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Enquête

Marchés de rue: L’illégal en plein soleil!

Par L'Economiste | Edition N°:3831 Le 20/07/2012 | Partager
Les souks pullulent mais échappent à tout contrôle
Prix divisés par dix pour certains produits potentiellement dangereux

Des marques nationales et des produits de contrebande pêle-mêle. De la charcuterie, du beurre, des pâtes à tartiner, des sauces,… sont exposés en dehors d’espaces réfrigérés
 

En cette journée de juillet où le thermomètre affiche plus de 30 °C, des marchands ambulants vendent du beurre, de la viande, ou encore du poisson qu’ils étalent sur des charrettes ou sur du plastique à même le sol. D’autres exposent divers produits de grande consommation, de la mortadelle, du chocolat, du jus, des yaourts, du fromage et des biscuits issus de la contrebande, qui passent des heures et des heures sous un soleil de plomb. Outre l’agroalimentaire, des produits cosmétiques très sensibles à la température sont vendus. Des couches bébés et des serviettes hygiéniques sont proposées au détail, 1 à 2 DH la pièce! Des niches de bactéries exposées à la vente à Derb Ghallef, Derb Omar, Garage Allal, Sidi Bernoussi, Hay Hassani, et bien d’autres arrondissements casablancais, au mépris de toutes les conditions de qualité, d’hygiène et de sécurité. Le scénario est pratiquement le même dans toutes les villes et tous les villages. Il fait office de décor quotidien et se répète au vu et au su de tout le monde, sans que cela ne choque personne. Même scénario à souk El Fellah à Oujda (où l’on trouve même des médicaments), souk Lahdim et souk Melilia à Meknès, souk El Khebbazate à Kénitra, Bab Nouader et Bab Sebta à Tétouan, Bab Lhad à Rabat, Casabarata à Tanger, Fnideq… et la liste est encore longue. 
Les clients affluent sur ces marchés où les prix défient toute concurrence, 20 à 30% moins chers que dans les circuits formels.  Parfois, ils sont même divisés par 10 selon les produits. C’est le cas notamment de ces écrans solaires vendus à Agadir à seulement 20 DH, alors que normalement ils en coûtent 200.
Les produits de contrebande inondent aujourd’hui le marché, du nord jusqu’au sud du pays. Même les épiciers s’en approvisionnent, certains les exposent devant leurs échoppes pour attirer d’éventuels acheteurs en quête d’emplettes bon marché. Seules les moyennes et grandes surfaces y échappent, car tenues par des obligations de traçabilité, ainsi que par des contraintes comptables. Elles ont, toutefois, leur lot de défaillances (mélange de viandes et légumes dans un même frigo, mauvaise conservation, non vérification des dates de péremption, exposition de légumineuses, riz, olives en vrac...).
«A Tanger, même les pharmaciens ramènent des produits de parapharmacie en gros de Sebta, presque arrivés à péremption, car ça leur revient moins cher», dénonce Manal Sekkat, présidente du Réseau marocain de consommation de Tanger.  
Mais d’où viennent ces produits qui échappent à tout contrôle, menacent la santé des consommateurs et frappent de plein fouet l’économie formelle? L’huile de table algérienne importée clandestinement d’Algérie, par exemple, fait perdre aux opérateurs locaux jusqu’à 5% de leur chiffre d’affaires. «Ces marchandises s’introduisent au Maroc à la fois des enclaves de Sebta et Mellilia, d’Algérie et des frontières avec la Mauritanie», relève Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs, un collectif regroupant 19 associations. La machine est bien huilée via des réseaux organisés aux modes opératoires bien rodés, ainsi que par des particuliers en quête de «bonnes affaires». La Fédération distingue 3 types de contrebandes: La noire, s’introduisant sans que personne ne s’en aperçoive, la grise, dont les trafiquants usent de leur pouvoir pour faire passer des marchandises illégalement, et puis la claire: celle des produits importés légalement, mais dont les dates de péremption ont été trafiquées. Face à ces flux de marchandises, les services de la douane sont dépassés par ces intrusions massives. «Dans les zones frontalières, comme partout dans le monde d’ailleurs, il existe même des usines spécialisées dans le trafic de produits de contrebande», indique Kherrati.       
Pourtant, il n’est pas rare que des accidents surviennent à cause de ces produits. Il y a quelques semaines, plusieurs cas d’intoxication à la mayonnaise et au ketchup de contrebande ont été relevés à Tétouan. «Il s’est avéré par la suite qu’il s’agissait de sauces périmées, mais dont les dates ont été trafiquées», regrette Hafid Tijani Derdabi, président de l’Association de protection des consommateurs, club Tétouan Asmir. Les intoxications sont légion, mais dans la plupart des cas, les personnes lésées ne donnent aucune suite à l’incident, aucune action en justice n’est entamée. «Si des études étaient réalisées, l’on constaterait un nombre important de cancers et de maladies développés à cause de la consommation prolongée de ces produits», martèle Mohamed Belmahi, président de la Ligue nationale de protection des consommateurs de Meknès.  
Il faut dire que les consommateurs ont également une grande part de responsabilité. Pour eux, les produits de contrebande font partie intégrante de leur paysage quotidien. Leur seul critère de sélection est le prix, moins il est cher, mieux c’est! Peu importe l’origine, la composition, la date de péremption ou les conditions dans lesquelles le produit a été acheminé vers eux. Pourtant, au final, c’est eux qui paient le prix de leur insouciance.

Tricherie «halal»

La Fédération marocaine des droits des consommateurs a récemment procédé à un prélèvement d’échantillon sur une mortadelle de contrebande qui inonde le marché. Sur l’emballage on peut lire «Mortadela de Vaca», c’est-à-dire mortadelle de bœuf. Après avoir soumis l’échantillon au Laboratoire officiel d’analyses et de recherches chimiques (LORAC), quelle ne fut la surprise de la Fédération en constatant la composition du produit. La mortadelle est en fait un mélange entre viande bovine et volaille. Or, rien ne mentionne la présence de volaille dans l’étiquetage qui est par ailleurs estampillé Halal, mais sans possibilité de vérifier l’origine du produit. La durée de péremption est en outre fixée à une année, alors que la réglementation marocaine la définit à 3 mois pour la charcuterie. «Nous somme prêts à réaliser d’autre analyses, mais nous manquons de moyens. Nous avons présenté une requête au ministre de l’Agriculture pour nous exonérer des frais de laboratoire de 900 DH, mais nous n’avons reçu aucune réponse», regrette le président de la Fédération.

Ahlam NAZIH

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