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Finances publiques
«Il nous reste de petites marges de manœuvre»

Par L'Economiste | Edition N°:3965 Le 11/02/2013 | Partager
Il ne faut pas dépasser le seuil critique de 60% du PIB en termes d’endettement
La réforme de la compensation impopulaire, mais nécessaire

Ahmed Laâboudi, directeur général du Centre marocain de conjoncture: «Si on devait tenir compte de l’endettement à la fois du Trésor et des établissements publics parce qu’ils bénéficient de la garantie de l’Etat, notre niveau d’endettement dépassera les 60%» 

Le tableau n’est pas totalement noir. La situation est jugée «préoccupante mais non inquiétante» par le professeur Ahmed Laâboudi, directeur général du CMC. Pour cet économiste, le Maroc devra rapidement traiter ses déficits jumeaux via des mesures structurelles.

 

- L’Economiste: Le déficit budgétaire 2012 est au-dessus du niveau qu’il était censé atteindre. Comment expliquer ce creusement?
- Ahmed Laâboudi:
Nous avons des déficits jumeaux qui sont en train de se creuser d’une année sur l’autre. Le déficit budgétaire est, selon les dernières estimations, à plus de 7% du PIB alors que le déficit du compte courant de la balance des paiements est à 9,4%. Nous avons une nette dégradation des finances publiques et de nos comptes extérieurs.  Nous sommes sur un cycle conjoncturel marqué depuis 2009 par un retournement de situation et par une aggravation des déficits.
Il en découle deux choses. Premièrement, notre commerce extérieur connaît une situation de plus en plus difficile puisque les réserves de changes fondent.  Elles sont à 4 mois d’importations contre 5 mois en 2011. Nos importations connaissent une évolution à deux chiffres alors que nos exportations sont en perte de vitesse pour des problèmes de compétitivité.  Le diagnostic est relativement clair et partagé. Cette dégradation des principaux indicateurs entraîne mécaniquement deux effets. Le premier, c’est la croissance de l’endettement pour financer le déficit budgétaire. Deuxième effet, la dégradation continuelle de notre balance des paiements. Ce qui pèse lourdement sur nos avoirs extérieurs.
- Le niveau d’endettement a augmenté, les réserves de changes sont en baisse... N’avons-nous pas atteint des seuils critiques?  
- La dette du Trésor représente 57,8% du PIB  en 2012 alors que nous étions à 47,1% en  2009. En l’espace de 4 à 5 ans, elle a grimpé de dix points. Les établissements publics qui recourent au marché international ne sont pas inclus dans ces chiffres. Si on devait tenir compte de l’endettement à la fois du Trésor et des établissements publics parce qu’ils bénéficient de la garantie de l’Etat, notre niveau d’endettement dépassera les 60%. Il s’agit d’un seuil de soutenabilité à ne pas franchir. Cette situation est préoccupante mais elle n’est pas trop inquiétante pour le moment. Je dirais que les signaux sont au jaune et non au rouge. Il existe des situations plus critiques ailleurs. Cela dit, il nous reste quelques petites marges de manœuvre.
Compte tenu de la situation de la balance des paiements nous perdons des devises.  Concrètement, cela pèse sur la masse monétaire et se traduit par une baisse des crédits. C’est d’ailleurs ce que nous avons constaté en 2012. Le niveau des crédits atteint la moitié du volume enregistré en 2011. Pour éviter des effets déflationnistes, les autorités n’ont pas d’autre choix que de recourir au marché international pour ramener des devises afin de financer l’activité économique.

- Comment rompre ce cycle marqué par le creusement des déficits?
- Il faudra s’atteler rapidement à la tâche en mettant en place des solutions structurelles. A titre d’exemple, sur l’Union européenne, qui reste notre marché traditionnel, le Maroc a perdu des parts de marché: de 0,25% en 2001 nous sommes passés à 0,19% en 2010. C’est une donnée structurelle et c’est préoccupant. Tout le monde sait que si les comptes publics sont déficitaires c’est d’abord à cause de la compensation. Il va falloir mettre en place rapidement une solution. Il faudra également redresser nos exportations. Ce qui veut dire des mesures urgentes à prendre et une politique de soutien et d’amélioration de nos exportations. Si nous optons pour des mesures de court terme, la situation pourrait s’aggraver durant les années à venir.

 

- Avec ce creusement des déficits, le Maroc ne risque-t-il pas de perdre ses «notations» ainsi que la confiance des organismes internationaux? 
- L’année dernière les organismes internationaux avaient attiré l’attention du gouvernement, de manière relativement fine, mais le message a été bien reçu. Il faudrait prendre des mesures structurelles même si elles ne sont pas populaires pour agir sur la compensation. A mon avis, il faut réformer la compensation dans les meilleurs délais. Le risque est d’affecter le budget d’investissement aux subventions. Ce qui serait très mauvais pour les secteurs productifs et l’économie nationale. Il faut du courage politique pour trouver une solution, peut-être pas brutale mais progressive pour la compensation. La ligne de précaution du FMI ne doit être utilisée qu’en dernier ressort. 

Une croissance mécanique

 

2012 était une année relativement difficile mais 2013 se présente sous de meilleurs hospices. Le gouvernement table ainsi sur un niveau de croissance de plus de 4%. Cette croissance sera mécanique sous l’effet du secteur agricole. «L’année dernière, nous avions une baisse de la valeur ajoutée de secteur de 9%. Selon les calculs du Centre marocain de conjoncture,  l’on s’attend à une hausse de 14% de la valeur ajoutée du secteur agricole en 2013», note le Pr Ahmed Laâboudi. Il explique que cela se traduira par une distribution des revenus dans le monde rural et au profit de la population qui vit des activités agricoles. Ce qui va certainement peser sur la demande intérieure, dit-il. 

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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