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    Analyse

    Méditel au Club de L’Economiste
    Business model: Une forte transformation s’annonce

    Par L'Economiste | Edition N°:4498 Le 06/04/2015 | Partager
    Le Marocain regarde son smartphone jusqu’à… 150 fois par jour!
    7 millions de Marocains connectés à Facebook
    16 millions surfent régulièrement sur le Net

    Michel Paulin, DG de Méditel:  Logiquement  «les prix vont continuer à baisser. Mais, la tendance devra se stabiliser. Il y a encore du potentiel sur l’utilisation du téléphone au Maroc. L’effet volume ne sera pas forcément lié à la démographie mais plutôt au potentiel d’usages»

    Licence 4G, partage d’infrastructures, bataille marketing et commerciale, haut débit, relais de croissance, mutations des modes et usages télécoms… Invité au Club de L’Economiste, Michel Paulin, DG de Méditel, décrypte les tendances du marché. Il analyse les enjeux du secteur au lendemain de l’attribution de la licence 4G.

    - L’Economiste: L’attribution de la licence 4G devra révolutionner le marché… Que devra apporter cette technologie en termes de haut débit, de changement de modes et usages télécoms?
    - Michel Paulin: Je ne pense pas que la 4G va révolutionner le marché marocain. Je vous rappelle que ce marché reste fortement dominé par le prépayé (ndlr: plus de 94%). L’essentiel des utilisateurs est encore dans la 2G, en mode prépayé. La 4G sera plus un élément déclencheur d’une évolution, à travers l’émergence d’usages multiples du très haut débit. Le succès de la 3G a démontré l’appétit des Marocains pour le haut débit. Aujourd’hui, l’on va vers une diversité d’usages. Je vous rappelle qu’au Maroc, l’on regarde son smartphone en moyenne entre 100 et 150 fois par jour! Autrement dit, les opérateurs télécoms occupent une bonne partie du quotidien des utilisateurs. Aujourd’hui, 7 millions de Marocains sont connectés à Facebook. Mieux, 16 millions surfent très régulièrement sur Internet. C’est dire que l’univers télécoms est ancré dans le quotidien des utilisateurs. En clair, l’évolution des usages est en train de se transformer rapidement. L’avènement de moyens alternatifs type WhatsApp fait qu’il y a une évolution extrêmement rapide des usages. Curieusement, et pour la 1ère fois au Maroc, le nombre de SMS a baissé. A terme, la voix va baisser et sera substituée par d’autres moyens d’échanges type WhatsAPP.  Nous sommes donc sur une transition, une période charnière marquée par une décroissance des revenus de la voix et une explosion de l’usage data. C’est une grande transformation du business model qui s’annonce. Cette phase est complexe à manager parce qu’il faudra monétiser la data et les flux, alors qu’en face la voix perdra du terrain.
    Justement, la 4G devra permettre d’accélérer ce mouvement vers le très haut débit pour avoir une qualité de navigation, d’interconnexion et d’échange encore meilleure. L’expérience a montré que plus on offre de la bande passante et du trafic, plus le marché  en demandait et en utilisait.
    - 500 millions de DH pour une licence! C’est finalement une offre financière cher payée ou c’est le juste prix?
    - Comme vous le savez, il y a eu trois licences. Trois opérateurs se sont positionnés sur ces licences qui donnaient droit à l’utilisation de trois bandes de fréquences.  Le plus important c’est que la bande des fréquences 1800 est contiguë à la fréquence que nous avons déjà. Car si vous avez une fréquence contiguë à une fréquence que vous avez déjà, l’investissement dans la totalité de la bande 1800 est moindre. Si vous faites le calcul de la façon dont est fait l’appel d’offres, il fallait que nous ayons soit la licence A, soit la licence B… pour pouvoir être sûrs que nous disposons d’un spectre contigu au nôtre. Ensuite, il fallait analyser la valeur de chacune des licences. Les différentes analyses et benchmarks que nous avons effectués démontrent qu’il n’y a pas de différence technique dans la bande de 1800 entre les licences A et B. Et c’est pourquoi nous avons estimé que la valeur de cette licence était proche des 500 millions de DH. Ce qui correspond au prix de réserve initialement proposé par l’ANRT. Du coup, nous avons proposé un tout petit peu plus que 500 millions de DH. Finalement, je pense que c’est un prix juste compte tenu des offres financières des licences 4G à travers le monde. Nous sommes heureux aujourd’hui de décrocher la licence A, qui va nous permettre de déployer la 4G, de garder la bande contiguë (1800) et continuer à booster le très haut débit.
