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Enquête

Marchés de rue
L’indigence du contrôle

Par L'Economiste | Edition N°:3831 Le 20/07/2012 | Partager
Très peu de moyens pour sévir
Une fois passé le filtre de la douane, les produits circulent presque librement

Le contrôle des produits des marchés de rue pourrait révéler bien des incohérences et des infractions. A l’instar de ce vendeur ambulant à Sidi Bernoussi qui propose du beurre sous un soleil de plomb, avec la mention «vente au détail» interdite!

Ramadan coïncide avec le pic des achats qui deviennent frénétiques, au grand bonheur des contrebandiers et des opérateurs informels! Et c’est généralement en cette période que les services d’hygiène communaux intensifient le contrôle. Mais uniquement auprès des établissements classés (grandes et moyennes surfaces) et des commerces de proximité (épiciers, vendeurs de chebbakia, etc.). Les marchés de rue et les souks, temples des produits de contrebande à risque pour les consommateurs, leur échappent tout bonnement. «Les ferrachas et autres marchands ambulants, on ne les contrôle pas car ils ne relèvent pas de nos services. Ils sont du ressort des autorités locales, du caïd et de la PJ», précise une source de la direction d’hygiène du Conseil de la ville de Casablanca. Les produits de contrebande non plus ne relèvent pas de leur compétence, ni même de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). «Les produits alimentaires de contrebande ne relèvent pas directement des missions et des attributions de l’ONSSA. Le contrôle de ces produits relève des compétences de l’administration des douanes», précise-t-on du côté de l’Office. Généralement, une fois le filtre de la douane passé, les produits de contrebande n’ont plus rien à craindre, si ce n’est quelques parties de «cache-cache» avec les autorités, qui ont du mal à les appréhender, tellement ils sont nombreux.
«Nous pouvons, toutefois, intervenir quand nous recevons des plaintes de citoyens qui font état de danger grave pour la santé de la population», insiste Azzedine Youssoufi, chef du service de l’hygiène urbanistique et de la salubrité des établissements publics et professionnels, relevant du Conseil de la ville.
Il faut dire aussi que des milliers de ménages vivent de ces marchés parallèles. Du coup, souvent on laisse faire… «L’informel fait partie des éléments qui ont permis au Maroc de contourner le vent du printemps arabe. Contrairement à la Tunisie où les autorités pourchassaient les acteurs informels», estime un observateur.  
Les produits de consommation dont on ne connaît ni l’origine, ni la composition exacte, ni la date réelle de péremption sont partout, et échappent aux multiples entités de contrôle. «Les souks qui vendent ces produits sont connus de tous, mais tout le monde ferme les yeux. Or, ils représentent un réel danger de santé publique», dénonce Manal Sekkat, présidente du Réseau marocain de consommation de Tanger. Même chez les épiciers, lorsqu’il s’agit de crèmes ou de produits cosmétiques par exemple, tant qu’ils ne sont pas mélangés avec des aliments, «ils sont tolérés», nous confie un contrôleur des services d’hygiène.     
Quand bien même les services sortent en mission, ils n’ont même pas les moyens de contrôler correctement les établissements qui relèvent de leur compétence. A Casablanca par exemple, le service central de la direction d’hygiène du Conseil de la ville compte en tout un effectif de 6 personnes. Les 16 bureaux municipaux d’hygiène relevant des  arrondissements de la ville, pour leur part, ne comptent que 6 à 12 personnes chacun. Le service de l’hygiène urbanistique et de la salubrité des établissements publics et professionnels, quant à lui, compte à peine 3 techniciens! Il existe également des commissions mixtes formées des membres de ces services, de la protection civile, de représentants de délégations ministérielles et de services préfectoraux qui comptent quelques dizaines de personnes. Trop peu pour contrôler les milliers d’établissements de la capitale économique, dont le nombre ne cesse d’augmenter de jour en jour. «Même l’ONSSA n’a pas les moyens de nous accompagner à chaque fois. L’Office cible surtout la qualité des viandes et tout ce qui est abattage clandestin», précise-t-on à la direction d’hygiène. Du côté du bureau d’hygiène urbanistique, l’on se veut un peu plus critique. «On ne peut même pas mener des actions de sensibilisation auprès des citoyens, faute de moyens matériels et humains. Certains bureaux d’hygiène ne disposent même pas de conditions adéquates d’hygiène», ironise Youssoufi.    
Les associations de protection des consommateurs, quant à elles, essaient tant bien que mal de sensibiliser les citoyens. Mais faute de moyens, leurs actions restent très limitées, si ce n’est lettre morte. «Beaucoup ne disposent même pas d’un local pour accueillir les consommateurs», regrette Manal Sekkat. Moralité: pour préserver votre santé, ne comptez que sur vous-mêmes, et surtout ouvrez grand les yeux!

Manque de réactivité

«Pourquoi pas un numéro vert où les citoyens pourraient se plaindre ou nous avertir de certains dangers alimentaires», suggère Azzeddine Youssoufi, chef du service d’hygiène urbanistique du Conseil de la ville de Casablanca. Sur le terrain, l’on manque d’inventivité et d’esprit d’initiative. Les services d’hygiène se conforment aux horaires administratifs, à l’instar de tous les fonctionnaires! Du coup, les activités nocturnes leur échappent. Au marché de gros par exemple, les transactions se font entre 2h et 8h du matin sans qu’elles soient contrôlées. «Les week-ends aussi les opérateurs peuvent se livrer à toutes sortes d’infractions sans craindre quoi que ce soit», s’indigne Youssoufi. «Pourquoi ne pas organiser des permanences pour assurer une présence continue. Les élus doivent nous fournir des moyens à la hauteur de leurs ambitions politiques», poursuit-il.

Ahlam NAZIH

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