Enquête

Le chardonneret parva, le «maître-chanteur», livre son dernier récital

Par L'Economiste | Edition N°:4482 Le 13/03/2015 | Partager
Braconnage et chasse sauvage ont décimé 80% de cette espèce de passereaux
Les oiseaux sont acheminés illégalement vers l'Algérie où ils sont vendus hors prix
Loi récente, manque d'implication des autorités... Le Maroc risque de perdre la richesse de sa faune

Vous l'avez probablement croisé sans le voir, le chardonneret marocain,

Le chardonneret parva ou «M’qinine» a, de tout temps, suscité les convoitises des amateurs des chants et d’élevage des oiseaux. Il est considéré comme l’oiseau référentiel du chant vu ses différents atouts en matière de tournures improvisées. Il est en mesure d’exécuter plusieurs mélodies et sonorités avec allégresse, aisance et grâce. Un récital parfait et charmeur qui le distingue des autres passereaux. Victime de sa richesse et de sa beauté, le chardonneret est victime d’un intense braconnage... Près de 80 % de l’espèce a aujourd’hui disparu

communément appelé passereau, est aujourd'hui victime d’une triple menace. D'abord de la sécheresse qui a contribué à la dégradation des espaces naturels indispensables pour la reproduction et le peuplement de ces oiseaux. A cela s'ajoute l'urbanisation galopante qui s'effectue au détriment des vergers et plantations qui constituaient des ceintures vertes autour des villes et refuges pour la nidification. Mais la pire d'entre elles, c'est l'acharnement de l’homme qui a trouvé dans le commerce ornithologique un gain juteux. Même la loi sur la protection de ces espèces, qui aurait pu éviter le pire, ne date que de septembre 2011.
C'est une implacable chasse sauvage qui est livrée à cette espèce de passereau extrêmement prisé pour la beauté de son plumage et surtout de son chant, qu’il peut exécuter en 15 mélodies différentes. Certains participent même à des concours nationaux de chant et leur prix atteint des sommets allant jusqu'à 8.000 DH le chardonneret virtuose!! De tout temps, le chardonneret maghrébin parva «le M’qinine» a suscité les convoitises des amateurs des chants et de l’élevage des oiseaux. Ils le considèrent comme l’oiseau référentiel du chant vu ses différents atouts en matière de tournures improvisées. Il est en mesure d’exécuter plusieurs mélodies et sonorités avec allégresse, aisance et grâce. Un récital parfait et charmeur qui le distingue des autres passereaux. Pour d’autres, il est prisé pour la couleur diversifiée de son plumage. Des couleurs chatoyantes aux multiples variétés: un noir auréolé de rouge dominant la  tête lui procure une crinière écarlate.

Les oiseaux objets de contrebande et destinés à la vente illégale sont placés dans des cages de fortune «nommées Sappa». Dans plusieurs cas, ils ne résistent pas aux conditions de transport, et meurent (Ph. A.K)

