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    Sciences de management
    «3 fois sur 4, mes étudiants m’appellent monsieur!»

    Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4754 Le 19/04/2016 | Partager
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    Doha Sahraoui, qui est professeur à l’université Cadi Ayyad de Marrakech, travaille sur la question des femmes au travail depuis 10 ans (Ph. Mokhtari)

    Professeur à l’université Cadi Ayyad de Marrakech, Doha Sahraoui travaille sur la question du genre au travail depuis 10 ans. Pour ces 2e Rencontres internationales des sciences de management, sa communication porte sur l’égalité professionnelle homme/femme à l’épreuve de la culture nationale.   

    - L’Economiste: Nos entreprises appliquent-elles assez le principe d’égalité?
    - Doha Sahraoui:
    Certaines multinationales et entreprises nationales mettent en place un dispositif égalitaire importé de l’Occident. C’est bien, mais le souci est que, confrontées à la culture nationale, ces pratiques égalitaires peuvent devenir arbitraires. Au Maroc, le taux des femmes dans les comités de direction est inférieur à 10%. Or l’objectif du Millénaire pour le développement était d’atteindre le tiers en 2015. Et nous sommes en 2016… Le problème est que nous n’avons aucune législation favorisant leur promotion. Si notre code du travail condamne la discrimination directe, la discrimination indirecte est quant à elle plus difficile à combattre car elle reste une grande inconnue. Lorsque la multinationale s’impose des quotas pour favoriser la promotion des femmes, elle peut être confrontée au refus des femmes elles-mêmes qui n’ont pas les moyens d’accepter ces promotions. Nous en venons là à l’épreuve de la culture nationale.

    - Comment cela s’explique?
    - La forme de ces postes à responsabilités ne change pas. Expatriation, plus de responsabilités, plus d’heures de travail…, or ces femmes vivent dans un contexte qui leur demande d’assumer également une responsabilité sociale. Le foyer, le mari et les enfants. Ne pas être affranchies de cette responsabilité, les oblige à mettre entre parenthèse leurs ambitions professionnelles. Donc, elles avancent dans leur carrière jusqu’à ce que l’équilibre entre ces 2 responsabilités soit incertain. Les entreprises ne mettent pas beaucoup de volonté pour dépasser cet ancrage social. Pourtant, les études internationales démontrent que lorsque la femme a accès aux postes à responsabilité, l’impact sur la performance économique nationale est positive. Selon les chiffres de la Banque mondiale, les pays qui n’arrivent pas à les intégrer de manière équitable dans la sphère économique perdent jusqu’à 2 points de PIB.

    - Leur permettre de concilier vies professionnelle et personnelle serait donc la solution?
    - Les personnes qui appliquent ces pratiques égalitaires au sein de leurs entreprises doivent inspirer confiance, non pas en tant que DRH mais en tant que personne. Il faut des modèles en interne, voir qu’une femme mariée et mère de famille, endosse sereinement des postes à responsabilité. Pour être équitable, l’entreprise doit intégrer et réagir en fonction de cette notion de vie familiale qui est primordiale dans notre société. Accepter le fait que les femmes ont déjà une responsabilité sociale à assumer à l’extérieur. Mais arriver à la parité, ne demande pas de mener une guerre, il s’agit plutôt d’une succession de petites batailles. Personnellement en tant que professeur d’université, et pour l’anecdote, mes étudiants m’appellent 3 fois sur 4 monsieur! Car si j’ai les mêmes opportunités de carrière que mes collègues hommes, il n’empêche qu’au sein de l’université, les postes de président, vice-président ou doyen se conjuguent au masculin. On en revient encore à l’absence de modèle. Vous savez, c’est un sujet complexe sur lequel je travaille depuis 10 ans, sans être arrivée à trouver des solutions toutes faites! L’objectif est de faire en sorte que les femmes puissent choisir librement de travailler ou non, en tant qu’être humain, sans question de genre. Démocratiser le sujet en quelque sorte, et dépasser le cas exceptionnel. Mais il nous faudrait déjà engager des études statistiques de fond. Ce qui pourrait nous aider à comprendre pourquoi le taux d’activité féminin au Maroc est aussi faible.
    Propos recueillis par
    Stéphanie JACOB

     

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