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Enseignement primaire
Tout sur la réforme des curricula

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4734 Le 22/03/2016 | Partager
Langues, maths & sciences et épanouissement, 3 pôles en gestation
Testés dans 200 établissements choisis dans 4 régions
La suppression des redondances libérera du temps pour le soutien scolaire
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Le programme éducatif actuel est basé sur une approche «disciplinaire» inadaptée pour les enfants du primaire. Les apprentissages sont également «cloisonnés». Selon le ministère de l’Education nationale, 70% des mots appris sont abstraits pour les enfants, et leur fréquence de répétition est trop faible (Ph. Bziouat)

Sureffectifs en classe, manque de formation et d’incitation des enseignants, des approches inefficaces, des réformes interrompues à l’infini,… Plusieurs ingrédients contribuent à l’échec cuisant de la politique éducative au Maroc. Mais la qualité des programmes pédagogiques y endosse une bonne part de responsabilité. L’Education nationale s’attaque enfin au chantier de la refonte du programme du primaire, dont la dernière version, celle de 2002, a largement montré ses limites. «Les rapports des inspecteurs dans différentes disciplines ont relevé plusieurs anomalies. Certaines ont été corrigées, surtout au niveau des manuels scolaires. Cependant, des dysfonctionnements  profonds persistent», regrette Fouad Chafiqi, directeur des curricula au ministère de l’Education nationale.  

La tutelle revoit donc en profondeur les apprentissages du primaire, dans le cadre de sa vision 2015-2030. Une première mouture de cette réforme est en expérimentation depuis la rentrée 2015-2016 dans 200 établissements, choisis dans 4 régions: Rabat-Salé-Kénitra, l’Oriental, Souss Massa et Fès-Meknès.  Trois pôles ont été définis. Le premier est celui des langues. C’est aujourd’hui l’un des principaux points noirs du système. «Le niveau des élèves en la matière a commencé à se dégrader dès la deuxième moitié des années 70, avec l’arabisation progressive des cours», rappelle un ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Education nationale. «C’est un chantier très sensible. Certaines lettres, en arabe comme en français, peuvent, par exemple, s’écrire en quatre manières différentes. Ce qui n’est pas évident pour les élèves. Les profs qui appliqueront la réforme devront être bien formés et au fait de toutes les difficultés», poursuit-il. Actuellement, dès la première année du primaire, les enfants de six ans apprennent l’arabe et l’amazigh (lecture et écriture). A la deuxième année, ils assimilent aussi le français. «Vraisemblablement, la conception de ce programme a été opérée de manière isolée. Il n’existe pas de passerelles entre ces trois langues, ce qui ne facilite pas la tâche à l’apprenant», relève Chafiqi. Les experts du ministère veilleront donc à mettre en harmonie les trois. Une thématique abordée en arabe, par exemple, le sera également en français et en amazigh. Cela permettra aux enfants de développer un lexique en trois langues autour d’un même sujet. C’est là le principe «d’alternance linguistique» préconisé par le Conseil supérieur de l’éducation, et qui vise à former sur le long terme, des promotions de bacheliers trilingues. L’approche utilisée sera celle dite «par compétences», avec un focus sur quatre aptitudes: écouter et savoir déchiffrer des sons, pouvoir lire et être capable de produire des textes, à la fois à l’écrit et à l’oral. «La politique d’arabisation a souvent été pointée du doigt dans le déclin du système en langues, mais aucun gouvernement n’en a vraiment évalué le bilan», souligne l’ex-haut

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Au total, l’Education nationale embauche chaque année entre 7.000 et 8.000 licenciés pour les trois niveaux d’enseignement. Mais moins de 3.000 seulement sont diplômés de filières universitaires de l’éducation. Sur cet effectif, aucun n’est formé pour le niveau primaire. Cela pose un vrai problème de compétence du corps enseignant supposé porter la nouvelle réforme

fonctionnaire du ministère, qui a également fait partie des cadres ayant travaillé sur la traduction des programmes scolaires en arabe, notamment les mathématiques. Selon lui, l’ancien ministre de l’Education, Azzeddine Laraki, qui a officialisé l’arabisation des enseignements dans les années 80, au-delà des considérations politiques, était obligé d’agir face à la détérioration du niveau des élèves en langue française. «Nous avons déjà perdu le français. Si nous n’arabisons pas, nous perdrons les sciences aussi, m’avait confié Azzeddine Laraki», témoigne l’ancien haut fonctionnaire. Le retour au bilinguisme, en plus du trilinguisme au secondaire, ne sera certainement pas aisé. Car la refonte des programmes seule ne suffira pas. Le projet nécessitera, en outre, des budgets conséquents.

Le deuxième pôle de la réforme des contenus est celui des sciences, qui pourrait être baptisé «mathématiques, sciences et technologie» ou «ingénierie». Là encore, une anomalie de taille existe. «Les programmes des sciences ont été rédigés dans une logique disciplinaire, comme celle destinée pour le niveau secondaire», confie le directeur des curricula. «Or, les maths, les sciences et la technologie ne devraient être pour les enfants du primaire que des outils intellectuels leur permettant de découvrir le monde qui les entoure, et de développer des capacités de réflexion et de raisonnement», poursuit-il. Ce modèle sera construit autour de thèmes qui attirent la curiosité des enfants. Le dernier pôle est celui de «l’épanouissement et de la socialisation», comprenant tout ce qui a trait à l’éducation artistique, religieuse, sportive, physique et à la citoyenneté. Actuellement, ces apprentissages obéissent eux aussi à une logique disciplinaire qui n’est pas adaptée aux élèves du primaire. Le ministère souhaite en faire des «véhicules» de valeurs communes à inculquer aux enfants. Il est, par exemple, possible de tirer un ensemble de valeurs, comme l’entraide, la solidarité, la persévérance,… à la fois dans des activités sportives et à travers des versets coraniques et hadiths. Les redondances dans les programmes seront également éliminées, ce qui permettra aux enseignants de dégager jusqu’à  trois heures par semaine. Ce «capital temps» sera utilisé dans des séances de soutien scolaire. Ce sont généralement les cadres du ministère qui élaborent les nouveaux programmes, souvent au gré des demandes des ministres en place. Certains spécialistes suggèrent qu’ils soient d’abord examinés et validés par une entité dédiée, ce qui limiterait le risque d’erreurs. Pour l’instant, cette réflexion n’est pas à l’ordre du jour.

 

 

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