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    Enquête

    Marché des météorites: Comment le Maroc est devenu la terre promise

    Par L'Economiste | Edition N°:3979 Le 01/03/2013 | Partager
    Une source de revenus pour les populations du sud et des réseaux étrangers
    Les pierres de Mars, Mercure et la Lune, les plus rares…
    Pas de cadre juridique

    Près de 3.000 chasseurs de météorites ont arpenté le terrain de Tissint (province de Tata) à la recherche de morceaux de la précieuse météorite martienne dont la chute a eu lieu le 18 juillet 2011 à 2h00 GMT. Le paysage ressemble étrangement à la planète rouge. D’ailleurs, une équipe de scientifiques autrichiens  y a mené, du 1er au 28 février 2013, la mission «Mars 2013» dont le but est de conduire une simulation sur terrain analogue au sol de Mars dans le cadre du programme de recherche PolAres

    Une pluie de météorites et un astéroïde qui frôlent la terre le même jour… Ce vendredi 15 février, plusieurs milliers de personnes ont eu des sueurs froides, notamment en Russie où des fragments de météorites ont causé des dégâts très importants. Les météorites n’ont jamais autant défrayé la chronique qu’en ce début 2013. Un tel événement n’avait pas été vécu depuis de nombreuses années dans le monde. D’ailleurs, deux autres astéroïdes (ou géocroiseurs) croiseront l’orbite de notre planète cette année, de l’avis des spécialistes.
    Le Maroc s’est aussi illustré avec la découverte sur son sol d’une météorite martienne rare, datant de 2,1 milliards d’années. Surnommé «Black Beauty», l’objet céleste, trouvé dans la région de Laâyoune-Boujdour et qui pèse à peine 320 grammes, a fait la Une des magazines spécialisés en ce début 2013. L’article qui lui a été consacré dans la prestigieuse  revue «Science», édition du 4 janvier dernier, a été rapporté un peu partout dans le monde.
    Un formidable coup de pub pour le Royaume. Malheureusement, la fameuse météorite ne porte pas un nom typiquement marocain, mais juste un N° de série NWA 7034 (North West Africa).
    «Normalement, l’endroit de chute ou de collecte donne son nom à la météorite. Or, aujourd’hui, plus de 7.000 météorites provenant du Maroc passent sous le nom NWA, sauf pour celles qui ont fait l’objet d’un travail de terrain et d’une investigation pour pouvoir leur affecter un nom marocain», affirme Hasnaa Chennaoui,  professeur de l’enseignement supérieur, membre du conseil de la «Meteoritical Society» et ancien membre du comité de nomenclature des météorites.
    Cette passionnée et grande spécialiste des météorites passe le plus clair de son temps à sillonner le Royaume pour les ramasser et les répertorier avec son équipe d’étudiants. Elle est même considérée comme une véritable référence dans le domaine depuis plus d’une décennie. 
    Au Maroc, les chutes de météorites sont fréquentes. La dernière en date remonte au 22 octobre 2012 à 00h30 dans les régions d’Ighrem et Taghmout et elle a été vue par de nombreux témoins oculaires. Mais la chute la plus importante reste celle de Tissint qui a eu lieu le 18 juillet 2011 à 2h00 GMT dans la région de Tata et qui s’est avérée être une météorite martienne. D’autres chutes spectaculaires sont à signaler dont la météorite de Tamdakht dans le nord de Ouarzazate qui a été vue par un grand nombre de personnes depuis Agadir,  Marrakech et du col de Tichka le 20 décembre 2008 à 22h37 GMT ou celle de la météorite de Benguerir tombée le 22 novembre 2004 à 10h45 et qui a été ressentie par tous les habitants de la ville.
    Ces météorites ont toutes été classées et déclarées par l’équipe de l’Université Hassan II Casablanca dirigée par professeur Chennaoui.
    Le Maroc occupe une position importante dans ce domaine. D’ailleurs, bon nombre de météorites sont collectées sur son sol, essentiellement dans les provinces du sud, certaines d’entre elles sont source de révélations scientifiques très importantes telles les dernières météorites martiennes Tissint ou NWA 7034 ou encore NWA 7325 qui pourrait être la première météorite reconnue venant de la planète Mercure.
    Un commerce florissant s’est développé autour de ce phénomène. Beaucoup de nomades sont devenus aujourd’hui «experts» en matière de météorites,  affirme le Pr Chennaoui. Ils peuvent les reconnaître et même estimer leur valeur pécuniaire.
    «Le Royaume est considéré comme une véritable plaque tournante du commerce de météorites en Afrique du Nord», témoigne MS, un intermédiaire, spécialisé dans le commerce de météorites, qui a requis l’anonymat. Beaucoup sont originaires de Mauritanie, Mali, Algérie, Libye et Soudan. Il s’agit généralement de trouvailles faites par les nomades ou bergers qui circulent dans le grand désert. «Les Marocains ont pris une place de choix dans ce commerce africain», poursuit MS. Le marché marocain, qui s’est organisé depuis une quinzaine d’années, compte près de 2.000 commerçants de météorites, sans oublier ceux qui font la collecte dans le désert.
    Selon lui, les météorites, les fossiles et les minéraux constituent une source de revenus non négligeable pour plus de 70.000 habitants dans des régions reculées comme Bouarfa, Touissit, Figuig, Smara, Zag… C’est une manne pour ces nomades, qui ont développé au fil du temps un véritable savoir-faire en la matière. «Avec un peu de chance, un berger peut devenir millionnaire s’il tombe sur une météorite martienne ou lunaire», affirme MS. En effet, les tarifs varient de 200 à 300 DH le kg pour des chondrites ordinaires à 200.000 ou 300.000 DH pour des spécimens beaucoup plus rares. Les scientifiques, chercheurs, universitaires et surtout les collectionneurs sont prêts à payer le prix fort pour un «morceau» de Lune, de Mars ou Mercure. En Europe, un bout de météorite peut  même être vendu à 2.000 euros/g, tout dépend de l’offre et de la demande.
    Résultat: les chasseurs de météorites se comptent aujourd’hui par milliers même dans d’autres régions du Royaume.  A titre d’exemple, près de 3.000 personnes ont participé aux recherches de morceaux de la célèbre météorite de Tissint.
    «Malheureusement, la récente pluie de météorites en Russie risque d’affecter le marché des chondrites (très bon marché) pour au moins une décennie», affirme  MS.
    Avec plus 7.000 tonnes sur le marché international, les cours de ce type de météorites risquent de s’effondrer (voir encadré). Il n’en reste pas moins que les espèces les plus rares trouvent toujours preneur. Et pour les dénicher, il faut faire le tour des souks hebdomadaires où les chasseurs de météorites se retrouvent pour vendre leurs trouvailles. Celles-ci, revendues au détail, peuvent se retrouver en fin de parcours aux musées de Londres ou de New York.

