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Enseignement primaire
Pourquoi les ¾ des élèves de 9 ans sont illettrés

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4734 Le 22/03/2016 | Partager
La faible maîtrise de l’arabe, la langue d’enseignement, parmi les principaux facteurs
Une nouvelle méthode de lecture est expérimentée dans 90 écoles
La «pédagogie de l’erreur» sera intégrée dans les cours de sciences
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Fouad Chafiqi, directeur des curricula au ministère de l’Education nationale, SG de l’Association mondiale des sciences de l’éducation (AMSE): «Notre souhait est de pouvoir arriver à régler le problème de l’enseignement primaire avant 2018 ou 2019»  (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Le caractère disciplinaire des programmes, non adapté aux enfants du primaire, est-ce ce qui explique que 76% des élèves demeurent illettrés après 4 ans passés à l’école?
- Fouad Chafiqi:
Je pense que les raisons sont encore plus profondes. Apprendre passe à travers un langage et une communication qui s’opèrent en classe ou en famille. Si l’enfant n’arrive pas à acquérir très vite ces outils, il se retrouve devant une double difficulté dans les niveaux supérieurs. Par exemple, l’arabe est une langue enseignée qui devient rapidement une langue d’enseignement. Quand l’enfant ne la maîtrise pas, cela met l’enseignant devant deux alternatives. D’abord, s’exprimer en arabe dialectal, ou en amazigh dans les zones amazighophones. Et là, l’enfant perd une occasion de pouvoir développer son apprentissage de la langue en l’utilisant dans son enseignement. Il peut, certes, apprendre des choses à travers la darija ou l’amazigh, mais il ne pourra pas aller plus loin dans ses études, puisque les sciences et les maths ne sont pas écrites dans ces deux dialectes.
La deuxième solution, la plus difficile et que nous avons choisie, est de travailler sur la méthode de lecture durant les trois premières années du primaire. Pour le moment, nous commençons avec les deux premières, grâce à un programme que nous avons appelé «littératie, lire pour réussir», actuellement testé dans 90 établissements.

- Qu’est-ce qui caractérise ce programme?
- Depuis la réforme des années 2000, l’apprentissage de la langue arabe s’opère selon la méthode globale. C’est-à-dire que pour apprendre à lire, l’on part de la phrase, pour ensuite aller vers le mot, puis vers la lettre. C’est une méthode intéressante qui se base sur certaines théories psychologiques, notamment le gestaltisme. Mais elle a montré beaucoup de limites. Surtout pour une langue telle que l’arabe, où l’usage des voyelles est très particulier. Nous introduirons donc la méthode syllabique, qui démarre de la syllabe. Tous les outils nécessaires ont été mis à la disposition des enseignants pour un semestre. Nos équipes pédagogiques sont en train de travailler sur les programmes entiers de la 1re et 2e année. Nous avons également mis en place une évaluation internationale, Egra, permettant de mesurer la rapidité et l’aisance des enfants dans la lecture dans ces établissements pilotes. L’approche pourrait ensuite être généralisée aux 4 premières années du primaire.   
Cette méthode, ainsi que le programme des 4 premières années avec ses trois nouveaux pôles (voir article page précédantes), seront évalués vers juin ou juillet. Une troisième composante est, en outre, en expérimentation dans les régions de Settat, El Jadida et les provinces limitrophes. Elle concerne l’apprentissage des mathématiques et des sciences.

- C’est donc une révision en profondeur des contenus…
- Notre objectif est d’aller vers un modèle entièrement revisité. Pour les mathématiques et les sciences, nous aurons recours à la pédagogie de l’erreur, utilisée à travers le monde depuis au moins une quarantaine d’années. En sciences, lorsque l’on pose à des personnes une question, généralement les réponses sont naïves et ne s’appuient pas sur des modèles théoriques. Cette pédagogie, aujourd’hui testée à Settat, Sidi Bennour et El Jadida, valorise l’erreur. Face à une réponse erronée, la mission de l’enseignant n’est pas de donner la bonne, mais de planifier une action ou des activités qui permettraient aux enfants de se rendre compte des limites de leur raisonnement. Cela suppose que le professeur soit bien outillé pour réussir sa mission. Il faudra, cela dit, changer les rapports en classe. L’enseignant continue d’être la source de la connaissance. Dans ce nouveau modèle, il se transformera en facilitateur.

- Vous vous êtes fixé un échéancier pour ces projets?
- C’est un chantier de longue haleine. Notre souhait est de pouvoir arriver à régler le problème de l’enseignement primaire avant 2018 ou 2019. Cela dit, pas uniquement sur le plan des contenus, même s’ils sont en grande partie responsables de la défaillance du système. Ils sont lourds, chargés, parfois au-dessus du niveau des élèves et même de certains enseignants… Il y a aussi les effectifs pléthoriques en classe, auxquels il faudrait des solutions. En Egypte, où nous avons visité des classes il y a moins d’un mois, les salles comptent au moins 80 élèves. Certaines en contiennent jusqu’à une centaine. Même avec ces effectifs, ils arrivent à réaliser des réussites.  
Nous ne sommes pas un pays riche pouvant se permettre de mobiliser un enseignant pour une poignée d’élèves, surtout dans les douars reculés. Le Maroc est condamné, pour encore quelques années, à avoir des classes à niveaux multiples, des enseignants pluridisciplinaires, … mais même avec toutes nos contraintes, si nous travaillons sur les programmes, en les allégeant et les mettant plus en cohérence, si nous améliorons la formation initiale des enseignants, nous avons une chance de réussir.
Propos recueillis par
Ahlam NAZIH  

 

 

 

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