zones de logement, des centres de recherche et même des espaces pour organiser des manifestations, pour éviter qu’ils occupent la voie publique. Les plans sont prêts et nous sommes à la recherche du terrain.

    - C’est un projet qui nécessité un grand budget. Comment vous allez mobiliser ces ressources?
    - Nous menons des contacts avec des partenaires étrangers, auxquels nous présentons des projets à financer. Par exemple, le sommet sino-africain a prévu 60 milliards de dollars au profit de projets dans le continent. Pour l’instant, le Maroc n’en n’a pas profité. Nous avons contacté des responsables chinois, et nous aurons la confirmation dans quelques jours. Nous envisageons également de solliciter d’autres donateurs comme la Fondation Bill Gates.

    - Vous faites de la modernité votre credo, mais le PAM a été peu visible dans le débat autour des libertés individuelles?
    - Notre position sur ce sujet est claire. Après les dernières affaires comme celle de Beni Mellal, nous avons considéré que les citoyens n’ont pas le droit de contourner l’autorité légale. Personne ne doit se faire justice par ses propres moyens. Mais nous restons inquiets face à l’évolution dangereuse de cette tendance. Après les agressions dans la rue, comme cela a eu lieu à Inezgane, nous sommes passés aujourd’hui à la violation de la sacralité des maisons. Pour nous, ceci est le résultat de l’amplification de la violence verbale, contre laquelle nous avons souvent mis en garde. Par exemple, le chef du gouvernement se donne le droit d’insulter ses adversaires politiques, y compris moi, en les accusant de dépravation ou de trafic de drogue. Si cette personne dirige une région sans être inquiétée, c’est que les pouvoirs publics n’ont pas fait leur travail. Ce qui laisse la porte ouverte à des réactions individuelles violentes. Rappelez-vous qui a assassiné Omar Benjelloun. Ce n’était pas les leaders, mais plutôt des gens simples.
    - Le PJD et le PPS ont reconduit leur alliance. En face, l’opposition avance à pas dispersés. Quelle est la raison du manque de coordination?
    - Au début, nous avions décidé de travailler en commun. Nous avons présenté plusieurs mémorandums reflétant les positions partagées des 4 partis de l’opposition. Après les élections de 2015, l’Istiqlal a fait sa propre lecture à quelques mois du prochain scrutin. Il y a eu également des divergences relatives à l’élection du président de la Chambre des conseillers, de même que sur un projet de charte déontologique que nous avons proposé pour mettre fin à la transhumance. Mais certaines formations ont refusé de la signer.

    - Quel est le risque de bipolarisation politique autour du PAM-PJD?
    - Je suis contre la bipolarisation partisane, qui a montré ses limites. Je m’oppose également à la classification des grands et petits partis. L’importance d’une formation n’est pas lié au nombre de ses adhérents, mais plutôt à son influence dans la scène politique. Par exemple, je considère que le PSU a eu plus d’impact que le PAM ou le PJD dans certaines périodes. Le pays a besoin de ces partis qui proposent des alternatives inhabituelles et qui participent à la création de nouveaux concepts.

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    ■ Le MTD joue un rôle essentiel de matrice intellectuelle pour le PAM. Au-delà du PAM même. Pourquoi nous n’en entendons plus parler?

    - L’offre intellectuelle du PAM a été présentée à tous les partis, sauf certains qui ont d’autres convictions. Elle continue encore à encadrer notre action politique. J’aurais préféré que le Mouvement pour tous les démocrates soit encore présent en tant que structure et pas seulement en tant que référentiel de pensée. Mais sa disparition est due à des contraintes notamment liées aux engagements de son président Ahmed Akhchichine et d’autres membres, qui étaient pris par leurs préoccupations politiques et partisanes.

    Propos recueillis par
    Mohamed Ali MRABI

     

     

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