    Ruée vers l’or céleste

    Depuis l’explosion, mi-février, d’une météorite au-dessus de l’Oural (Russie), de nombreux habitants de cette région proposent actuellement leur récolte de pierres à la vente. Des fragments de météorites, avec leurs mensurations et prix de vente respectifs, circulent sur les sites de vente en ligne depuis l’après–midi même de l’incident, selon des informations rapportées par les médias. Les ventes ont lieu malgré la mise en garde de ne toucher aucun fragment de météorite car il y a  risque de contamination et d’irradiation.
    Compte tenu de la valeur que la précieuse matière céleste arrive à atteindre -de 500 roubles pour un caillou de deux centimètres (13 euros) à 30.000 roubles pour les plus belles pièces (745 euros)-, une véritable chasse à la météorite a commencé dans la région touchée par l’explosion. Quelque 20.000 personnes se sont lancées à la recherche de ces précieux cailloux cosmiques.
    Ce business florissant aurait même déjà permis à l’un des vendeurs d’empocher 90.000 roubles (2.250 euros)! Le gros de ces transactions s’est effectué sur le site russe de vente à distance Avito.ru. Cette «ruée vers l’or céleste» et ses retombées commerciales ont mis en alerte les autorités russes qui redoutent les escroqueries. Elles ont donc annoncé la mise en place d’un état-major permanent auprès du ministère de l’Intérieur afin de contrôler la situation et dissuader d’éventuels vendeurs à la sauvette.

    La «Meteoritical Society» à Casablanca en 2014

    Depuis 2000, l’Université Hassan II Casablanca s’est distinguée par ses travaux dans le domaine, puisque toutes les dernières chutes observées de météorites ont été déclarées par ses chercheurs, il en est de même pour un grand nombre de trouvailles. Ses chercheurs participent activement à toutes les réunions scientifiques spécialisées dans le  monde et ils ont fait partie du comité de nomenclature de la «Meteoritical Society» durant plusieurs années. Actuellement elle siège dans le conseil du comité. En août 2006, l’université a organisé un workshop international sur les météorites du  désert, le «Desert meteorites workshop». En novembre 2011, c’était au tour de la 2e édition du «Arab impact Cratering and Astrogeology conference AICACII». Ces manifestations ont vu la participation de grands spécialistes internationaux. Ce succès a valu au staff de l’université la confiance des instances de la «Meteoritical Society». Ce qui s’est traduit par l’attribution de l’organisation de l’édition 2014 de la réunion annuelle de cette instance à l’université. Ce congrès sera organisé en septembre 2014 à Casablanca pour la première fois dans un pays arabe.

     

     

    Aziza EL AFFAS

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