C’est, d’ailleurs, le trait distinctif entre le mâle et la femelle. Le brun, le jaune doré, ainsi que d’autres couleurs  dérivées dans la gamme argentée couvrent le dos. La queue est souvent noire émaillée de blanc vivace, alors que le croupion est gris clair ou blanc. Avec de tels attraits, impossible de ne pas succomber aux charmes de ce «maître chanteur» qui enchante l’homme et initie les oisillons qu’on prépare pour les concours de chant.
Plus de 80% des chardonnerets de l’Oriental ont été décimés par cette traque intensive, comme le précise le dernier comptage réalisé par la Ligue de l’Oriental des amateurs d’oiseaux avec l’Institut allemand de la protection des oiseaux et l’Association hollandaise pour la protection du busard cendré. Une association qui lance la sonnette d’alarme et qui interpelle le Haut-commissariat aux eaux et forêts pour réguler la chasse de ces oiseaux et sévir contre les braconniers. Pour l'instant, quelques initiatives isolées tentent de mettre le holà à la fraude, mais sans véritable action concertée. Les différents services de douane, de gendarmerie royale et des forces armées royales ainsi que des forces auxiliaires ne cessent de faire échouer les tentatives de contrebande vers l’Algérie. Ils ont procédé au cours de 2014 à l’arrestation de plusieurs contrebandiers en possession de plus de 18.000 chardonnerets, indique la ligue. Il arrive aussi qu’au cours d’une seule journée, des milliers de ces passereaux soient entassés dans des cages de fortune «nommées Sappa» et acheminés vers l’Algérie à dos d’âne. "Dans de telles conditions, plusieurs d’entre eux meurent en captivité", rapporte à L’Economiste un vendeur d’oiseaux à Oujda. Et d’ajouter que les contrebandiers marocains et algériens ont trouvé un nouveau filon à exploiter pour s’enrichir au détriment de cette espèce. Ces chardonnerets sont importés de différentes régions du Royaume (Gharb, Atlas, Rif… et l’Oriental), et sont vendus en gros à moins de 20 DH l’unité aux réseaux de contrebandiers qui les acheminent illicitement vers l’Algérie. Leur prix final peut atteindre jusqu'à 15.000 dinars algériens (environ 1.400 DH). Sur le marché marocain, le chardonneret simple est vendu entre 70 et 100 DH. Le coût varie en fonction du talent de l'oiseau...

La mise en échec des tentatives des contrebandiers pour introduire illégalement le chardonneret en Algérie est suivie d’opérations de lacher dans la nature

Les associations mènent un travail de fond sur le terrain. Les efforts de repeuplement naturel et de reproduction en cage ne peuvent néanmoins être menés que par ces ONG qui nécessitent une assistance de l'Etat. «Le Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification doit déployer les grands moyens avant qu’il ne soit trop tard», déplore Zine Eddine Hrira, président de la Fédération marocaine d’ornithologie.  
Le chardonneret est un oiseau grégaire et d’accompagnement. Élevé dans des cages de différentes formes, il peut aussi s’adapter à des cages espace-nature dans des jardins publics ou privés. C’est ce qu’a réalisé un amateur en construisant une cage moderne de 1.000 m2 dans la province de Nador. Un travail qui devrait être assumé par les instances officielles appelées à multiplier les réserves protégées et à mener des campagnes de sensibilisation auprès d'un large public. «Sans lois organisatrices du monde de l’ornithologie, le Maroc risque de perdre plusieurs espèces d’oiseaux qui ont fait la richesse de sa faune», précise Mohammed M’sali, membre de la Fédération mondiale d’ornithologie. Et d’ajouter: «Ces services doivent s’impliquer davantage aux côtés des associations qui sensibilisent à l’importance de la sauvegarde des espèces qui sont en voie d'extinction».

Entre 2000 et 2014, le taux de disparité s’est aggravé dans les régions. Partout dans le Maroc, le chardonneret est victime d’un braconnage tel que, dans certaines régions, il a presque disparu comme cela est le cas sur l’axe Oujda-Figuig, où ne subsiste plus que 10% de cette espèce

Le Maroc qui a ratifié la convention de Washington pour la protection des passereaux, ne l’applique pas à la lettre, en dépit des multiples requêtes des associations engagées dans la protection des oiseaux menacés d’extermination.
L’Oriental est considéré par les ornithologues comme le lieu de nidification privilégié du chardonneret parva (variété du chardonneret d’Afrique du Nord). Il niche surtout dans la plaine de Sidi Maâfa, l’oasis Sidi Yahia, la région de Tinssayine, la région de Nador, à Selouane, Rass El Ma, Tafoughalt mais aussi à Laâyoune et à Guercif. Ces passereaux procréent également dans plusieurs régions du Royaume comme les plaines du Saïss et Sebou et aussi dans la région de Tanger-Larache et de Khénifra. En captivité, le chardonneret peut s’accoupler avec des canaris pour donner naissance à une espèce très convoitée: le mistou ou «mulet» dont le prix plancher démarre à 800 DH. Cet oiseau croisé est très apprécié pour ses romances douces et fortes en tonalité. «Le mistou est en mesure de réaliser jusqu’à seize mélodies en un temps record», expliquent plusieurs éleveurs.

Ali KHARROUBI

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