    - Quelles seront vos priorités en termes de déploiement de la technologie en 2015?
    - Nous avons lancé, il y a deux ans, un grand programme de renouvellement de nos équipements et antennes. C’est ce qu’on appelle le rand-renewal. L’objectif étant de préparer le réseau à l’implémentation de la 4G. Ce chantier (single rand) consiste à utiliser les mêmes équipements pour pouvoir rajouter un certain nombre d’équipements, et offrir la 4G. Aujourd’hui, l’essentiel de notre investissement consiste à grossir les tuyaux de notre réseau et mettre de plus en plus de fibres dans les sites. Nous allons donc continuer à investir dans les villes et les zones périurbaines pour avoir un backbone puissant et capable d’écouler du trafic. L’essentiel des investissements va aller vers ces domaines-là, puisque la partie radio est déjà préparée. Pour le rand-renewel, notre objectif est de boucler cette année. Donc, notre réseau sera totalement compatible 4G fin 2015. En revanche, nous devons continuer à investir pour pouvoir augmenter la taille de notre réseau et faire en sorte que l’essentiel des sites, en particulier dans les villes, soit fibré pour pouvoir offrir le maximum de capacité.
    - Le déploiement de la 4G requiert un meilleur partage d’infrastructures. Où en est aujourd’hui la bagarre sur le dégroupage?
    - Le partage d’infrastructures est assurément une opportunité à plusieurs titres pour le Maroc. C’est prouvé partout dans le monde, un meilleur partage permet d’accélérer le déploiement d’infrastructures pour avoir plus de haut débit. Plutôt que de répliquer inutilement des investissements, le partage permet de fédérer et de multiplier les investissements. L’ANRT a pris récemment une décision historique pour fixer les règles du jeu et les conditions du partage. Je précise que nous partageons 300 sites avec Wana, 300 km de fibres. Nous souhaitons le faire aussi avec l’opérateur historique en plus de mettre à disposition notre réseau. La décision de l’ANRT va justement permettre de définir un cadre clair avec l’obligation de partage entre les trois opérateurs. Il faut rappeler que l’opérateur historique a dit de manière officielle qu’il n’était pas favorable au partage.  
    - Justement, l’un des opérateurs reproche à Orange, et à travers elle Méditel, de ne pas investir massivement...
    - C’est faux. Je rappelle que nous avons investi 1,2 milliard de DH en 2014 et nous comptons investir 7 milliards de DH sur les 5 prochaines années. En revanche, nous ne souhaitons pas investir dans la duplication. Mais dire aujourd’hui que Méditel n’investit pas est une assertion complètement fausse. Si vous faites le compte, nous avons investi (11 milliards de DH pour la licence) des dizaines de milliards en 15 ans. Nous sommes l’un des investisseurs majeurs de l’économie marocaine.
    - Il y a de fortes attentes sur la loi télécoms qui tarde à voir le jour… Quels en sont les principaux enjeux?
    - Nous sommes favorables à cette loi qui devra renforcer les prérogatives du régulateur, en lui donnant les moyens de faire appliquer les décisions.
    - Pourquoi ce n’est pas le cas aujourd’hui?
    - Pour le moment, l’ANRT n’a pas un pouvoir fort et ses moyens sont relativement limités. La loi devra justement renforcer les décisions de l’ANRT tout en définissant des règles claires entre l’ensemble des acteurs, leurs rôles et attributions. D’ailleurs, le partage d’infrastructures sera l’un des chantiers prioritaires de la nouvelle loi, actuellement en discussions au Parlement. Plus encore, la loi  contribuera à définir un cadre encore plus favorable à l’investissement et au développement du numérique. Ce qui est une opportunité pour l’ensemble de l’économie du Maroc.
    - Est-ce que la tendance baissière des prix devrait encore se poursuivre?
    - Je pense que les prix vont continuer à baisser. Mais, la tendance va se stabiliser. De toute façon, il y a des mécanismes de marges qui font que les effets volume ne seront plus compensés. A un moment, la fameuse notion d’élasticité ne va pas compenser la baisse des prix. Ceci dit, il y a encore du potentiel sur l’utilisation du téléphone au Maroc. Il faut savoir que les comparaisons avec des pays comme la Tunisie ou l’Egypte montrent que le Marocain consomme moins. Ce qui renseigne sur le potentiel et les marges de progression au Maroc.  Il y a un effet volume qui ne sera pas forcément lié à la démographie mais plutôt au potentiel d’usages.

    Propos recueillis par Amin RBOUB

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