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    Enquête

    Tabac, drogues, alcools, loto, Tiercé,... les nouvelles «pandémies»

    Par L'Economiste | Edition N°:4073 Le 12/07/2013 | Partager
    L’addiction touche toutes les couches de la population
    Face à des familles désemparées, les moyens de prise en charge ne suivent pas
    Le Royaume compte une soixantaine d’addictologues

    Le Centre national de traitement, de prévention et de recherche en addictions de l’hôpital Ar-Razi de Salé propose des séances de psychothérapies incluant des entretiens et thérapies motivationnels, des discussions de groupe, des thérapies corporelles et de relaxation outre l’apprentissage de nouvelles techniques et la prévention de la chute… L’équipe soignante aide ainsi les patients en situation d’usage problématique de l’alcool et des autres drogues à identifier et cerner leurs problèmes et y apporter des solutions

    IL n’existe pas de simple réponse face aux addictions (tabac, drogue, alcool…) et le combat est toujours très dur. Pour y faire face, une armada d’intervenants médico-psycho-sociaux est mise en place à travers les différents centres ou services d’addictologies. Le patient ayant un problème d’addiction est ainsi replacé dans un environnement bien organisé où chaque intervenant à une tâche bien précise. Il faut dire que ce n’est pas facile d’arrêter et d’un seul coup l’alcool, les drogues ou encore le tabac.
    En témoigne ce jeune Rbati âgé de 20 ans dont l’alcool a détruit sa vie: «A une époque, je buvais une douzaine de bière par jour. J’étais alcoolique et je ne voulais pas l’admettre. J’ai décidé de demander de l’aide à travers le centre de Salé. C’était la panique, et des cauchemars suivirent pendant l’abstinence. Aujourd’hui, je suis content de dire que je suis en bonne forme et je fais tout pour ne pas rechuter».

    Addiction et addictologie

    L’ADDICTOLOGIE se définit comme l’étude des addictions, c’est-à-dire de la dépendance physiologique et psychologique à une substance ou à un comportement.  Sont regroupées sous le terme addiction les maladies et troubles du comportement qui ont en commun une relation d’abus et/ou de dépendance: avec consommation de produit (alcool, drogues, tabac, médicaments, produits dopants...) et sans produit (comportement alimentaire, jeu de hasard et d’argent, jeu vidéo, sport, sexe, Internet, travail...).
    Ces troubles sont souvent mal repérés et provoquent une grande souffrance dont les conséquences sur l’entourage familial, social ou professionnel sont très néfastes.

    Lui et d’autres ont trouvé l’écoute auprès des différents centres d’addictologie au Maroc. Ils ont vu le jour grâce à l’initiative royale et la coopération de l’INDH et avec le soutien de différentes associations. Lors de notre enquête, nous avons rencontré des patients (la plupart du nord) qui ont pu retrouver le sourire grâce à des aides psychologiques, à des activités sportifs ou des soins adaptés. Ils avaient envie de se soigner, de parler de leurs addictions et n’avaient pas honte à les cacher. Tous ont un seul souci: sortir des affres de la toxicomanie, de l’alcoolisme ou de la drogue pour pouvoir refaire leur vie et se réconcilier avec la famille. «Je n’ai rien touché depuis que je suis en centre, c’est la bataille, je pleure et je prie», raconte résolument ce quinquagénaire résident à Nador et à qui la consommation de drogue dure a détruit la vie.
    Les patients ne réagissent pas de la même manière aux substances et l’envie d’arrêter est un long processus. Pour cela, l’admission dans les centres d’addictologies (cas de Salé) se fait par l’équipe soignante après évaluation globale de la conduite addictive, des éventuelles comorbidités psychiatriques et somatiques ainsi que du fonctionnement socio-familial. L’admission est parfois précédée d’un traitement en ambulatoire et d’entretiens motivationnels en vue d’une meilleure préparation du patient. La durée de séjour varie en fonction du patient et dépend de l’évaluation de l’équipe soignante. Il n’y a pas que les Marocains qui y sont admis mais aussi des patients étrangers.
    Les addictions peuvent survenir à tout moment de l’existence avec un seuil critique à l’émergence des dépendances de 15 à 25 ans. Lorsqu’elles ne sont pas soignées, les addictions ont souvent une issue tragique. «Les trois quarts des troubles addictifs sérieux ont une maladie psychiatrique supplémentaire dont la dépression, les troubles bipolaires et la schizophrénie qui peuvent entraîner des tentatives de suicide», explique Jallal Toufiq, directeur du Centre national de traitement, de prévention et de recherche en addictions et directeur de l’hôpital Ar-Razi de Salé. «Il existe différents types d’addictions. Au Maroc, la drogue la plus utilisée c’est le tabac, suivi du cannabis utilisé pratiquement chez 4% de la population de plus de 17 ans», indique-t-il. Ensuite, viennent la consommation de l’alcool, et les psychotropes qui sont de très bons médicaments mais détournés de leur usage médical. Ils ne sont pas toujours disponibles. A cette liste, s’ajoutent la cocaïne (qui reste cher), l’héroïne (beaucoup moins cher), l’abus des solvants chez les enfants des rues outre les produits amphétaminiques qui font leur apparition au Maroc. Des produits similaires sont fabriqués dans les ateliers clandestins. Ils sont consommés à bon escient malgré qu’ils coûtent cher. «Tout est maintenant accessible. Il suffit d’avoir les moyens», renchérit Jallal Toufiq.

    Observatoire national des drogues et des addictions

    L’OBSERVATOIRE national des drogues et des addictions a été lancé officiellement le 11 juin 2013. Cette instance sera spécialisée dans la collecte, l’analyse et l’interprétation des données, pour la production d’informations utiles à la prise de décision en matière de drogues et de toxicomanie. L’Observateur sera dirigé par Jallal Toufiq.
    Selon l’enquête nationale des ménages sur les troubles mentaux et usage de drogue en 2007, le Maroc se trouve dans la moyenne mondiale qui est de 4%. La même source indique que 4,8% de la population de plus de 17 ans est touchée par ce problème.

    Plusieurs patients ont pu retrouver leur vie normale grâce à leur prise en charge par le Centre national de traitement, de prévention et de recherche en addictions de l’hôpital Ar-Razi de Salé créé en 2000. C’est le plus vieux centre dédié à cette spécialité. Il fallait attendre sept ans pour créer un autre à Tanger et puis d’autres en vue le jour notamment à Salé, Rabat (deux dans la même ville), Casablanca, Tanger, Tétouan et bientôt El Hoceima, Nador, Oujda et Fès…  «Il y a eu un plaidoyer de plusieurs années qui a abouti sur une sorte de conscience au plus haut niveau de l’Etat pour prendre en charge ce problème», explique le directeur du centre.
    Les centres d’addictologies qui relèvent des CHU appliquent sa réglementation. Ils sont donc payants. Par contre les centres qui dépendent directement du ministère de la Santé ne le sont pas. Globalement, les ressources financières et humaines restent insuffisantes. Au niveau du centre de Salé, les ressources financières sont couvertes par les recettes propres de l’hôpital. En revanche, le Maroc manque de ressources humaines et il n’y a pas suffisamment de spécialistes pour faire face à la création d’autres centres. C’est dans cet objectif que des diplômes universitaires d’addictologie ont été lancés. La troisième promotion compte une vingtaine de personnes dont dix sont mis à la disposition du ministère de la Tutelle. Le Royaume compte aujourd’hui une soixantaine d’addictologues.

    La tentation des jeux de hasard

    LE Centre national de traitement, de prévention et de recherche en addictions de l’hôpital Ar-Razi de Salé prend en charge aussi le traitement des addictions sans drogues (jeux, vidéo, Internet, achats compulsifs, etc.) puisqu’elle rentre dans le cadre des troubles addictifs. On parle d’addiction par exemple quand le jeu vidéo devient le principal centre d’intérêt, voire l’unique, au détriment des autres activités (relationnelle, professionnelle, scolaire, sportive…).
    N’oublions pas que les Marocains sont de plus en plus joueurs (Loto, Totofoot…). Le jeu devient pathologique lorsqu’il génère plus de difficultés dans la vie de la personne que de divertissement. Ce genre d’addiction nécessite un programme bien spécifique accès sur la prévention et qui commence à la maison et l’école. D’ailleurs, un programme de prévention sur les jeux pathologiques (que ce soit en ligne ou pas) sera lancé prochainement.

    Fatim-Zahra TOHRY

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